Avertir le modérateur

suite 19

  • La Franc-maçonnerie, dossier suite 19,

    la période contemporaine.

     

    Les Obédiences flirtent avec le pouvoir.

     

    francma2.1247343031.gif

     

    Que signifie cette expression qui intrigue bien des «profanes» ?

    Le postulant à la franc-maçonnerie, aura été pressenti et «parrainé» par des amis ou un parent francs-maçons. Si des votes, au préalable, ont été favorables au candidat à l'admission à la franc-maçonnerie, celui-ci est convoqué par le Vénérable de loge pour une

    «audition sous le bandeau».

    Généralement, la convocation précise que le profane doit se présenter au temple, Loge, à 20 heures. Il attend dans un cabinet aux murs nus. Combien de temps ? C'est à la Loge d'en décider... Le Frère Maître des cérémonies de la loge vient chercher le profane, lui met un bandeau sur les yeux et le conduit tout au long des couloirs jusqu'à la porte du temple.

    Dans la loge, le profane va être interrogé. Sa fiche a été affichée avec sa photographie au siège de l'obédience pendant plusieurs semaines. Sa demande d'admission a été communiquée à toutes les loges de France. Ceux qui croient avoir une raison précise pour s'opposer à cette admission ont été invités à se faire connaître. Le jour du passage sous le bandeau, ils ont été avertis. Le plus souvent avant l'entrée du profane dans le temple, ils ont exprimé leurs réserves. Leur hostilité ne suffit pas à constituer un cas de refus.

    La Loge peut considérer que des raisons ainsi exprimées ne sont pas suffisantes. Il arrive très fréquemment qu'elle n'en tienne aucun compte.

    La sincérité mise à l'épreuve.

    Toutes les questions posées lors du passage sous le bandeau n'ont d'autre but que de cerner un aspect de la personnalité de celui qui est là. Beaucoup ont été refusés parce que les frères avaient facilement établi que les réponses qui leur étaient faites ne révélaient pas la véritable nature du profane. Il se contentait de dire ce qu'il croyait être le plus conforme à l'idée qu'il s'était faite de la Franc-maçonnerie. Le manque de sincérité est toujours sanctionné sévèrement lors du passage sous le bandeau.

    Après son audition, le profane est raccompagné par le maître des cérémonies jusqu'à la porte de l'immeuble. Il se retrouve seul dans la nuit pendant que les maçons qui l'on entendu procèdent au vote. Chaque frère a reçu une boule blanche et une boule noire. La boule noire exprime le refus, le «blackbouler», c'est refuser. Une seule boule noire élimine quatre boules blanches. Le dépouillement a lieu sur l'autel du Vénérable par les soins du frère orateur et du frère secrétaire. Le profane ainsi admis attendra souvent plusieurs mois son initiation...


    Historia hors série 30 «Les Francs-maçons».

    Les relations qui se rapportent à François Mitterrand avec la Franc-maçonnerie constituent l'essentiel de ce dossier bien qu'il n'était pas franc-maçon, et que, tout, dans sa personne, ne pouvait que l'en écarter. Le Grand Orient de France connu pour son penchant socialiste et républicain, et l'on conçoit aisément qu'il ait soutenu François Mitterrand dans son accession au pouvoir, a fait, qu'en en retour, il ait pris dans son gouvernement des ministres franc-maçons. Son épouse Danielle socialiste, mais aussi franc-maçonne avait, avec sa famille franc-maçonne, tout pour le persuader d'agir de la sorte. En fait, Mitterrand est resté ce qu'il était c'est à dire de marbre, la Quatrième république l'avait forgé, et au pouvoir, bien que sous l'œil de la Franc-maçonnerie qui surveillait ses faits et gestes, il a fait ce qu'il a voulu. En a-t-elle profité ? Rien n'est moins sur, Mitterrand n'était pas homme à se laisser guider, il avait besoin d'elle pour son accession suprême. La preuve est éclatante sur la laïcité de la loi Savary en fin de ce dossier, ou Mitterrand ne s'en ait pas laissé compter. Or, actuellement que constate-t-on que le parti socialiste n'a plus la puissance d'autant, sans que pour autant le Grand Orient de France ait modifié sa ligne socialisante et républicaine, est-ce donc à dire qu'il n'a pas en fait la puissance que l'on veut lui attribuer ?

