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triomphe 2

  • L'Arc de Triomphe à la gloire de la Grande Armée, (seconde partie),

    et à celle de Napoléon 1er

     

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    Un simulacre pour Marie-Louise.

    Le mariage avec Marie-Louise, en 1810, donna l'occasion de donner une forme même provisoire à cette grande pensée du règne qui s'élevait, assise par assise, année par année (on ne travaillait que l'été), mais dont les piliers ne dépassaient guère encore trois mètres. Au fond, personne n'imaginait ce que pourrait donner ce monument aux dimensions inusitées, et l'occasion parut bonne pour en dresser un simulacre. Le 2 mars, Chalgrin était invité à fournir le jour même le plan d'une maquette grandeur d'exécution, qui devait être achevée pour l'entrée de Marie-Louise le 2 avril suivant. Ce court délai provoqua des conflits sociaux, les ouvriers ayant profité de l'urgence pour exiger des salaires princiers, le préfet de police réquisitionna et fit afficher cette proclamation,

    «Charpentiers ! Le conseiller d'État, préfet de Police, est indigné de votre conduite. Vous avez abusé des bontés du gouvernement. Vous avez exigé 18 francs par jour et plusieurs d'entre vous ont osé dire qu'ils demanderaient 24 francs. Il est temps qu'un tel abus cesse. Vous n'aurez plus que 4 franc par jour. Le conseiller d'État, préfet de Police, vous met tous en réquisition. Il vous est défendu sous peine de désobéissance de quitter les travaux. Ceux qui le feront seront arrêtés et jamais il ne leur sera permis de travailler à Paris» (Cité par A. Mousset, op. cit).

    Grâce à ces mesures énergiques, sinon sociales, le «simulacre», appliqué sur les piédroits en construction, fut prêt au jour dit, orné de bas-reliefs en trompe-l'œil représentant les «Embellissements de Paris», la Législation, l'Industrie nationale, la Clémence de l'Empereur, l'arrivée de l'Impératrice. Des sentences bien frappées illustraient les allégories, «Le bonheur du monde est dans ses mains», «Il a fait notre gloire». Ou, à l'adresse de la nouvelle impératrice, «Elle charmera les loisirs du héros». On ignore ce que pensa Marie-Louise de cette gigantesque et sentencieuse pièce montée, qui fut admirée, le prince de Clary trouva que cette masse «fait un effet superbe de tous les points. Pourvu que Dieu prête vie, ce sera beau».

    L'Empereur fut satisfait, et écrivait peu après au ministre de l'Intérieur, «Faites pousser vivement les travaux de l'arc de triomphe, je veux le terminer. Si cela est nécessaire, je vous donnerai un supplément de crédit de cinq à six cents mille francs». En revanche, la liquidation des dépenses occasionnées par ce faux arc de bois et toile provoqua bien des discussions. Le peintre Louis Laffitte, chargé des trompe-l'œil, avait, «pour un travail d'une si prodigieuse étendue», présenté un mémoire de 33 157 francs, qu'on réduisit à 24 000. Offensé de se voir assimilé à un vulgaire fournisseur, il protesta, rappelant que ses travaux avaient été achevés «comme par enchantement». «Cet enchantement, répliqua Montalivet, nouveau ministre de l'Intérieur, nous coûte cinq cents mille francs. C'est bien assez, on peut dire que c'est incroyable !».

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    Un chantier chaotique.

    La maquette avait inspiré à Chalgrin une modification, les arches centrales et latérales seraient reculées sous un léger renfoncement, (Cf. Isabelle Rouge, op. cit). Le projet définitif, qui sera suivi jusqu'au bout durant vingt-cinq ans, fut adopté le 2 août 1810 et la même année Chalgrin publiait «Description de l'arc de triomphe de l'Étoile», (Des plans, élévations et coupes de Chalgrin pour l'arc sont conservés aux Archives nationales, NIII Seine 1184).

