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l'ouvrier

  • L'ouvrier le bâtisseur du monde

    qui est-il ?

    Support Wikipedia Vaste question que l'on ne se pose pas lorsque l'on prononce le mot ouvrier. Il montre, tout ce qui touche au salarié qui travaille avec ses mains. Il est l'ajusteur, le tourneur, le fraiseur, le mécanicien, à celui qui travaille à la chaîne, du manœuvre, jusqu'à la femme ouvrière aux chaînes de montage, aux presses, en fait tous ceux qui travaillent en usine. Mais aussi, le maçon, l'électricien, le peintre, le plombier, le typographe, le paysan, le mineur........le balayeur de rues,...., on ne peut le distinguer à une application spécifique, il touche tous les domaines de la vie ouvrière. Mais l'ouvrier c'est aussi le syndicaliste, celui qui se bat pour les conditions sociales et salariales des autres, celui des mines lors des grèves de charbon de Carnaux 1892-1895 fondatrices du socialisme de Jaurès, celui des grandes grèves de 36, l'ouvrier à donc une empreinte aussi de luttes politiques dans notre monde comme étant celui qui le fit avancer vers le progrès social.

    J'ai donc essayé d'aller plus loin que ces définitions, par curiosité, et parce que le dictionnaire de la langue Française Le Littré le défini comme «celui, celle, qui travaille de la main pour différents métiers». A partir de cette définition si l'on remonte le temps, l'ouvrier est donc un bâtisseur de pyramides, de temples, de cathédrales, un tailleur de pierres dans ces temps reculés. Mais plus esclaves qu'ouvriers, ils se sont donnés par leur travail une autre définition en créant des statuts dès lors que leur technique s'est affirmée par l'intelligence, le dessin, la géométrie. Au Moyen-âge ils prirent le titre de compagnon qui se perpétue encore par le compagnonnage du mouvement ouvrier Français. Le compagnonnage fut reconnu patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2010 sous le titre, «le compagnonnage, réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier». C'est vers 1719 qu'apparaît le terme de compagnonnage pour désigner le temps du stage professionnel qu'un compagnon devait passer chez un maître. Célèbre pour son tour de France le compagnonnage connut son apogée au XVIIIème siècle par sa puissance en tant qu'organisation mafieuse ouvrière, puis devint une force organisatrice et de revendication malgré les luttes fratricides entre les deux tendances. Au milieu du XIXème siècle il décline sous l'effet de la révolution industrielle. Il survit actuellement sous une forme moderne formant des compagnons d’excellence.

    Le livret d'ouvrier apparu le 17 août 1781 sous la pression des corporations et de la police. C'est un petit cahier qui identifie l'ouvrier, enregistre ses sorties et ses entrées chez ses maîtres successifs lors de son tour de France. À l'époque, ce livret devait être paraphé selon les villes par un commissaire de police ou par le maire ou l’un de ses adjoints. Il vise en outre à un contrôle du vagabondage, mais aussi à l'interdiction de coalitions ouvrières.

    Document Wikipédia, livret d'ouvier 1883, cliquez sur l'image

    Ils furent donc à l'origine de notre civilisation.

    Au 18ème siècle la langue Française utilise indifféremment le terme ouvrier et artisan. Pourquoi, tout simplement par ce que le travail de ses mains fut devenu un art, une création. Pas de logiciels que de l'intelligence. Dès lors, l'ouvrier devint artisan créant une discrimination et une hiérarchisation lorsqu'il prit pour son essor des ouvriers devenant des salariés. Le monde du travail se construisait. Si l'on approfondit sa recherche, on peut fixer la séparation sémantique. Elle s'effectue dans la seconde moitié de XVIIIème siècle.

    Le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse tome onzième , donne sous le vocable, ouvrier, artisan, artiste.