     

    Les franc-maçons sans tablier.

    L'expression désigne les personnages qui n'ont jamais été initiés, mais sur lesquels court la rumeur, parfois depuis des siècles.

    Au XXème siècle Charles de Gaulle (1890-1970) - Georges Pompidou (1911-1974) - Valéry Giscard d'Estaing (1926) - François Mitterrand (1916-1996). Souvent confondu avec son homonyme, Jacques Mitterrand, Grand Maître du Grand Orient - Jacques Chirac (1932). Son grand-père fut Vénérable de la loge de Brive du Grand Orient - Raymond Barre (1924-2007), invité à des tenues blanches - Michel Rocard (1939) - Pierre Bérégovoy (1925-1993). Mais aussi, Jacques Chaban-Delmas (1915-1996), il a toujours entretenu de bons rapports avec les obédiences maçonniques. Il inaugura le Grand Temple de la GLNF de Bordeaux.

    Quand à Sarkozy nous verrons plus en avant ses relations avec la Franc-maçonnerie, ou le 23 juin 2003 Sarkozy pour le troisième anniversaire de cette association prononça,


    « La Franc-maçonnerie est ici chez elle au ministère de l'intérieur»


    Sarkozy est-il franc-maçon ?

    Ses relations avec la Franc-maçonnerie.

    «Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es !»

    Un Ministre de l'Intérieur ne peut gouverner que par les relations qu'il entretient avec la Franc-maconnerie. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, avouait, «jamais je n'aurais pensé que les francs-maçons étaient aussi puissants».

    C'est très révélateur, la droite Française qui n'a pas besoin de la Franc-maçonnerie pour gouverner découvre son influence et, il lui semble souhaitable de copiner avec elle tout comme François Mitterrand d'ailleurs qui, lui, n'avait pas sa potentialité.

    Donc, Sarkozy n'a eu d'autre choix que de composer avec des francs-maçons d'influence. Au printemps 2006, il demande à Alain Bauer de lui dresser une liste de grands maîtres qu'il pourrait inviter place Beauvau. Le vouvoiement tourne rapidement au tutoiement, Sarkozy, maître de la main dans le dos, comprend vite ce qu'il peut en craindre et ce qu'il peut en attendre, et Bauer de le tester, de le mettre au pied du mur pour s'assurer que son «élève» a bien compris, c'est lui qui le fera parler, devant les jeunes de l'université d'été de Jaurès, de Blum, de République est à vous , de République c'est vous. Ce fut un triomphe, la salle se leva pour applaudir, et à partir de là ce fut l'heure de gloire pour Bauer. La suite aux dossiers suivants.

     

    Revenons à François Mitterrand.

    Des Maçons atypiques. (Suite des dossiers historia les franc-maçons ici ).

    Lire aussi, «Le tabou des Frères militaires», appartenance à la «Grande Muette», une place forte de la Franc-maçonnerie ici.

     

    francmac.1247341805.gifAu premier rang de ceux-ci, se trouve Charles Hernu [1]. Ce proche de Mendès France [2], fondateur du «Club des jacobins» dont la totalité des membres est franc-maçonne, est un personnage trouble. Au cours de l'année 1944, Charles Hernu a en effet été délégué à l'information sociale du gouvernement à Vichy dans le département de l'Isère et s'est distingué par ses positions résolument collaborationnistes. Arrêté à Lyon à la Libération, il est accusé d'avoir dénoncé une famille juive de Grenoble et fera trois mois de prison dans cette ville, avant d'être libéré sans jugement. Bien que cette accusation soit restée sans suite, il est étonnant que le jeune Charles Hernu ait pu être initié à la Grande Loge de France, puis au Grand Orient de France au début des années 50, alors qu'à l'époque tout impétrant devait remplir un questionnaire pointilleux sur ses activités durant l'Occupation.

    Même constatation en ce qui concerne Jean-André Faucher dont Mitterrand fera la connaissance à la même époque. Ce journaliste de Limoges, qui fonda le Club des montagnards dans les années 50, a appartenu pendant la guerre au Parti Populaire Français (PPF) de Doriot. A la libération, il sera accusé d'avoir torturé des résistants et sera condamné à mort par contumace par la cour d'assises spéciale de Limoges. Il fera par la suite une brillante carrière maçonnique à la grande Loge de France, dont il deviendra un personnage influent dans les années 70-80 avant d'en être exclu. Ce qui ne l'empêchera pas de recevoir la Légion d'honneur en 1989 pour services rendus dans les missions de paix en Nouvelle-Calédonie, à la demande du ministre des DOM-TOM, Georges Lemoine, tout en continuant à écrire sous un pseudonyme dans l'hebdomadaire du Front national National Hebdo...

    Un troisième personnage au même profil vient compléter cet étonnant tableau, en la personne de Georges Bérard-Quélin, qui s'est fourvoyé dans la presse collaborationniste sous l'Occupation avant de devenir un franc-maçon influent à travers les lettres confidentielles qu'il édita jusqu'à sa mort, en 1990.


    D'une prise de pouvoir à l'autre.

    Ces trois «frères», qui se sont incontestablement servis de la franc-maçonnerie pour se blanchir après la guerre, vont participer avec d'autres francs-maçons comme Gérard Jacquet, Georges Lemoine, Guy Penne et Pierre Joxe, à la création de la Convention des institutions républicaines, puis de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui servira de tremplin à François Mitterrand pour créer le nouveau Parti socialiste au congrès d'Epinay, en 1971. Selon Gilles Martinet, la prise de pouvoir de François Mitterrand au congrès d'Epinay aurait été préparée dans les locaux du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris, sous les auspices de Roger Fajardie, membre du comité directeur de la SFIO. Cet ancien conseiller de l'ordre du GODF, proche de Pierre Mauroy, est décédé en 1987. Il fut longtemps le responsable de la fraternelle Paul-Ramadier, un influent club socialiste rassemblant les francs-maçons du parti.

    Mais si Mitterrand s'est incontestablement appuyé sur certains réseaux maçonniques pour étayer sa carrière, peut-on pour autant dire que c'est la franc-maçonnerie, au sens large, qui l'a soutenu ? N'oublions pas, en effet, que la prise du pouvoir d'Epinay s'est faite contre Guy Mollet, franc-maçon de longue date qui ne mettra plus les pieds au Grand Orient après cet épisode.

    «Guy Mollet, leader socialiste particulièrement controversé (1905-1975). Dans la première période de sa vie Guy Mollet est surveillant, puis enseignant syndicaliste, socialiste, pacifiste et franc-maçon avant guerre. Initié en 1934 à la loge «Conscience» du Grand Orient de France, il en démissionne en 1969 accusant alors l’obédience de soutenir trop ouvertement les visées de François Mitterand dans la recomposition de la gauche non communiste. Son histoire personnelle, dès qu’il occupe des responsabilités politiques, s’insère dans celle du Parti socialiste au point que les deux récits sont intimement mêlés. Il se veut gardien de la doctrine et de l’histoire de la SFIO».(voir également l'élection présidentielle l'historique ici )

     

    1944, Mitterrand découvre les Maçons, voir ici.

    Dans la Résistance, François Mitterrand rencontre Christine Gouze, qui lui présente un jour sa sœur Danielle. [...] Antoine Gouze, le père, est principal du collège de Villefranche-sur-Saône-sur-Saône, Renée, la mère, est institutrice. Ils sont SFIO. Comme nombre de ces «hussards noirs) de la IIIème République, qui se sont tant battus contre l'omniprésence du clergé, Antoine est franc-maçon. En 1940, il a refusé de recenser, comme on le lui demandait, les élèves et professeurs juifs de son établissement. Il a été révoqué...

    Leurs différences culturelles n'empêcheront pas François et Danielle de s'épouser, le 28 octobre 1944. En fait, le jeune homme, qui plaisantait volontiers devant ses amis, «Je vous présente ma fiancée laïque et républicaine» , apprend à apprécier les valeurs de sa belle-famille. Même si son beau-père ironise en retour, «Mon gendre est un calotin». Bientôt Mitterrand découvre dans son entourage bien d'autres francs-maçons qu'il apprend à estimer et à aimer. Au premier rang, il y a Georges Beauchamp, le compagnon de Résistance, qu'il a chargé, dans son réseau, de lutter contre le STO, et qui lui restera fidèle tout au long de sa vie. II y a aussi Philippe Dechartre, qui choisira d'autres voies en devenant, lui, ministre du général de Gaulle, mais qui lui conservera toujours une réelle amitié.

    A la Libération, pourtant, François Mitterrand n'est pas considéré comme un ami des francs-maçons. II pourrait même apparaître comme leur ennemi, si l'on considère son hostilité déclarée au Parti radical qu'ils ont incarné. II ne peut pas pardonner Munich et le désastre de 1940 aux hommes de la IIIème République, c'est donc I'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) qu'il rejoindra. Les socialistes de la SFIO ? Trop marxistes ! Et puis, ils ont déjà un leader, en la personne de Guy Mollet franc-maçon lui aussi. Battue à plate couture à l'élection de la première Assemblée constituante, en octobre 1945, l'UDSR est contrainte de s'allier avec ce qui reste du Parti radical. C'en est trop pour certains de ses membres, issus de la Résistance, qui décident de s'en aller. Mitterrand reste, malgré ses préventions. Tout comme Bastien Leccia, un autre fidèle entre les fidèles, Frère de la Grande Loge et indéfectible compagnon de route du futur président. Tout comme Roland Dumas, aussi.

    Sous une autre étiquette, celle du RGR (Rassemblement des Gauches républicaines, que l'on pourrait en fait classer au centre-droit), Mitterrand se présentera donc à l'élection de la seconde Assemblée constituante. Il est battu, mais on l'a remarqué. Henri Queuille, le chef des radicaux, ne l'a pas oublié lorsqu'il s'agit de présenter des candidats RGR aux législatives d'octobre 1946. La Vienne ou la Nièvre ? Va pour la Nièvre. Cette fois, il est élu. [...]

     

    Mitterrand se sert du réseau.

    A l'époque où Hernu commence à jouer les ambassadeurs auprès de ses frères, les francs-maçons n'ont, c'est certain, aucune raison de porter Mitterrand dans leur cœur. Ils sont aussi méfiants envers lui qu'il peut l'être à leur égard. Et ils ont de quoi argumenter ! L'éducation cléricale, les prises de position politiques depuis la Libération ? Passe encore.

    Mais la francisque !

    En 1946, on lui refuse d'ailleurs, pour ce motif, l'accès a la loge de l'Abbé-Grégoire, où il était prévu qu'il effectue une visite. Mitterrand est-il homme à oublier pareille humiliation ? Oui... si cela peut servir son dessein... [...] En juin 1964 apparaît la, Convention des Institutions républicaines. Bastien Leccia en est, qui présidera la CIR départementale des Bouches-du-Rhône. Tout comme Guy Penne, secrétaire général du Club des Jacobins d'Hernu, et membre avec lui de la loge parisienne Locarno, qui siègera au groupe permanent de la Convention. Tout comme Jean-André Faucher, venu apporter dans l'escarcelle son Club des Montagnards. Ce personnage est une énigme à lui seul, condamné à mort à la Libération pour crime de trahison en temps de guerre, plus tard haut dignitaire de la Grande Loge de France, il participera à la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965, collaborera cependant à «Minute» et «National Hebdo»... mais participera néanmoins aux missions de paix en Nouvelle-Calédonie, où l'enverra Jacques Fournet, alors directeur de cabinet du secrétaire d'Etat socialiste, et frère du GO, Georges Lemoine...

    Son obédience le désavoue-t-elle qu'il crée la très confidentielle «Grande Loge d'Orient et Occident». II est exclu de la GLF ? Que lui importe ! II n'en est pas moins élevé au grade de chevalier de la Légion d'Honneur au titre du secrétariat d'Etat aux Départements et Territoires d'Outre-Mer, en bonne place dans une promotion qui porte les signatures de Georges Lemoine et de Jean-Claude Colliard, directeur de cabinet de François Mitterrand, et lui aussi franc-maçon. Les voies du Grand Architecte de l'Univers ne le cèdent décidément en rien a celles du Seigneur... [...]

    Après l'élection du 10 mai 1981, le Grand Orient n'a jamais côtoyé le pouvoir d'aussi près depuis l'époque d'Émile Combes. Non seulement, on compte des ministres francs-maçons mais ils sont également nombreux dans les cabinets ministériels et dans l'entourage du Président, à l'Elysée.

    Le Grand Maître, Roger Leray, élu en 1979, ne fait pas mystère de son amitié avec Mitterrand et de son appartenance socialiste. Cet ancien radical, devenu membre du Parti socialiste, voue une grande admiration à François Mitterrand qui sait, en retour, lui donner le sentiment d'être important. Et le 13 août 1981, Roger Leray ira jusqu'à écrire dans Le Monde que,

    «Les projets du gouvernement correspondent à la sensibilité des francs-maçons du Grand Orient de France».


    Une Franc-maçonnerie de cour ?

    A l'époque, cette franc-maçonnerie voyante, que d'aucuns comparent à la franc-maçonnerie de cour sous Napoléon Ier, tranche avec le comportement traditionnellement plus discret des autres obédiences maçonniques. La Grande Loge Nationale de France (GLNF) s'interdit tout débat politique dans ses loges. Ce qui n'empêche pas ses membres, recrutés dans les sphères influentes des milieux économiques, de se regrouper par affinité politique ou d'intérêt en dehors des loges. A la Grande Loge de France, où l'on est plus discret qu'au Grand Orient, on n'apprécie guère, alors, les manifestations publiques d'allégeance au pouvoir de Roger Leray. Dans les années 80, le Grand Maître de la GL, Jean Verdun parlera du «retour dans les rouages de l'État d'une franc-maçonnerie à la spiritualité délavée». L'ancien sénateur, franc-maçon du GO, Henri Caillavet déclarera quant à lui, «Nos frères font, hélas ! Souvent passer leur allégeance partisane avant leur conscience maçonnique».


    Rupture sur la laïcité.

    Les relations entre François Mitterrand et le Grand Orient de France vont cependant connaître une parenthèse orageuse avec l'arrivée de Paul Gourdot à la tête de l'obédience. Laïc ardent, cet historien de formation ne transige pas avec les principes. Le 22 décembre 1982, il écrit une lettre à Mitterrand pour s'insurger contre le contenu insuffisamment laïc de la loi Savary et prend un ton presque comminatoire pour rappeler le chef de l'État aux grands principes de la laïcité. Il fait même grief au Président d'avoir permis la présence de deux ministres de la République lors d'une cérémonie au Vatican. Mitterrand n'est pas du genre à apprécier ce genre de rodomontade. Dix ans plus tard, lorsque éclatera l'affaire de la Sagès, le chef de l'État aura des mots très durs contre les francs-maçons qu'il accusera d'être à l'origine de cette nouvelle affaire qui empoisonne le PS.

    Le Grand Orient répliquera de manière cinglante en accusant ni plus ni moins François Mitterrand de faire le jeu de l'extrême droite. La manière dont François Mitterrand traita la question laïque, si chère au cœur des francs-maçons, est révélatrice des relations complexes que ceux-ci entretiennent avec le pouvoir. Dans la foulée de l'élection du 10 mai 1981, le camp laïc, qui ne compte pas que des francs-maçons, attend avec impatience que se réalise la promesse de créer un grand service public unifié de l'éducation qui intégrerait l'école privée. Tout indique pourtant que la culture personnelle, la formation et l'entourage de François Mitterrand le rapprochent du camp catholique. Il n'a jamais caché son admiration pour les bons pères de l'institution Saint-Paul d'Angoulême, où il a fait ses études secondaires, ou pour les pères maristes de la rue de Vaugirard, chez qui il prendra pension avant la guerre lorsqu'il sera étudiant à Paris.

    Ce n'est sans doute pas un hasard si, en 1982-1983, Pierre Mauroy confie au très modéré Alain Savary la mission de mener à bien une réforme qui vise, certes, à intégrer l'école privée au sein du service public d'éducation, mais sans pour autant lui enlever quoi que ce soit de sa spécificité confessionnelle. Du côté des laïcs les plus intransigeants, on considère même, à l'époque, que cette réforme recèle les germes d'une confessionnalité de l'enseignement public et vise, en fait, à faire rentrer le loup clérical dans la bergerie laïque.


    [1]Charles Hernu.

    HERNU BLANCHI PAR LES MACONS ?

    II est le fils d'un gendarme maçon. Après avoir vécu une enfance sans histoires à Lyon, il s'est retrouvé adolescent dans la tourmente de l'Occupation, sans un diplôme en poche. II a 20 ans en 1943, rejoint cette année-là les chantiers de jeunesse, qui tiennent alors lieu de service national. Et puis il s'égare... On sait en effet aujourd'hui que Charles Hernu ne fut jamais le glorieux résistant dépeint par certains de ses biographes. C'est, en fait, au sein d'une organisation pétainiste, «la Propagande ouvrière», dépendant du ministère de l'Information à Vichy, qu'on allait le retrouver en 1944. Puis à la prison de Grenoble, au mois d'octobre de la même année incarcéré pour faits de collaboration...

    Le journaliste Jean-Molse Braitberg, qui a mené la plus sérieuse enquête sur cette période de la vie d'Hernu, a réuni les preuves de ce qu'il avance, les notes des Renseignements généraux évoquant le zèle du jeune délégué à l'Information à Vichy, les témoignages d'anciens compagnons et aussi d'anciens résistants, les coupures de presse des années 50.


    Les francs-maçons sont-ils pour quelque chose dans cette opération réussie de «blanchiment» politique ?


    On l'a dit, on l'a même écrit. Le secrétaire du comité d'épuration de Lyon, Maurice Berla, était en tout cas un personnage influent, radical et maçon tout comme le père du jeune Charles. Charles Hernu a depuis longtemps retrouvé une virginité lorsque son destin se lie à celui du futur président. Oublié le temps où, député radical de la Seine, il réclamait à cor et à cri, la démission d'un garde des Sceaux qui s'appelait François Mitterrand ! Mendésiste, il est passé avec armes et bagages dans le camp de celui qui lui paraissait le mieux incarner l'opposition au gaullisme triomphant. Il ne menage pas ses efforts pour plaider sa cause chez ses frères maçons, comme il le fera plus tard auprès des militaires. Initié au Grand Orient en mars 1950, Hernu est un maçon voyant. Son appartenance lui ouvre bien des portes, son pouvoir de séduction fait le reste. [...]


    François Mitterrand en compagnie de Charles Hernu. Initié au Grand Orient de France en 1950, Hernu a tout fait pour faire oublier son passé de collaborateur.

    hernu.1247380478.jpg


    [2] Pierre Mendès France.

    Fils de Franc-maçon, Pierre Mendès France fut initié le 19 mai 1928 à la «Respectable Loge Paris» et visita également souvent la «Loge Union et Progrès» à Pacy-sur-Eure. C'est un vrai franc-maçon comme son père, c'est-à-dire de ceux qui ne transigent ni sur la morale, ni sur les valeurs de la République ! Il meurt le 18 octobre 1982 à sa table de travail.

    Certains l'ont dénigré et peut-être détesté. Mais pour beaucoup de Français, sans doute la majorité, le nom de Pierre Mendès France évoque une courte période de notre Histoire, durant laquelle ils eurent le sentiment d'être entendus et compris. PMF, puisque c'est ainsi que tous le désignaient familièrement, avait des qualités exceptionnelles d'homme d'État, qualités que plus tard, lui reconnurent nombre de personnalités, même parmi ceux qui s'opposèrent à lui en politique. Suivant une formule que d'autres après lui s'attribuèrent, il disait ce qu'il faisait et faisait ce qu'il disait, avec honnêteté, clarté et détermination. Le citoyen PMF insufflait de la morale dans la politique, laquelle, le plus souvent hélas, en est bien dépourvue.(voir l'élection présidentielle l'historique ici).

    La suite au dossier 20.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu