Avertir le modérateur

suite 3

  • La Franc-maçonnerie, dossier suite 3,

    dans la tourmente révolutionnaire.

     

    Peu de Loges survécurent à cette époque, cette faible implication des Maçons s'explique par ce que la révolution Française vit s'affronter la bourgeoisie et la noblesse très fortement impliquées dans les Loges. La coexistence au sein d'une même institution n'était plus possible, c'est pourquoi que le Grand Maître Philippe-Égalité préféra démissionner plutôt que d'être accusé de se compromettre avec les aristocrates et donc de menacer la révolution, (extraits de la Franc-maçonnerie et politique page 27 lumières et révolution ici.)

    Au début de la révolution, la Franc-maçonnerie représentait encore un mouvement fédérateur. C’est Nicolas Perceval en 1789 qui peignit les députés des trois États en train de se donner la main devant un Temple maçonnique.

    img685.1239688855.jpgLes trois personnages, représentant la Noblesse, le Clergé et le Tiers-État, se donnent une poignée de main visiblement maçonnique devant un temple au fronton duquel se trouvent une équerre et un compas. On peut distinguer un «B» sur la colonne.

    Cette peinture demeurée célèbre représente les trois ordres. Il avait parfaitement illustré le ton fraternel de l’époque. Seulement, l’inexorable progression des idées sépara hommes, déchira les familles et ruina les plus vieilles amitiés. Lorsqu’en 1797, l’abbé Augustin Barruel,

    «Augustin Barruel, de son nom de naissance Augustin de Barruel, né à Villeneuve-de-Berg (Ardèche) le 2 octobre 1741 et mort à Paris le 5 octobre 1820, est un prêtre jésuite, publiciste et polémiste catholique français»,

    dans ses «Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme» reprit la thèse du complot maçonnique antichrétien contre «le trône et l’autel» et qu’il présenta la Révolution Française comme la fille de la Maçonnerie, il dénaturait impunément la réalité des évènements.

    loeil-qui-voit-tout-180px-dios.1239718179.jpgL'œil qui voit tout, allégorie du pouvoir occulte attribué à la Franc-maçonnerie.

    Cette thèse, qui veut que la Révolution Française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminati et les jacobins, a connu une postérité considérable dans les milieux contre-révolutionnaires, d'autant plus qu'à la même époque, une thèse similaire avait été proposée par l'Écossais John Robison, qui suggérait que la Révolution Française avait été suscitée par l'action secrète de la Franc-maçonnerie.

    Barruel et Robinson pensent tous deux que les jacobins ont utilisés les Loges comme laboratoire pour tester leurs idées et faire avancer la cause révolutionnaire. Ils font l'amalgame entre les franc-maçons et les illuminati et les accusent d'être responsables de trois maux, le cosmopolitisme, la destruction de la propriété et l'impiété. Barruel déclare avoir été lui-même reçu en Loge. Dans son acception radicale, sa thèse n'a été retenue que par un seul historien, Louis Blanc.

    Louis Jean Joseph Blanc, né le 29 octobre 1811 à Madrid et mort le 29 janvier 1882 à Cannes (Alpes-Maritimes), est un homme politique et historien.

    La thèse du complot maçonnique, par ce que se voulant universelle, serait cosmopolite et forcement insensible aux valeurs patriotiques de chaque pays. La seconde est, qu'en raison du serment solennel qu'ils prononcent lors de leur réception dans les Loges et du secret qu'ils sont tenus de garder, les Maçons comploteraient naturellement car ils seraient d'accord sur toutes les options politiques. Ils auraient constitué des réseaux extrêmement puissants capable de renverser n'importe quel gouvernement, (extraits de la Franc-maçonnerie lumières et révolution page 27).

    Thèse du complot maçonnique antichrétien de la Franc-maçonnerie.

    À la fin du XIXe siècle, deux religieux catholiques Français, George Dillon [1], Nicolas Deschamps [2] ainsi qu'un jésuite américain, Leonard Feeney[3], affirmèrent l'existence de liens entre Napoléon Bonaparte et la Franc-maçonnerie en vue d'abattre la civilisation chrétienne. Les liens entre l'Empereur et la maçonnerie sont décrits par exemple par Alexandre Dumas dans un de ses romans. Henri Delassus cite et dénonce un article du Journal de Genève de 1881 où un chef de majorité maçon à l'Assemblée Nationale Française mais restant anonyme déclare au journaliste, mais en privé, vouloir briser le catholicisme romain.

    [1]L'abbé George F. Dillon.

    Était un religieux et personnage de l'antimaçonnisme catholique. Il est connu pour ses conférences d'octobre 1884 à Édimbourg qui furent réunies dans un livre: La guerre de l'antéchrist contre la civilisation chrétienne.

    [2]Le père Nicolas Deschamps.

    Il est né à Villefranche, Rhône en 1797 et décédé à Aix-en-Provence en 1872, était un religieux jésuite et auteur d'un livre antimaçonnique sur les sociétés secrètes. Il a dénoncé l'appartenance de Napoléon Bonaparte à la loge maçonnique des «Templiers» de Lyon.

    [3]Leonard Feeney.

    Il est né le 15 février 1897 à Lynn, dans le Massachusetts, et mort en 1978, était un prêtre américain d'origine irlandaise, connu pour son interprétation de l'expression Extra Ecclesiam nulla salus (Hors de l'Église, point de salut).

     

    La révolution Française inspirée et organisée par la Franc-maçonnerie ?

    200px-declaration_of_human_rights.1239718573.jpgDéclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 surplombée par l'œil omniscient.

    Dès 1786, Ernst August von Göchhausen, dans son livre «Révélations sur le système politique cosmopolite», dénonça un complot maçonnique sous infiltration des illuminés de Bavière manipulés par les jésuites et prédisait d'inévitables révolutions mondiales 3 ans avant le déclenchement de la révolution Française». Après la révolution, cette théorie fut propagée principalement par 2 auteurs, le jésuite Français Augustin Barruel et l'érudit franc-maçon Ecossais John Robison, présentés ci dessus, qui tentèrent de démontrer, indépendamment l'un de l'autre, qu'au dessus de facteurs tels,

    «que la répression du tiers état, la famine ou la mauvaise gestion de crises politiques par Louis XVI, le facteur prédominant qui aurait déclenché la révolution Française serait une préparation méthodique du processus révolutionnaire dont le plan fut tracé de manière détaillée des années avant son déclenchement et au cours duquel la Franc-maçonnerie et les Illuminati de Bavière (organisation assimilée à la Franc-maçonnerie ou de type maçonnique par ses 2 auteurs) auraient joué un rôle central de décision et d'organisation», voir ici, voir aussi ici pages 361 et 362.

    L'engagement révolutionnaire de Georges Couthon également connu sous le nom d'Aristide Couthon, est né le 22 décembre 1755 à Orcet, guillotiné le 28 juillet 1794, place de la Révolution, à Paris, est un homme politique et une personnalité de la Révolution Française, voir ici.

    Partisan de la révolution et membre du Comité de Salut public, président de la Convention du 21/12/1793 au 05/01/1794 fût un impitoyable compagnon et ami peu connu de Robespierre du moins au début de la législative. C’est peut-être lors de la première séance de l’Assemblée Législative que Robespierre a conçu de l’amitié pour Georges Couthon. Moins d’un mois après l’ouverture des travaux de cette Assemblée. Le nouveau député s’était mis en vedette dès ce premier jour, demandant de simplifier le cérémonial pour la réception du roi. Marat l’avait fort applaudi et avait consacré à cette intervention pas moins de trois numéros de «l’Ami du Peuple». Avec un sûr instinct psychologique, Robespierre devinait en cet homme aimable et handicapé un patriote sincère, éloquent et combatif. Couthon répondait-il à cette sympathie ? Il est permis d’en douter, voir la suite ici.

    180px-georges_couthon.1239722130.jpgGeorges Couthon.

    Il semble que soit après la vive attaque de Louvet [1] contre Robespierre, en novembre 1792, que Couthon désapprouva les Girondins. … devenu Montagnard. De plus, il avait une grande confiance dans le général Dumouriez et la trahison de ce dernier, au printemps 1793, exacerba les antagonismes entre Girondins et Montagnards et consacra le rapprochement vers Robespierre.

    Au Comité de Salut Public, il soutint «l’Incorruptible et l’aida dans la lutte contre les factions», Cet humaniste, diplomate, administrateur et bienfaiteur pour sa ville, Georges Couthon, fût un franc-maçon auvergnat, il entra dans la Franc-maçonnerie en 1786 à la Loge Saint-Maurice au Grand Orient, voir ici « La Franc-maçonnerie et Robespierre» .

