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politique histoire

  • La politique et l'histoire, 1ère partie .

    L'une référence l'autre.

    Réflexion passionnante, philosophes, écrivains, sociologues, pourraient aborder ce sujet bien mieux que moi, mais il est captivant. Apporter cette réflexion dans un blog permet l'échange autrement que celui d'un ou plusieurs livres que je ne peux ni ne veux écrire, pas assez de compétence et de notoriété pour être lu.

    C'est le magasine du Nouvel Observateur hors série n°70 «l'histoire en procès» qui m'a donné cette envie à partir de l'article «la politisation de l'histoire» développée par Pierre Nora Académicien, historien et éditeur.

    Réflexion.

    «A notre époque ou la politique est omniprésente dans notre vie de tous les jours, le prix d'une baguette de pain n'est-il pas fixé dans une fourchette de prix, tout est plus ou moins régit par la politique, en fait, d'aucuns diraient que tout est politique. C'est globalement vrai actuellement, nous sommes dans un phénomène de mondialisation croissant qui remet en cause nos bases, notre éducation presque, il nous faut revoir notre logique de pensée, il nous faut partager. La liberté non contrôlée des puissants, de la finance, à des conséquences sur les toutes les nations, sur la vie des peuples, on le voit avec cette crise financière. Même, au sein d'un pays, la liberté du tout et n'importe quoi n'est plus permise dès lors qu'elle entrave celle des autres. Tout est intimement lié de sorte que la politique devient régulatrice de l'évolution du monde, ne pouvant se faire qu'en concertation, tout en étant génératrice d'histoire, bien plus qu'avant, ou elle permettait d'entreprendre et de créer sans contrainte des richesses architecturales, artistiques, littéraires, humaines, reflétant la pensée des hommes qui sont le fondement de notre existence et notre référence. Nous étions moins nombreux, c'était donc possible. Notre monde s'est donc construit globalement sans que la politique intervienne ou tellement peu. Les hommes ont eu cette liberté de création dans tous les domaines, ce qui fait qu'ils nous ont laissé un patrimoine, une histoire, une richesse. Il y a donc depuis des décennies un déplacement de l'histoire vers une politique globale mondiale envahissante par son omniprésence, et l'histoire devient ainsi une référence pour la politique et nous pourrions dire que les hommes font l'histoire et que l'histoire éclaire la politique».

    Pierre Nora introduit sa réflexion,

    «Deux composantes ont dominé la constitution de l'histoire sous la IIIe République, la dimension scientifique et la dimension civique. Avec la passage au premier plan de l'histoire contemporaine, les choses ont bien changé».

    «il serait absurde de croire que l'usage de la politique du passé est une nouveauté et qu'il date de la campagne présidentielle de Sarkozy. Bien au contraire. L'histoire a été, de part en part, et jusqu'à une période récente ...une activité politique au sens large du mot...mythes d'origine...leçon de vie...de conduite pour les grands».

    L'exemple de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy me paraît réducteur, le passé contemporain va bien au-delà de lui. L'histoire a été politisée par d'autres présidents, mais c'est lui qui s'en est servi probablement le plus, faisant souvent référence à Jaurès à la lumière des écrits de cette figure politique de la gauche. Gilles Candar, historien, Jaurésien, signataire de l’appel Gauche Avenir écrit sur son blog cliquez ici,

    «La commémoration de l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet, prend cette année un relief particulier, en raison des nombreuses invocations, sollicitations et références dont il a été l’objet au cours des récentes campagnes électorales, et en premier lieu de la part du candidat élu président, Nicolas Sarkozy». De même, dans le livre «Comment Sarkozy écrit l'histoire de France» sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt & Sophie Wahnich, on peut lire,

    « Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d’être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation ».

    Pour Jacques Chirac sur l'esclavage, «Regarder l'histoire de France comme elle est». Jacques Chirac institue la date du 10 mai pour rendre hommage, et il annonçait le 30 janvier 2006 dans un communiqué la création d'un Comité pour la mémoire de l'esclavage.

    Par exemple l'hommage rendu par François Mitterrand à René Cassin lors du transfert de ses cendres au Panthéon,

    « l'hommage rendu aux premiers nous confronte à l'histoire, le message des seconds annonce l'avenir. Il est juste que la communauté nationale se rassemble, comme elle le fait ici ce soir, pour célébrer et les uns et les autres, nos légendes du siècle et nos vivantes leçons.
    Il y a cent ans jour pour jour naissait celui qui devait attacher son nom à la déclaration universelle des droits de l'homme, présider la Cour Européenne des Droits de l'Homme et se voir décerner le Prix Nobel de la Paix.
    En transférant aujourd'hui ses cendres dans le sanctuaire de notre mémoire collective, la France n'accomplit pas seulement une œuvre de piété, elle s'interroge sur ce qu'il est permis aujourd'hui d'espérer pour demain, et plus encore sur ce qu'il lui reste à faire pour prolonger la voie ouverte par René Cassin, professeur d'espoir».