    «La qualification que l'on a quelquefois étendue aux producteurs d’œuvres artistiques ou littéraires s'applique le plus souvent aux personnes qui font un travail manuel, ajoutant que certains métiers tiennent de près à l'art». Donc artisans et ouvriers se disent travailleurs des mains. Mais le terme ouvrier a un sens plus étendu dans le monde du travail des mains que celui d'artisan. Chez les anciens, l'ouvrier était bien souvent un esclave, soit qu'il travaille pour un maître, soit qu'il est un homme libre faisant travailler soit pour l’État ou pour de riches citoyens dans la Grèce et la Rome antiques. A cette époque tout travail manuel était avilissant, il ne pouvait en être autrement. Pour certains métiers La loi des Douze-Tables autour de - 451 av J-C évoquait des travailleurs réunis en collèges et les autorisaient à délibérer en commun, une certaine laïcisation du droit Romain. Cela constitua des corporations dont les membres soudés par la loi, qui donnait à leur prospérité des avantages. Mais il est difficile de dire si ces corporations n'étaient pas à cette époque ce que nous nommons aujourd’hui des partons, et si les ouvriers n'étaient pas des esclaves. Aujourd'hui, l'ouvrier au sens général du terme est bien définit, c'est le salarié. Cela ne l'empêcha pas d'être aussi artiste, mais pas artisan.

    L'ouvrier se trouva donc le subordonné de l'artisan par sa non capacité intellectuelle à produire du travail et sa non indépendance salariale. Cette dichotomie explique dans l'évolution du XIXème siècle par le passage du travailleur de l'atelier à la fabrique d'une petite production artisanale peu mécanisée, mais ou l'on demande en contre partie une qualification professionnelle importante, par rapport à un vaste complexe industriel faisant appel à une machinerie pour laquelle la valeur manuelle de l'ouvrier se perd avec les machines.

    En a peu près deux siècles une mutation économique sans précédent s'est trouvée engagée. A la fin du XVIIIème siècle, basée sur les innovations techniques telles que la machine à vapeur, le métier à tisser, les procédés métallurgiques et l’utilisation du charbon, puis une deuxième fondée sur l’acier, l’électricité, l’automobile et la chimie s'est engagée jusqu'au tournant du XIXème siècle. A la fin du XIXème siècle, ce sont deux univers qui, s'affrontent sur la scène du travail. Celui de l'artisan ouvrier mais compétent mais aussi minoritaire et celui du monde industriel en expansion fait de subordination ouvrière et d’imprécision.

    La course au profit menée par les industries du XIXème siècle conduisit le patronat à exiger des ouvriers un travail toujours plus intense. Le développement de l'éclairage au gaz permit d'allonger la journée de travail. Celle-ci pouvait atteindre 15 heures. Les ouvriers n'eurent droit qu'à une journée de repos hebdomadaire, et n'eurent jamais de vacances. La fatigue, permanente, multiplia les risques d'accidents du travail. Dans le système libéral, le travail ouvrier fut considéré comme une marchandise, il fut soumis à la loi du marché.

    Dès lors l'ouvrier se rapprocha de plus en plus du prolétaire. Le prolétaire est celui qui n'a recours qu'au travail salarié. Selon Karl Marx le prolétariat est la classe sociale opposée à la classe capitaliste. C'est la confrontation de deux doctrines. L'intérêt du prolétaire est d'obtenir le plus possible de son travail, tandis que réciproquement le propriétaire des moyens de production cherche à minimiser ce coût. D'où un conflit entre eux, la «lutte des classes». Pour Karl Marx, le moteur de l'Histoire est précisément la lutte des classes. C'est par ce qu'il y a lutte des classes que les prolétaires doivent écarter la bourgeoisie de l'exercice du pouvoir. L'objectif énoncé par Marx est dans les statuts de l'Association internationale des travailleurs, la première internationale fondée en 1864 à Londres. La société deviendrait alors communiste. Pour Maximilien Rubel, marxologue Autrichien naturalisé Français, «le postulat de l'auto-émancipation prolétarienne sous-tend l'œuvre de Marx comme un leitmotiv». Selon Raymond Aron, en 1955, le prolétariat regrouperait «les salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines», c'est-à-dire les ouvriers.

    La prolétarisation de l'identité ouvrière fut à l'origine de la prise de conscience d'hommes et de femmes quant à sa capacité réelle d'influence dans la société. La conscience de la classe ouvrière, nous l'avons vue n'a pas été contemporaine, elle mit du temps pour s'imposer à l'essor des structures économiques. Mais le mot ouvrier à persisté, bien qu'il fut soumis à diverses influences par les syndicats et les partis de la classe ouvrière naissante. Le mot ouvrier fut souvent remplacé par celui de travailleur, encore actuellement. C'est donc une déformation visant à associer sous le terme travailleur le plus grand nombre d'idéologies syndicalistes et politiques de gauche.

    Le mot travailleur est-il adapté pour représenter l'ouvrier des fonderies qui travaille sous 50 degré de température ? Comme celui dans la métallurgie de l'acier, ou de la fonte, auprès des fours ou dans celles des fonderies de l’aluminium ? Le mot travailleur a une connotation politique que le mot ouvrier n'a pas.

    L'ouvrier au début était pleinement voué à son travail pour nourrir sa famille, ce sont les abus patronaux qui ont conduits à ce que des syndicats se forment pour résister afin de grouper le plus d'ouvriers, mais aussi une classe d'improductifs salariés qui n'ont rien à voir avec les ouvriers, mais que regroupe le mot travailleur. Le mot travailleur marque donc une composante du monde du travail à celui de la politique, alors que l'ouvrier ne l'est pas. L'ouvrier gagne-t-il à cette usurpation surement pas.

    L'ouvrier est le noble de la classe ouvrière, celui qui à construit le monde de ses mains.

  • Le café dans le monde du travail,

    le café de l'ouvrier.

    Support Wikipedia Le café lieu matinal passage obligé des ouvriers métallos lors de ma jeunesse. Son histoire si elle pouvait se raconter résumerait celle du monde des hommes du travail, mais aussi de la société Française. De la politique aux sports tous les sujets de conversation étaient abordés par des gens de toutes catégories. Un lieu essentiellement masculin, de rencontres, de désespoir, de rendez-vous, la figure de la société. Lieu aussi de sociabilité et de vertus. Le café dans la culture ouvrière populaire, mais aussi culturelle, philosophique, fut, et est encore l'endroit de tous.

    J'étais encore apprenti ajusteur après deux années dans un centre d'apprentissage lorsque j'ai connu le café, le noir tiré d'un percolateur, au cours de mon premier emploi. Entraîné à ce rituel par mon compagnon, celui qui avait la charge de m'apprendre le métier, à prendre un jus comme l'on disait. On se retrouvait, à mes débuts, en 1945 dans cet espace réservé entre l'usine et le métro, ou chaque matin, les ouvriers au bleu de travail venaient pendre ce noir arrosé d'un calva pour certains, histoire de se caler l'estomac, quand ce n'était pas un calva seul. Mais ce n'était pas que cela le café, c'était aussi le lieu ou l'on prenait l'apéro, entre copains, le soir après la journée de travail. Un endroit bien Français. Tout le monde se connaissait des habitués Marcel, René, des prénoms bien à la mode dans ce temps d'après l'occupation. Il n'y avait pas que ma «boite», le café tout le monde des «taules» y venait. On était entre nous et une franche convivialité y régnait. C'était autour du zinc que l'on se mettait serrés les uns contre les autres, ou entre deux bonjours, on échangeait quelques paroles, pas le temps de longs discours, il fallait faire vite pour aller pointer. Moi, j'écoutais les anciens ceux qui forcément connaissaient. La plupart n'avaient pas mangé avant d'aller au boulot, et je trouvais néfaste à jeun de soumettre son estomac à cette épreuve. Mais rien à faire contre le rite du jus matinal, nous ne serions pas des ouvriers. L'ouvrier n'est pas une machine il a besoin de chaleur. Celui de l'après guerre avait souffert mais il conservait un prestige, il était fier de la valeur de son travail. Après la guerre, ce lieu, meurtrit par la Gestapo, et les milices de Pétain pourchassant les résistants, avait déjà perdu de sa grandeur ouvrière. Le syndicalisme reprenait ses droits la CGT principalement avec la Vie Ouvrière était redistribuée dans les usines. Mais les ouvriers en avaient pris un coup pendant ces quatre années d'occupation, et dans mon usine c'était boulot boulot. Les luttes ouvrières des années d'avant guerre on n'en parlait peu les opinions étaient partagées sur leurs conséquences. Mais on avait obtenu, de haute lutte, les premiers congés payés et la semaine de 40 heures. De la mémoire d'un adolescent.

    J'ai commencé à travailler en septembre 1945 à 16 ans après deux années dans un centre d'apprentissage commencées en 1943 sous l'effigie Pétainiste «Travail Famille Patrie» inscrite en grosses lettres sur le mur du réfectoire de ce centre. C'était au 190 avenue de Clichy à Paris. Je m'en souviens encore l'entrée était à gauche un peu avant la voie ferrée qui existe encore en venant du métro Porte de Clichy. Mes parents avaient tout fait pour que j'aille dans une école d'apprentissage, mais les places n'étaient pas pour moi. Bien qu'ils fussent Français naturalisés avant la guerre, ils avaient un handicap mélangeant de l'Italien au Français. Ce centre créé par le «Maréchal» était fait pour les ouvriers qui, recevaient une bonne formation. Les études théoriques et pratiques étaient payées par le «patron» qui vous prenait en charge pendant deux années sous contrat. La troisième année avant le CAP s'effectuait dans son usine, c'était pour l'époque le meilleur moyen d'apprendre un métier. Nous recevions un bon enseignement qui nous permettait d'être rapidement des compagnons.

    Le CAP ajusteur en 1946 fit de moi un jeune compagnon. L'ajusteur était et doit être encore, bien que tout ait changé, il n'y a presque plus d'ouvriers, le métier qui mettait en forme ce qui venait des machines, celui qui ajustait et terminait le montage de la machine, de l'outil ou du montage, et qui le faisait fonctionner.

    Le midi certains mangeaient comme moi à la gamelle, mais pour d'autres, c'était le café. Des tables en fonte recouvertes d'une plaque de marbre blanc avec quatre chaises, constituaient une petite la salle de restaurant à droite du comptoir, au sol carrelé, c'était vite nettoyé. Pas le temps de perdre son temps, c'était la course. Le serveur, un maître, il retenait toutes les demandes de plusieurs tables. Circulant entres-elles de la cuisine à la salle du restaurant, une course épuisante entre les apéros, l’œuf mayonnaise, la sole meunière, et les pommes en l'air il n'avait pas le temps de souffler. Un moment de détente qui coupait la journée. Il faut y avoir été pour se rendre compte de l'ambiance, pas d'étiquette, du bruit, de la fumée, et des bleus de travail pas toujours très propres. Une heure pour se laver les mains et pointer avec le trajet, il fallait faire vite, les places étaient réservées. Des habitués principalement dont le serveur connaissait les habitudes. Ouvert tous les jours de la semaine même le samedi, mais fermé le dimanche, le café s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.

    Mais le café n'était pas que cela, c'était aussi un lieu de propagation des nouvelles, et d'actualité. Tout le monde pouvait s'exprimer et même se disputer. Lieux de culture aussi les cafés ont été pris par les philosophes et sont devenus pour certains célèbres comme le café de Flore ou Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir tenaient table. Un phénomène qui n'est pas lié qu'à la France au 19ème siècle, déjà dans la Vienne de Freud, les aristocrates délaissaient les salons pour les cafés favorisants ainsi les artistes et les écrivains.

    Mais pour nous, le café restera à jamais celui des ouvriers par ce que c'est là que l'on vivait.

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