    La Franc-maçonnerie s’est répandue en France au siècle des Lumières. Clermont-Ferrand a vu naître cinq Loges, dont trois principales. La plus importante, Saint-Maurice, voir ici , a été fondée le 10 juillet 1753 la plus huppée de la ville. On y compte dix officiers nobles dont le comte de Clermont Tonnerre.

    Stanislas-Marie-Adélaïde comte de Clermont-Tonnerre, né au château d'Harmonville, à Mandres-aux-Quatre-Tours, le 8 novembre 1757 et mort à Paris, le 10 août 1792, est un homme politique Français qui a joué un rôle dans les débuts de la Révolution Française. Il est initié à la Franc-maçonnerie, dans la loge parisienne «la Candeur». En Auvergne, il appartient à la loge Saint-Maurice de Clermont, où il rencontre le futur montagnard Georges Couthon, avec qui il se lie d’amitié. En 1787, il est membre du bureau intermédiaire de l’Assemblée Provinciale d’Ile-de-France. Il appartient à la société des Trente et en 1789, rédige le cahier de la noblesse de Meaux.

    La Loge Saint-Maurice reçu sa Constitution par le Grand Orient, le 10 février 1777. Le 1er mai 1785, elle a fusionné avec la Compagnie du Noble Jeu de l’Arc, installée depuis le XVIIème siècle. C’est un exemple rare d’une loge maçonnique ayant fusionné avec une compagnie profane. On ne sait pratiquement rien des débuts de Couthon à cette Loge. Il est inscrit comme initié sur les tableaux de 1778, puis les tableaux suivants ont disparu. Ce n’est que le 17 décembre 1786, à l’âge de trente et un ans que, d’après le livre d’Architecture de la Loge, le vénérable frère Moranges a fait introduire «le Sieur Couthon, avocat au Parlement et habitant de cette ville et qu’après l’avoir fait voyager et subir les différentes épreuves, il a été successivement reçu apprenti et compagnon après avoir prêté le serment accoutumé».

    Et que dire de Isaac-René-Guy Le Chapelier, né le 12 juin 1754 à Rennes, guillotiné le 22 avril 1794 à Paris, est un homme politique.

    Il fut notamment l'auteur de la loi qui porte son nom (Loi Le Chapelier) du 14 juin 1791, interdisant les corporations, le compagnonnage, les coalitions ouvrières et le droit de grève. Certaines amitiés qu'il contracta au Club des Feuillants le rendirent suspect aux Jacobins, qui l'accusèrent de vouloir rétablir l'autorité royale. Se sentant menacé, il s'enfuit en Angleterre, mais rentra pour empêcher la confiscation de ses biens. Retiré à Forges-les-Eaux, il eut la mauvaise idée de provoquer Robespierre, qui le fit arrêter. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, Le Chapelier fut condamné à mort et guillotiné le même jour que Malesherbes.

    Le dialogue Maximilien Robespierre Georges Couthon.(voir ici )

    Cher Citoyen Robespierre,

    J'aimerais, si vous en avez le temps, que vous me parliez du Citoyen Georges Couthon, lui aussi membre du Comité de Salut Public, et qui, je dois hélas le dire, sera aussi votre compagnon d'échafaud (imaginez donc l'horrible scène, dans son misérable état...) J'ai beaucoup d'estime pour Georges Couthon, au moins autant que pour vous. N'ayez crainte: il existera toujours un peuple qui reconnaîtra vos mérites, et l'histoire ne pourra pas complètement enterrer le grand homme d'État que vous fûtes. Avec tout mon respect,

    Gatien Monk.

    Cher citoyen Monk,

    J'ai l'honneur de connaître le citoyen Couthon depuis l'époque de la Législative où il s'est montré un ferme appui de la souveraineté du peuple et de ses droits. Je l'ai d'abord connu comme membre de la société des Jacobins, puis comme voisin car mon logeur, ce respectable citoyen Duplay, lui a également proposé son hospitalité.