    Prévoyait-il qu'il ne l'achèverait pas ? Effectivement, il mourut le 21 janvier 1811, âgé de soixante-douze ans, alors que son monument n'atteignait encore que 5,40 m de haut. Son collaborateur Louis Robert-Goust, 1760-1829, lui succéda et mena les chantiers activement durant la campagne de 1811, mais ensuite les travaux vont se ralentir, victimes du désintérêt progressif de l'Empereur pour les réalisations somptuaires et de sa préférence, à base de prescience, pour les travaux utilitaires. Pressant la construction du Grenier d'abondance, il écrivait en 1812, «L'Arc de triomphe, le pont d'Iéna, le Temple de la Gloire peuvent être retardés de deux ou trois années sans inconvénient».

    À la chute de l'Empire, la construction arrivait à hauteur des voûtes (19,54 m). L'invasion arrêta tout, et les troupes alliées bivouaquées autour de l'arc détruisirent galandages et hangars pour se chauffer. Le chantier resta fermé dix ans sans qu'une décision soit prise, malgré bien des projets contradictoires, (Le Directeur des Travaux de Paris proposa en 1819 de transformer l'arc en château d'eau). C'est seulement à l'automne 1824 que les travaux furent repris, à la suite de la décision du 9 octobre 1823 du gouvernement de Louis XVIII de consacrer l'arc à la célébration de la peu glorieuse expédition d'Espagne, commandée par le falot duc d'Angoulême et qui donna l'occasion au jeune Victor Hugo, alors monarchiste, de se surpasser en ridicule,

    «Lève-toi jusqu'aux cieux, portique de victoire
    Pour que le géant de notre gloire
    Puisse passer sans se courber !
    »

    On se frotte les yeux, mais c'est bien du duc d'Angoulême qu'il s'agit.

    Mais il avait fallu vaincre l'opposition des milieux ultra qui s'indignaient du maintien du plan de Chalgrin, «aussi ridicule qu'antimonarchique». Cependant le chantier fut repris sous la direction de Goust, rappelé à son poste et auquel fut adjoint un curieux personnage, l'architecte Jean-Nicolas Huyot, 1780-1840. Il était habité par une idée fixe, plaquer contre chaque grande face de l'arc quatre colonnes, et on ne l'en fit pas démordre. Malgré une ordonnance royale du 12 mai 1825 prescrivant l'exécution du plan de Chalgrin, il s'obstina et dépensa en deux ans 425 800 francs en travaux qu'il fallut ensuite annuler, et fut révoqué le 16 décembre 1825.

    Goust éleva l'attique mais, à la formation du ministère Martignac, Huyot, se posant en victime, réussit à se faire réintégrer et commença à s'occuper de la décoration sculptée, provoquant querelle entre les ateliers de sculpture rivaux de Cartellier et de Bosio. Finalement, ils se partagèrent la frise, au prix de 2500 francs le mètre, tandis que Huyot commandait à Pradier les Victoires des écoinçons de la grande arcade. La Monarchie de Juillet rendit le monument à sa destination première, avec un élargissement de thème correspondant au désir de Louis-Philippe de réconcilier, comme il le faisait dans le même temps au château de Versailles, les divers partis politiques et les époques dont ils se réclamaient, l'Arc serait consacré non à la seule Grande Armée, mais à toutes les campagnes Françaises de 1792 à 1815. Il fallait en même temps assainir la gestion du chantier. Huyot avait à nouveau dépassé ses crédits, il fut définitivement révoqué le 31 juillet 1832, malgré ses plaintes, «Ma position sociale, la réputation que je me suis acquise par ma conduite, par mes travaux, par mes voyages, le rang que j'occupe dans les arts...». Sur un dernier projet adopté le 9 mai 1833, l'arc fut achevé par un honnête praticien, Guillaume-Abel Blouet, 1795-1853, dont le nom seul figure sur le monument, quel régime se souciera de rendre justice à Chalgrin ?

    Le plus vaste ensemble de sculpture du demi-siècle.

    C'est Thiers qui avait repris en main la conception du décor sculpté, confié à vingt-deux artistes, de façon à disposer d'un vaste éventail de talents, représentatif des différentes tendances artistiques du temps. Pour illustrer l'intention royale d'unification du passé, les quatre grands haut-reliefs des piédroits, payés 70 000 francs pièce, furent consacrés à la République (Départ des volontaires), l'Empire (le Triomphe de 1810 et la Résistance) et la Restauration (la Paix). Une page pour la Révolution, deux pour Napoléon, une pour la Restauration, la balance avait été soigneusement réglée sur quatre dates censées évoquer chacune un moment de consensus national. Il avait été d'abord question de confier ces quatre morceaux à Rude sculpteur 1784-1855, qui finalement ne garda que le premier, souvent nommé la Marseillaise, où le masque terrible de la Liberté ailée , «Crie, crie ! disait le sculpteur à sa femme qui lui servait de modèle» est déjà d'inspiration romantique.

    Romantisme encore dans les deux compositions de la face regardant Neuilly, et que le sculpteur Etex, bien en cour, se fit attribuer, tandis que le 1810 de Cortot témoigne d'un néo-classicisme affadi. La frise, de 157 mètres de long et deux mètres de haut, avait été répartie entre six artistes disposant chacun de la même longueur (Rude est à gauche sur la face ouest), la partie centrale côté Champs-Élysées revenant à Sylvestre Brun, 1792-1855, bien oublié aujourd'hui, mais dont Isabelle Rouge a relevé ici les qualités naturalistes, Mirabeau y est représenté le visage grêlé et David avec sa mâchoire déformée.

    Les sujets des bas-reliefs, oeuvres entre autres de Marochetti, Feuchère, Valois, Espercieux, avaient été également répartis dans le souci de rassembler les spectateurs de toutes tendances autour de l'idée de Patrie et Louis-Philippe ne fut pas fâché de s'y faire représenter à Valmy et Jemmapes, victoires républicaines auxquelles il était fier d'avoir participé. Du bilan de la Révolution, le roi-citoyen faisait deux parts, l'une à glorifier et l'autre à oublier, il a été souvent imité.

    L'Arc est le plus vaste ensemble de sculpture de la première moitié du siècle. Le monument fut complété par des inscriptions, dont l'idée première était de Napoléon, qui voulait y graver les noms des chefs de corps de la campagne de 1805. Là aussi, le thème fut élargi, ce qui permit en même temps d'atténuer la nudité des parois, (Une mode épigraphique s'est exprimée sur nombre de monuments parisiens du XIXème siècle (Bibliothèque Sainte-Geneviève, Musée Carnavalet, théâtres) y compris les socles des statues commémoratives), noms de batailles sur les boucliers de l'attique et surtout, sur les piédroits, noms de généraux, dont la liste fut établie par le général Saint-Cyr-Nugues et plusieurs fois allongée pour faire droit aux réclamations de descendants. Jusqu'en 1895, des noms furent rajoutés, pour arriver au nombre de 660, et sans pour autant effacer les regrets de Victor Hugo, «Je ne regrette rien devant ton mur sublime Que Phidias absent et mon père oublié». Précisons que le père du poète, général seulement au titre espagnol durant l'époque célébrée, n'avait pas qualité pour figurer ici. Quant à Phidias, il se réincarnait pour Victor Hugo, un peu abusivement, en David d'Angers et ce dernier, écarté de la commande pour anti-napoléonisme obstiné, se vengeait en brocardant la Marseillaise de Rude, «Si elle marche à si grandes enjambées, pourquoi a-t-elle les ailes déployées ?» Si elle vole, pourquoi fait-elle le grand écart comme si elle courait ? Mais on ne résolut pas le problème du couronnement. Qu'allait-on placer sur la plate-forme supérieure, un quadrige, un aigle, une statue de l'Empereur, une couronne décorée de coqs, d'aigles et de fleurs de lys, l'éléphant de la Bastille ?

    On hésita tellement que l'on n'y mit rien du tout, et sans doute cela vaut-il mieux (Une maquette de Falguière, Le Triomphe de la Révolution, fut mise en place de 1882 à 1886. Sur cette question, cf. E. Le Senne, «Les projets de couronnement de l'Arc de triomphe», in Bul. Soc. hist. des VIIIe et XVIIe arrondissements, t.XIII, 1911).

    Trente ans après la pose de la première pierre, l'arc fut inauguré le 29 juillet 1836, hors de la présence de Louis-Philippe et aussi discrètement qu'au départ, «chaque régime, Empire, Restauration, Monarchie de Juillet en avait payé à peu près exactement le tiers (3 200 000 francs pour l'Empire, 3 000 000 pour la Restauration, 3 500 000 francs pour la Monarchie de Juillet). Ainsi, la pensée de Chalgrin avait-elle été fidèlement suivie, et l'arc de l'Étoile est-il à porter au crédit de l'Empereur, dont le corps intact reposa sous la grande arche lors du Retour des cendres. Mais cet édifice, réussite architecturale, dépassant l'objet commémoratif voulu par Napoléon et Louis-Philippe, est aussi une réussite psychologique, car devenu un symbolique monument national.

    Le détail des sculptures,

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    Les bas reliefs,

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    L'Arc de Triomphe mesure 50 mètres de hauteur, 45 mètres de largeur et 22 mètres d'épaisseur, il s'impose par sa taille et son architecture majestueuse, inspirée des constructions antiques en pierre. Il est composé de 3 arches, dont les voûtes sont décorées par 111 caissons, aux formes végétales.

    La construction du monument est racontée année après année par J.D. Thierry, Arc de triomphe de l'Étoile, Paris, 1845. Voir aussi: G. Vauthier, «L'Arc de triomphe en 1810», in Rev. des Et. Nap., 1913, t.II ; A. Mousset, op. cit.; M.-L. Biver, Le Paris de Napoléon, Paris, 1963; G.Poisson, Napoléon et Paris, Paris, 1964; W.Gaehtgens, Napoléon Arc de triomphe, Göttingen, 1974; J.Tulard, Le Consulat et l'Empire, Nouv. hist. de Paris, Paris, 1983; M.Boiret, «L'Arc de triomphe de l'Étoile», in Les Champs-Élysées et leur quartier, Ville de Paris, s.d.; G. Poisson, Histoire de l'architecture à Paris, Nouv. hist. de Paris, Paris, 1997 ; I.Rouge, «L'Arc de triomphe de l'Étoile», op. cit..

    Le soldat inconnu.

    Le monde entier disait : la France est en danger ;
    Les barbares demain, camperont dans ses plaines.
    Alors, cet homme que nous nommions «l’étranger»
    Issu des monts latins ou des rives hellènes ?

    Ou des bords d’outre-mer, s’étant pris à songer
    Au sort qui menaçait les libertés humaines,
    Vint à nous, et, s’offrant d’un coeur libre et léger,
    Dans nos rangs s’élança sur les hordes germaines.?

    Quatre ans, il a peiné, saigné, souffert.
    Et puis un soir, il est tombé dans cet enfer...
    Qui sait si l’inconnu qui dort sous l’arche immense,
    Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé
    N’est pas cet étranger devenu fils de France
    Non par le sang reçu mais par le sang versé ?

    Pascal Bonetti (1920)

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    1945 le défilé de la victoire. Le 18 juin 1945, l'impressionnant défilé de la libération effaçant 5 années d'occupation après la honte défaite de 1940.

     

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    Ces images et certains passages de texte sont tirés de la référence «étoileplace.pdf »

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