    Par exemple Garcia, Maître de conférences à l'IUFM de Versailles écrit ; Valéry Giscard d'Estaing, la modernité et l'histoire, du passé faisons table rase, cliquez ici .

    « Ne vous souvenez plus d’autrefois,
    Ne songez plus aux choses passées,
    Voici que va se faire du nouveau Qui apparaît déjà.
    Ne le voyez-vous pas ?»
    ” Livre d’Isaïe, XLIII, 18 et 19.

    Le choix de cette citation de l’Ancien testament, mise en exergue de Deux Français sur trois (essai) que publie Valéry Giscard d’Estaing en 1984, nous introduit immédiatement au cœur du positionnement de celui-ci face à l’histoire.

    On voit bien que chaque président a cherché dans l'histoire une justification de sa politique comme Sarkozy, soit pour honorer ses sentiments comme Mitterrand, soit pour réparer une affreuse période de notre histoire comme Jacques Chirac, soit pour Valéry Giscard d'Estaing voulant se positionner par rapport à l'histoire. Elle est donc omniprésente dans la politique contemporaine qui s'en nourrit du Général de Gaulle à Nicolas Sarkozy. Bien entendu, elle ne sert pas qu'à la politique, l'éducation des peuples ne serait rien sans histoire, comment enseigner sans elle, et qu'elle soit un modèle de vie et leçon de conduite vraisemblablement, nous en sommes son prolongement.

    Pierre Nora écrit,

    «c'est seulement de devenir une science qui a constitué l'histoire en activité autonome, professionnelle fondée sur une méthode d'analyse critique des documents intimement lié à un enseignement dont le devoir était de faire aimer et de faire comprendre la patrie».

    Il est vrai, si je traduis bien la pensée de l'auteur, que les analyses de documents anciens et de découvertes archéologiques, d'édifices ou monuments anciens marquants la civilisation de leur temps nous ont permis la connaissance de notre évolution associée à celle de notre terre mais aussi, par exemple, la pensée philosophique des maitres de la réflexion, ainsi que le développement scientifique de méthodes comme la spectrométrie aux rayons X ou Gamma pour l'identification ou la quantification de ce patrimoine. En outre, l'analyse de la pensée présente dans les écritures anciennes constitue la base d'un enseignement qui fait comprendre notre évolution. Cette activité qualifiée autonome par Pierre Nora serait donc intrinsèquement indépendante de la politique bien qu'elle soit sous-jacente par le financement puisqu'en fin de compte il faut de l'argent pour son développement en activité autonome, professionnelle, et comme l'histoire est un émerveillement elle permet de faire aimer et comprendre les hommes, la patrie, elle les rejoint.

    Pierre Nora introduit deux dimensions indissolubles qui ont marqué la constitution de la IIIe République la dimension purement scientifique et la dimension intensément politico-civique, et ces deux dimensions seraient toujours là au cœur de l'activité historienne d'aujourd'hui. Ces deux composantes seraient deux fortes nécessités, une nécessité «républicaine» de réconcilier l'ancienne et la nouvelle France faisant la part du bon et du mauvais dans l'ancien régime, et une nécessité «nationale» après la défaite de 1870 de rattraper l'Allemagne puisque c'était sa supériorité scientifique pour avoir assuré à la Prusse la victoire de Sadova.

    N'étant pas historien, je n'ai pas de remarques sur cette analyse, mais on comprend bien que ces deux dimensions ne font qu'une aujourd'hui.

    Pour étoffer son raisonnement, Pierre Nora, fait appel à un éclairage historique du passé tout récent qu'on a vécu, qu'on a subi. Les  bouleversements violents à la sortie des totalitarismes, du colonialisme, et des conditions de vie de chacun avec l'ébranlement des repères traditionnels de l'État et de la Nation. Vichy, la Shoah, l'Algérie, le Nazisme et le Communisme ne provoqueraient-ils pas les historiens et «j'ajouterais les politiques par le bouleversement des pensées que ces faits ont introduit», et comme l'écrit Pierre Nora c'est toute l'histoire qui est devenue un milieu sensible à tous. «L'histoire est donc omniprésente comme la politique».

    Pierre Nora y voit un déplacement du centre de gravité de l'histoire de l'amont vers l'aval qui aurait provoqué une intensification de «l'usage public de l'histoire» ainsi dénommée par le philosophe Allemand Jürgens Habermas. Cela montre bien sa présence constatée dans les médias télévision presse les musées et expositions comme le fait remarquer Pierre Nora et confirme bien la main mise sur l'histoire comme l'outil d'une propagande politique.

    Un ancien combattant avec son petit fils lors du défilé du 14 juillet 1958. Document le Nouvel Observateur n° 70 l'histoire en Procès.

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