    Je n'ai pu vraiment faire sa connaissance qu'à mon retour du voyage dans l'Artois. Nous avions l'occasion d'échanger avec lui sur les injustices et les abus de la chicane qu'il a pu, comme moi, observer dans sa province, en exerçant sa charge d'avocat. Les conversations avec lui peuvent être sans exagération passionnantes car Couthon possède incontestablement une large érudition dans bien des matières; ses remarques sont parfois pénétrantes. La question de la guerre à déclarer aux puissances étrangères nous a pourtant séparés. Couthon, hélas, comme beaucoup de patriotes, était emporté par l'élan révolutionnaire que la cour et la faction des brissotins ont su si habilement exploiter. Je ne puis lui en tenir rigueur; comme la plupart des bons Français, il était animé par de plus pures intentions et s’était hâté de voler au secours des malheureuses victimes du despotisme étranger.

    J'ai eu l'honneur de faire connaissance de sa charmante épouse et de ses deux adorables petits garçons lors de leur séjour à Paris; leur seule existence constitue pour mon ami un soutien et une douce consolation dans l'épreuve de cette affligeante maladie qui le frappe si injustement.

    Par la suite, lorsque nous sommes devenus collègues tous deux élus à la Convention, nous avons eu moins à discuter de l'histoire antique ou de la philosophie; des sujets autrement plus graves étaient à débattre. Il y a aussi des longues absences, entre les périodes où son état de santé l'oblige à garder le lit, et ses missions qu'il accomplit admirablement en dépit de sa souffrance.

    C'est un collaborateur précieux au sein du comité, apportant de la mesure et du bon sens dans nos délibérations souvent périlleuses, gardant son calme au milieu des calamités. J'atteste que j'ai toujours connu Couthon en patriote sincère et ardent; doux et affectionné au sein de sa famille, affable avec ses amis, droit et inflexible lorsqu'il s'agit des ennemis du bien public, sage dans les mesures à adopter. Je ne peux qu'admirer sa volonté exemplaire à déployer toutes ses forces pour le salut de la république, et ceci – malgré sa malheureuse infirmité. Je nourris à son égard des sentiments très profonds et affectueux qui sont les sentiments de la haute estime et de l'amitié sincère.

    Avec mes témoignages de respect,

    Salut et fraternité, citoyen,

    Maximilien Robespierre.(voir aussi Robespierre et la Franc-maçonnerie ici. )

    Durant la tourmente révolutionnaire les Loges se mettent en sommeil même si nombre de maçons se retrouvent dans les clubs qui fleurissent comme ceux aux Cordeliers, aux Jacobins, aux Feuillards réservés aux esprits vifs pertinents critiques, intéressés par la chose publique. Il est vrai que les maçons se trouvent en porte à faux, appartenant au monde des privilégiés, ils sont obligés d'écouter la voix du peuple, voix qu'ils n'appréciaient guère. Au lieu de s'adapter à la voix sociale, la maçonnerie disparaît. Elle n'était donc que superficielle et n'intéressait que les classes bourgeoises et nobles, ce qui d'ailleurs n'a pas changé. Combien sont les Maçons d'origine populaire même à notre époque ?

    La devise révolutionnaire restée célèbre liberté, égalité ou la mort, mais ne faisait apparaître que rarement le mot fraternité. Même plus, tout au long de la première assemblée qu’à connu la Révolution, Robespierre n’a eut cesse de dénoncer le manque de fraternité envers les plus démunis, qu’il s’agisse de l’élaboration de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ou encore de la Constitution de 1791. Bien plus, à la veille de la révolution, tous les Maçons croient au grand Archiduc de l'Univers selon le tradition Anglo-saxone, c'est à dire en Dieu. La nouvelle spiritualité athée les bouleverse tout autant que le ridicule «Culte de l'Être Suprême [2]» de Robespierre qui consacre Notre Dame répondant par le besoin de liberté de culte déclarait notamment que «celui qui veut empêcher les prêtres d’officier est plus fanatique que celui qui dit la messe» et demandait la consécration de la Mère nature dans un temple qui ne saurait être autre que l’Univers.

    A l'automne 1793 avec vague de déchristianisation des prêtes menée par principalement par Chaumette[3] ou Foucher qui va jusqu'à leur internement, même pour ceux qui ont adopté la Constitution civile ne peut que les bouleverser dans leurs pensées. C'est donc toute une idéologie et une manière de vivre qui s'écroulent. Dans ce contexte les Loges ferment quand elles ne sont pas purement et simplement dissoutes par le pouvoir politique en particulier sous la terreur.

    La suite est connue. Robespierre ne survécut que de quelques pâles semaines, à la célébration de l’Etre Suprême, ce décadi 20 prairial an II (cela correspondait d’ailleurs très précisément au dimanche de Pentecôte, 8 juin 1794 et de nombreuses interrogations subsistent toujours à propos de l’aspect «fortuit» de cette fête). Quelle heureuse chose que Thermidor !

    Dès l’instant que «le tyran, l’infâme Robespierre» est passé sur la bascule à Sanson, tout pouvait rentrer dans l’ordre… Finies les fournées dans les charrettes, alors que les plus importantes furent organisées par les «Thermidoriens [4]», dans les jours qui suivirent la chute de Robespierre et qui conduisirent à travers la France plusieurs milliers de Robespierristes à l’échafaud ?

    Finies les misères du peuple, avec la suppression de la loi dite «du Maximum [5]» alors que la disette se transforma en famine et donna lieu à la sinistre répression de Germinal an III ? Finie donc aussi, l’hibernation plus ou moins forcée des Frères Maçons alors que deux mois et demi après la fin du régime de la Terreur, (institué par Bertrand Barère en septembre 1793 et non par Robespierre), l’on fermait des Loges et cette fois-ci, par la force ?

    la plupart des Loges maçonniques ne purent rouvrir qu’à partir du Directoire. On n’y rencontrait plus de nobles, ni de prêtres mais désormais, surtout des négociants et des fonctionnaires.

    C’était déjà longtemps après que les troncs et têtes, séparés, de Robespierre et de ses amis eussent disparus dans la chaux vive de la fosse commune du cimetière des Errancis.

    De Dominique Rondelot, voir ici.


    [1]
    Louvet un girondin au Creux-Maldru.

    Le 31 mai 1793 la révolution Française bascule : la convention, c'est à dire l'assemblée nationale, s'en prend à une partie d'elle-même, s'auto-mutile. La faction montagnarde appuyée, ou plutôt pressée par la commune parisienne, se débarrasse des républicains modérés, ceux qu'on appelle les Girondins. Une vingtaine sont arrêtés, jugés sommairement et guillotinés. Les autres en fuite connaitront une fin tragique. Ainsi, de Pétion, l'ancien maire de Paris et de Buzot, l'ami de cœur de Madame Roland, qui mettent mutuellement fin à leurs jours pour ne pas tomber entre les mains des autorités. On retrouvera leurs corps en partie dévorés par les loups près de Saint Émilion.

    Louvet est l'un des rares députés girondins à passer à travers les mailles du filet. A Caen il a tenté avec ses collègues, de soulever la Normandie, sans succès. Devenu clandestin il se montre plus chanceux ou plus avisé que ses amis, réussissant à se réfugier en Suisse via le Jura. Il se cachera comme beaucoup d'autres pendant plusieurs mois, au Creux-Maldru.

    louvet33.1239774036.jpg

    Qui est ce Jean-Baptiste Louvet porte voix du parti girondin ? Fils de Louis, papetier, né en 1760, c'est à l'âge de 33 ans en 1787, peu avant la révolution, qu'il se fait connaître par un livre à succès, «Les amours du chevalier Faublas», un succès qui lui rapporte assez d'argent pour mener une vie libre avec la femme qu'il aime passionnément. Mariée, Madame Cholet n'a pas hésité à quitter le domicile conjugal pour le rejoindre. Son nom d'emprunt est plus romantique, Louvet s'appelle en effet Lodoïska, du nom de l'héroïne de son roman. Deux drames lyriques, l'un de Chérubini, l'autre de Kreutzer, donnés à Paris au cours de l'année 1791 font également référence à cette Lodoïska que Madame Cholet incarne désormais aux yeux de la postérité.

    En juillet 1789 Louvet se lance dans la Révolution et publie «Paris justifié» en réponse à Mounier qui attaquait les journées d'octobre. Membre de la section des Lombards il aura vite une grande influence au sein du Club des Jacobins. Il entrera rapidement en relation avec Roland, et le 25 décembre 1791 il sera l'auteur d'une pétition contre les Princes qui sera décrétée d'impression. Roland devenu ministre de l'intérieur financera son journal mural La Sentinelle. Partisan de la guerre il s'opposera à Robespierre sur ce point. Après le 10 août qu'il soutint, il justifiera les massacres de septembre.

    En septembre 1792, Louvet est élu député à la Convention par le département du Loiret, le 8e sur 9. Il siégera avec les Girondins et attaquera souvent avec une extrême violence les Montagnards et en particulier, Robespierre, Danton et Marat. Lors du procès du roi il vote pour l'appel au peuple, pour la mort mais seulement après l'adoption de la constitution par le peuple et pour le sursis. Le 13 avril 1793 lors de la mise en accusation de Marat, il se récusa ne voulant pas se prononcer contre un ennemi personnel. Ses positions de plus en plus en opposition par rapport à celles des sections parisiennes et des chefs de la Montagne feront que des le 15 avril 1793, les sections demanderont sa mise en accusation. Le 2 juin il sera compris dans la liste des députés décrétés d'arrestation chez eux mais il s'évadera de Paris pour rejoindre les Girondins à Caen, voir ici .

    [2]Le Culte de l'Être Suprême.

    Un décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), adopté par la Convention montagnarde sur un rapport de Robespierre (Comité de salut public) instituait un calendrier de fêtes républicaines marquant les valeurs dont se réclamait la République et se substituant aux fêtes catholiques.

    En outre, elle établissait le culte à l'Être Suprême, qui se juxtaposait au Culte de la Raison [2-1]. Robespierre, déiste,

    (le déisme du latin deus (dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu et son influence dans l'univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier),

    avait vivement attaqué les tendances athées et la politique de déchristianisation des ultra-révolutionnaires (hébertistes), qui avaient institué le Culte de la Raison fin 1793. Il leur opposa une religion naturelle - reconnaissance de l'existence de l'Être Suprême et de l'immortalité de l'âme - et un culte rationnel (institution des fêtes consacrées aux vertus civiques) dont le but était, selon lui, «de développer le civisme et la morale républicaine».

    Le Culte de l'Être Suprême était un culte déiste, influencé par la pensée des philosophes du Siècle des Lumières [2-2], et consistait en une «religion» qui n’interagissait pas avec le monde et n’intervenait pas dans la destinée des hommes. Le «Culte de l'Être suprême» se traduisait par une série de fêtes civiques, destinées à réunir périodiquement les citoyens et à « refonder » la Cité autour de l’idée divine, mais surtout à promouvoir des valeurs surtout sociales et abstraites comme l’Amitié, la Fraternité, le Genre Humain, l’Enfance, la Jeunesse ou le Bonheur.

    [2-1]Le Culte de la Raison.

    Après les massacres de septembre (2 septembre 1792), plusieurs églises furent transformées en temples de la Raison, notamment l'église Saint-Paul Saint-Louis dans le Marais. Le «culte» s'est manifesté en 1793 et 1794 (an II et III) par des cortèges carnavalesques, des dépouillements d'églises, des cérémonies iconoclastes, des cérémonies aux martyrs, etc.

    Le Culte de la Raison a commencé à se développer en province, particulièrement à Lyon et dans le Centre, où il était organisé par des représentants en mission souvent proches de l'hébertisme. Le mouvement se radicalisa en arrivant à Paris avec la fête de la Liberté à la cathédrale Notre-Dame le 10 novembre 1793, organisé par Pierre-Gaspard Chaumette. Le «culte» était célébré par une beauté appelée déesse de la Raison. Joseph Fouché (dans la Nièvre et en Côte-d'Or) et Pierre-Gaspard Chaumette (à Paris) furent parmi les instigateurs de ces événements avec les hébertistes.

    (Les Hebertistes appelés «les exagérés» pendant la Révolution sont sous la Législative et la Convention principalement les membres du club des Cordeliers).

    Les églises furent fermées le 24 novembre 1793, et le culte catholique fut interdit

    [2-2]Siècle des Lumières.

    Lumières, siècle des, terme qui désigne le XVIIIème siècle en tant que période de l'histoire de la culture européenne, marquée par le rationalisme philosophique et l'exaltation des sciences, ainsi que par la critique de l'ordre social et de la hiérarchie religieuse, principaux éléments de l'idéologie politique qui fut au fondement de la Révolution Française. L'expression était déjà fréquemment employée par les écrivains de l'époque, convaincus qu'ils venaient d'émerger de siècles d'obscurité et d'ignorance et d'entrer dans un nouvel âge illuminé par la raison, la science et le respect de l'humanité.

    Le mot Lumières définit métaphoriquement le domaine des idées et de la littérature par leurs remises en question fondées sur la «raison éclairée» de l’être humain et sur l’idée de liberté. Par leurs engagements contre les oppressions religieuses, morales et politiques, les membres de ce mouvement philosophique, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l'arbitraire et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps.

    [3]Chaumette.

    175px-chaumette.1239980344.jpgPierre-Gaspard Chaumette dit Anaxagoras, né à Nevers (Morvan), le 24 mai 1763 et mort à Paris, le 13 avril 1794, est un membre de la Commune de Paris. Les Girondins Louvet ou Dulaure, puis les Robespierristes, comme Arthur, laissent entendre qu'il fut un acteur du trouble et de l'exagération révolutionnaires suscités par le cabinet britannique.

    A Paris, Chaumette a travaillé comme Marat auquel il est souvent associé, dans le sens de la provocation et de l'agitation. Il a pour sa part collaboré au journal intitulé les Révolutions de Paris, et après le 10 août 1792, il fut nommé, à la demande de Jean-Nicolas Pache, procureur syndic de la Commune. Il fut, avec Hébert, son substitut, à la tête d'une faction dite des «exagérés». Il proposa et prit de nombreuses mesures sociales, interdiction de fouetter les enfants dans les écoles et s'intéressait à la prostitution, et de façon ostensible aux défavorisés, ce qui lui donna une sorte de popularité. Il fut surtout un zélateur des sévérités prétendument nécessaires «massacres de septembre, dénonciations tout azimuts, loi des suspect, armée révolutionnaire lancée contre la Convention, guillotine mobile, etc», qui contribuèrent à noircir profondément la Révolution et ses aspirations nées des Lumières.

    A Nevers avec Fouché à l'automne 1793, Chaumette semble avoir appliqué à la lettre les recommandations de Bertrand Barère de Vieuzac qui préconisait l'exagération en toute chose, en Vendée et ailleurs. Il fut un partisan de la déchristianisation dans un pays où les mentalités étaient profondément attachées aux valeurs chrétiennes, et contribua, ainsi que Robespierre le lui reprocha, à démoraliser le peuple. Par esprit de démagogie il se promenait en public en bonnet et sabots, et il prit le nom d'Anaxagoras en référence au philosophe grec antique qui fut pendu pour athéisme. Il inventa les fêtes de la Raison, qui se célébraient à Notre-Dame, et dont la déesse était représentée par une actrice de l'Opéra. Il fut arrêté en même temps que Hébert comme traître à l'idéal de la Révolution, et fut victime de l'offensive de Robespierre et Danton contre les «exagérés».

    Au Tribunal révolutionnaire, il fut accusé, entre autres, d'avoir «cherché à anéantir toute espèce de morale, effacer toute idée de divinité et fonder le gouvernement français sur l'athéisme». Condamné à mort au terme d'un procès totalement inéquitable, il fut guillotiné le 13 avril 1794 avec un amalgame d'Exagérés (les Grammont père et fils, l'évêque Gobel, etc.) et de Modérés (le député Philibert Simond, le général Arthur Dillon, Lucile Desmoulins, etc

    [4]Les Thermidoriens, voir le dossier sur les Thermidoriens ici et ici .

    Les massacres de septembre.

    Depuis la veille, des rumeurs sinistres courent la ville. On parle d'une conspiration des aristocrates et des prêtres. On parle aussi d'un massacre général des suspects. Des placards meurtriers signés «Marat» tapissent les murs. L'atmosphère est lourde, il y traîne comme une odeur de sang.

    Le journaliste Prud'homme, lié avec Danton, court s'informer près de lui. Tout espèce de mesure modérée est inutile, déclare le ministre. La colère du peuple est à son comble, il y aurait du danger à l'arrêter. Sa première fureur assouvie, on pourra lui faire entendre raison. Le massacre est donc prémédité Marat l'ordonne, la Commune l'organise, Danton l'approuve. Il veut, en frappant de terreur les électeurs de la Convention prochaine, les détacher des Girondins, les rendre dantonistes.

    La boucherie commence avec l'égorgement de vingt-trois prêtres réfractaires à la prison de l'Abbaye par des fédérés marseillais et bretons. Billaud-Varenne, substitut du procureur de la Commune, les pieds dans une boue rouge, s'écrie : «Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir i» Maillard, le Maillard du 14 Juillet et des jours d'Octobre, qui se trouve là aussi, dit alors, «plus rien 'à faire ici, allons aux Carmes».

    Une bande, provenant des sections du Luxembourg et des Quatre-Nations, le suit au couvent des Carmes où sont renfermés cent cinquante prêtres insermentés. A l'arrivée des assassins, ils courent s'agenouiller à la chapelle. Ils sont tués à coups de pique, de hache et de bâton. L'archevêque d'Arles meurt en martyr. Sont abattus après lui les deux frères La Rochefoucauld, évêques de Saintes et de Beauvais, le confesseur roi Hébert, le général des Bénédictins Dom Chevreul. Des religieux ont fui dans le jardin. Ils sont traqués d'arbre en arbre, tirés comme un gibier. Bien peu, escaladant les murs, peuvent se réfugier dans les maisons voisines.

    Le 13 Vendémiaire

    Tant de secousses ont fini d'user la Convention. Depuis qu'ils ont abattu Robespierre, les Thermidoriens sentent la nécessité de donner au régime une nouvelle constitution. Rester nantis en protégeant leur tête est leur préoccupation première. Une constitution républicaine, qui barre la route aux extrémistes de droite et de gauche, tel est pour eux le salut.

    Une commission de onze membres nommée le 17 floréal (6 mai) s'est mise a l'ouvrage. Les commissaires, après de longs débats, ont abouti à une organisation assez complexe. Républicaine, mais non démocratique, prudente sans être libérale, c'est un chef-d’œuvre d'opportunisme. Elle accorde aux Français un quasi-suffrage universel, mais à deux degrés et obéré d'un cens. En somme elle réserve l'électorat à la bourgeoisie et aux petits propriétaires. Le corps législatif est composé de deux chambres, le Conseil des Cinq-cents et le Conseil des Anciens, renouvelables annuellement par tiers, le premier chargé de proposer les lois, le second de les accepter. Le gouvernement sera confié à un Directoire de cinq membres, choisis par les Anciens sur une liste présentée par les Cinq-cents. L'un d'eux sortira de charge chaque année. Ils nommeront et révoqueront les ministres.

    Le projet est présenté à la Convention par Boissy d'Anglas et discuté d'abondance. Après de longs débats, le 5 fructidor an III (22 août 1795), la Constitution est votée.

    Comme les Thermidoriens ne sont pas sûrs de l'accueil que va réserver le public au nouveau gouvernement, ils prennent une précaution difficile à justifier. Ils font décréter (les 5 et 13 fructidor) que les deux tiers des membres du prochain corps législatif, Anciens et Cinq-cents seront obligatoirement choisis parmi les Conventionnels. Ainsi les régicides ne quitteront pas le pouvoir. Les royalistes sont exaspérés, et avec eux - bizarre assemblage - les Jacobins, les mécontents, les ambitieux, au total beaucoup de gens.

    Les sections de Paris manifestent avec violence, surtout la section Lepeletier, celle qui, sous le nom de section des Filles Saint-Thomas, a défendu les Tuileries au 10 Août. Elle invite les quarante-sept autres sections à former un Comité central pour agir contre la tyrannie de la Convention. Sous l'influence de l'abbé Brotier, chef de l'agence royaliste de Paris, pamphlétaires et journalistes se déchaînent l'abbé Morellet, La Harpe, Quatremère de Quincy, Tronson-Ducoudray, Lacretelle jeune, Fiévée attaquent la Convention et les Comités par des libelles ardents. Le Courrier républicain, le Bulletin républicain, la Gazette universelle, la Quotidienne, le Messager du soir, bien d'autres encore sont remplis d'insultes et d’anathèmes, d'appels à la désobéissance et à l’insurrection.

    [5] Loi du maximum.

    La loi du maximum est une loi promulguée le 4 mai 1793 par la Convention nationale, instituant le maximum décroissant du prix des grains.

    La loi du maximum spécifiait que tout cultivateur devait déclarer la quantité de grains qu’il possédait, que les ventes ne pouvaient avoir lieu qu’au marché, et que les officiers municipaux pouvaient faire des réquisitions chez les détenteurs de grains.

    Le prix moyen de janvier à mai devait d’abord servir de maximum, et ce maximum devait être abaissé par des réductions successives d’environ 1/4.
    Le 27 juillet 1793 parut une loi qui condamnait les accapareurs à mort.
    Le 11 septembre 1793, le maximum fut uniformément fixé à 14 livres le quintal, avec le transport en sus.
    Le 29 septembre 1793, la Convention promulguait une nouvelle loi, dite du loi du maximum général, qui réglementait de nombreuses subsistances ainsi que les salaires.

    Le dossier suivant sera sur le Grand Orient de France.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu