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sage-femme

  • Le stage initiatique de fin d'études de deux jeunes sages-femmes

    à Thiès une des plus grandes villes du Sénégal.

    Elles sont Céline et Monica en fin d'étude du cycle de sages-femmes de l'école de l'hôpital Saint Antoine à Paris. Cinq années d'études après le bac la première année étant le concours d'entrée et ensuite quatre années de formation théorique et pratique,

    avec la sensibilité de leurs mains elles contribuent à ce don de Dieu dans la naissance de l'enfant fruit de l'amour des parents,

    le plus beau métier du monde en quelques sortes.

    En France le diplôme de sage-femme comme tous les diplômes de médecine comportent un cursus complet de formation de spécialités médicales qui fait que les praticiens sont reconnus dans le monde entier pour leur valeur tant médicale qu'humaine.

    Céline et Monica dans leur dernière année d'études ont choisi l'aventure pour leur stage de fin d'étude poussées par le désir de voir autre chose en apportant la jeunesse de leurs connaissances fraîchement acquises. Mais aussi pour apprendre beaucoup sachant que dans ces pays d'Afrique les conditions d'exercice ne sont pas celles qu'elles ont eu pendant ces quatre années de formation, et qu'elles n'auront probablement jamais.

    C'était donc pour elles un pari tant sur le dépaysement des mœurs et coutumes que sur les pratiques d'accouchement des femmes Sénégalaises.

    Le Sénégal dont la langue officielle est le Français mais comportant sept autres langues nationales est un pays ou de nombreux Sénégalais le parle. Elles n'avaient donc pas cette barrière de la langue mais à Thiès elles étaient les premières Françaises à s'engager dans cette aventure, et elles furent accueillies avec tant de gentillesse de dévouement et de respect qu'elles en garderont un souvenir impérissable.

    Thiès est une ville à 70 km de Dakar et reliée à la capitale du Sénégal par une grande route nationale. C'est une ville de 263.500 habitants qui à été le berceau de grands hommes politiques comme Idrissa Seck ancien premier ministre, Fodé Sylla ancien président de SOS racisme de 1992 à 1999, et des footballeurs Ousman N'Doye et Mame N'Diaye actuellement à Marseille et bien d'autres hommes remarquables politiques, sportifs, cinéastes, ainsi que l'écrivaine et poétesse Fama Diane Séne.

    Elles se sont donc engagées avec Royal air Maroc le vendredi 30 janvier pour Dakar, avec le guide du Routard en poche. Pendant les deux jours précédents leur départ pour Thiès elles ont sillonnées la ville sans problème en compagnie de la curiosité des jeunes Sénégalais.

    A leur arrivée à Thiès, elles furent accueillies dans la maison de la sage-femme responsable du centre d'accouchement, et c'est avec sa famille réunit qu'elles ont fait connaissance de l'hospitalité Sénégalaise et de la nourriture qu'elles auront pendant leur séjour, poulet et riz principalement.

    La mise en route le lundi 1erfévrier commença par trois accouchements, trois filles qui s'appellent Céline.

    Le premier à été horrible, épisio avec ciseaux rouillés qui ne coupent pas sous les hurlements d'une femme qui savait que l'on allait la couper hémorragie avec révision utérine.

    «J'ai dû tout recoudre avec des pinces Kocher qui sont rouillées et qui ne s'ouvrent pas en face l'une de l'autre. Bien entendu pas d'anesthésie, la femme hurle et bouge dans tous les sens, «autant dire que pour recoudre tu mets énormément de temps» et le seul moyen pour la calmer est la réprimande et les coups, mais pas par moi».

    Hier soir, on a terminé tard. La veille on a dormi avec deux souris dans notre chambre, qui ont mangé nos gâteaux sur la table de nuit, souris que ne nous n'avons pas réussi a faire disparaître de la chambre, pas d'eau chaude et coupure de courant.... autant dire qu'hier le moral était difficile, mais aujourd'hui çà va mieux.

    « J'ai fait 2 accouchements qui se sont bien passés. Je suis marraine (Céline) pour le premier, la deuxième femme était excisée et a du avoir son épisio (acte consistant à l'ouverture du périnée afin de laisser passer l'enfant), après je ne sais combien d'heure de stagnation, réfection sans anesthésie. Aujourd'hui, j'ai acheté de la xylo, (la xylocaÎne est un anesthésiant local), denrée rare dans les pharmacies....pas de savon pour se laver les mains et pas de compresses... heureusement que j'ai amené 2 ou 3 trucs».

    «Les femmes accouchent dans leur pagne baignant dans le sang, l'urine et les excréments, pagne qui sert ensuite a laver la table d'accouchement».

    Le pagne est un élément clé de la séduction chez les femmes africaines appelé aussi bethio. Le pagne est une pièce de tissu ou de matière végétale tressée (ex : raphia), généralement rectangulaire, avec laquelle une personne se couvre les hanches jusqu'aux cuisses ou aux genoux, ou du nombril aux chevilles. Il est généralement composé d'une seule pièce, ou d'une pièce et d'une ceinture. Il peut être simple, coloré, imprimé, brodé ou décoré de diverses manières.

    Les conditions de travail sont tellement différentes qui ne faut pas comparer, mais on s'y habitue très vite bizarrement et on fait avec.

    «Les femmes sont d'un courage immense, et toujours très souriantes, sauf lors de la réfection d'épisio ou les matrones leur tiennent les jambes pour que j'évite de me piquer».

    Les gens sont dune gentillesse incroyable, nous avons été accueillies avec joie. Nous mangeons bien à la Sénégalaise c'est à dire par terre avec les mains ou une cuillère, riz à chaque repas puis thé à la menthe. Ce soir on a décidé d'aller dans un restaurant pour changer un peu. La sage-femme chez qui nous logeons a bcp de moyens, elle a plusieurs bonnes qui travaillent pour elle, elle a un gros pouvoir d'achat et est respectée de tout le monde, sa maison est propre et nous sommes bien logées.

    Monica fait des consultations prénatales, postnatales, et pédiatriques. Il n'y a pas de médecins, on nous laisse tout gérer .... Heureusement la sage-femme responsable est très compétente et,

    «on se réfère bcp à ce quelle dit car les cas pédiatriques d'enfants en bas âge.... on en sait pas grand chose».

    Première réanimation Sénégalaise.

    Aujourd'hui journée mouvementée, j'ai pu voir une réanimation néonatale à la Sénégalaise c'est à dire sans rien....

    «Accouchement sans particularité, 3eme pare, 3 efforts expulsifs, votre blonde s'applique pour faire un périnée intact puis tout d'un coup un circulaire serre sorti de nulle part.... réflexe de votre étudiante sage-femme préférée, ou sont les pinces pour clamper à la vulve.... et la....pas de pince..... on souffle un bon coup avant de paniquer.... on réessaye de faire passer le cordon.... non ça ne passe tjs pas....on garde son sang froid avant de hurler, trouvez moi une pince, la matrone part genre la force tranquille à la Sénégalaise genre on a vu pire. Le bébé tourne au bleu.... toujours pas de pince puis miracle... 2 clamps et une paire de ciseau. Ouf.... sauf que les épaules ne passent pas.... elles sont bloquées; et là je n'en menais pas large.... Je demande a ce que l'on appelle Monica... la matrone sourit et répond très calmement non, tu te débrouilles tu vas y arriver seule..... là je vire au vert.... je le tourne dans tous les sens puis je ne sais pas comment le bébé sort et là c'est encore pire...... Apgar à 5, (Apgar est un test qui permet d'évaluer la santé du nouveau-né à la naissance, il est compris entre 0, arrêt cardiaque et 10 normal). L'enfant lance un léger cri puis plus rien. Je stimule.... toujours rien.

    Réflexe de votre cocotte.... aspiration sauf que pas de sonde et aspiration qui ne marche même pas.... je suis a deux doigts de la syncope et là, réflexe de survie, je hurle en appelant Monica et je refile le gamin à la matrone par les pieds qui sourcille à peine... fin de l'histoire, après avoir pris le gamin par les jambes l'avoir balancé puis frappé violemment le gamin reprend sa respiration....soulagement. Comme quoi, la stimulation des pieds vaut moins bien qu'une raclée monumentale. J'ai mis deux heures à m'en remettre tellement j'ai eu peur».

    A part l'émotion de la réa sans rien ou, j'avoue avoir été complètement démunie lorsque j'ai compris qu'il y aurait besoin d'une aspiration qui n'existait pas, la journée fut hyper agréable...

    J'ai fais la sortie de suite de couches de mes accouchées à J+1 dont ma filleule. On a pris des photos du dispensaire, ça été pour les femmes l'attraction de la journée, elles voulaient toutes poser et sont devenues hystériques, je pense que pour bcp; elles n'avaient jamais vu d'appareil photos. Beaucoup viennent nous voir pour nous parler Wolof (le Wolof est une langue parlée au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie), et nous l'apprendre, on commence a sortir deux ou 3 mots.

    L'ambiance est comme j'ai rarement vu, les matrones tellement contentes qu'on soit là, elles nous font à manger, elles nous ont acheté des gâteaux ce midi juste pour nous faire plaisir, elles rigolent aux éclats toutes les 30 secondes, des vrais africaines quoi. J'étais loin d'imaginer qu'on seraient accueillies avec autant de grandeur d'âme, de respect, de gentillesse.... des que l'on marche les enfants courent nous voir pour nous serrer la main et nous dire bonjour juste parce que l'on est blanche, des toubabs.... c'est hyper drôle.

    «On a l'impression d'être l'attraction du coin».

    Sinon à part ça, on a encore passé la nuit avec ratatouille, «parties bouffer nos gâteaux dans nos valises».... On s'habitue a se laver avec de l'eau froide et aux fuites d'eau de la salle de bain.

    Aujourd'hui, «1er jour de repos» bien qu'on ne soit pas spécialement surmenées depuis le début de la semaine. L'ambiance est assez cool on va en stage entre 9h30 et 10h, on termine un peu à l'heure qu'on veut. On ne part jamais avant 16 h histoire de dire qu'on travaille un peu quand même. Les accouchements sont plus sympa qu'au début. On commence à avoir l'habitude d'écouter avec la trompette. Monica apprend a diagnostiquer des grossesses jeunes et «moi j'essaye de rattraper le bébé à la sortie». Les matrones et femmes du dispensaire nous apprennent le Wolof, on commence a savoir dire quelques expressions, elles nous invitent à manger chez elles et nous soignent.

    Le reste de leur stage a été un plaisir qu'elles ne sont pas près d'oublier. Elles sont revenues le 26 février avec des souvenirs plein la tête heureuses de cette expérience et de beaucoup d'autres choses.

    Céline est ma petite fille et c'est pour elle et Monica que je vous ai fait ce récit.

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