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  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 9,

    l'offensive vers l'Aisne suite, l'attaque.

    Support Wikipedia Le 26 mai, à 17 heures, le général Duchêne alerte la 6ème armée. A 19 heures, les dispositions de combat sont prises. A partir de 20 heures, l’artillerie des divisions renforcée par tous les moyens disponibles, exécute les tirs de harcèlement et d’interdiction prévus par le plan de défense, elle inonde de projectiles les voies d’accès et les points de passage obligatoires à l’arrière du front. A la nuit tombante, des détachements Allemands cherchent à jeter des ponts sur l’Ailette. Pris immédiatement à partie par nos mitrailleuses, ils doivent renoncer à leur projet. En même temps, le général Duchêne fait occuper la deuxième position, au sud de l'Aisne, par la 157ème division.

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    Le 27 mai, à 1 heure du matin, l’artillerie Allemande déclenche un tir d'une extrême violence sur tout le terrain compris entre les premières lignes et les batteries Françaises, en même temps que l'artillerie lourde exécute un tir d’interdiction très puissant sur nos arrières. Quatre mille pièces de tous calibres hurlent en même temps, devant lesquelles les 1030 canons, que nous avons pu qu'à grand peine réunir, se révèlent bientôt insuffisants, malgré l’héroïsme des soldats. L'air est empesté de gaz toxiques, l’ennemi fait surtout usage d’obus à ypérite. L'ypérite est une forme impure du gaz moutarde utilisé pendant cette guerre. Nos batteries sont annihilées, les petits réduits de la première ligne sont écrasés et nivelés, les mitrailleuses sont détruites.

    A 3h30, la fumée s'est à peine dissipée que les défenseurs survivants, hébétés, voient surgir dans le demi-jour l’infanterie Allemande. Dès le commencement de la préparation d’artillerie, les régiments de première ligne de l’attaque s’étaient en effet massés en avant de leurs tranchées, et avaient franchi l’Ailette au moyen de passerelles de fortune, et ils étaient venus se rassembler tout près de nos réseaux de barbelés, dans lesquels, à l’abri du feu de leurs canons, ils s’étaient hâtés de pratiquer des brèches à la cisaille. Chacun d’eux était accompagné d’une compagnie de lance-flammes, d’un renfort de mitrailleuses et d’une batterie d’artillerie. C’est une marée qui submerge tout. Cette masse se précipite en avant, sans se préoccuper des intervalles qui doivent être pris en progressant dans les lignes Françaises. Elle se subdivise en des milliers de petites colonnes qui s’infiltrent par tous les cheminements, glissent partout des mitrailleuses, et suivent de très près un formidable barrage roulant, et tirent en marchant. Quelques îlots, non détruits par les canons opposent une résistance désespérée. Les soldats qui les occupent ne songent guère à se rendre, ils avertissent comme ils peuvent leurs camarades en arrière par la T. S. F., par les pigeons voyageurs, et ils restent là, à se faire tuer sur place. Pas un homme du bataillon Chevalier, du 64ème régiment infanterie, n’est revenu de cet enfer. Nos bataillons de soutien, contre attaquent vigoureusement, poussant jusqu’aux dernières limites l’esprit de sacrifice.

    Vers 8 heures du matin, les 21ème et 22ème divisions, dont les premières positions sont submergées et dont les réserves sont engagées dans des contre attaques intenses, n’existent plus. L’ennemi a gagné le Chemin des Dames. Le terrain est cependant disputé pied à pied. Les généraux Dauvin et Renouard, commandant les 21ème et 22ème divisions, se complètent et demeurent seuls à diriger leurs bataillons disloqués et décimés. Le reste des régiments combattent, mélangés sur une seule ligne, à la 21ème division, le 64ème RI, le 93ème RI, le 137ème RI, et la 22ème division, le 19ème RI, le 62ème RI, le 118ème RI, tous rivalisent d’héroïsme. Cinq colonels sur six ont été ensevelis dans leur poste de commandement, tous les chefs de bataillon de la 22ème division sont tombés.

    Dès 5 heures du matin, le général de Galembert, commandant la 157ème division, dont la mission était de défendre la deuxième position, reçoit l’ordre d’envoyer 4 bataillons au nord de l’Aisne, pour appuyer la 22ème division. A peine ces 4 bataillons ont-ils franchi la rivière qu’ils tombent sous un feu violent d’infanterie et de mitrailleuses, de la part d'un ennemi qui occupe déjà le Chemin des Dames. Un désordre momentané se produit, puis ces bataillons se déploient et, bravement, la baïonnette au canon, se portent au devant des Allemands. Mais, engagées de la sorte, nos sections échappent déjà à tout contrôle. Elles sont englobées dans la retraite des faibles éléments restant des 21ème et 22ème divisions, balayées avec eux sur l’Aisne par les troupes ennemies.

    Il ne restait plus à la garde de la deuxième position, que 4 bataillons de la 157ème division, un bataillon du 214ème, un bataillon du 233ème et deux bataillons du 252ème. Ils font bonne contenance, mais vers 10 heures du matin, le 9ème Corps Britannique ayant été refoulé à droite, leur ligne est prise à revers à Villersen-Prayères. Le Corps Allemand de Vichura progresse aussi vers Vailly, et de Pontavert à Reims, toute la ligne est enlevée, comme le Chemin des Dames. La VIème division de réserve Bavaroise, les Vème et VIème divisions ont débordé la forêt de Pinon en s’infiltrant par les ravins de Vauxaillon et de Chavignon, et elles sont parvenues à arracher le massif de Laffaux à la 61ème division. À 11 heures du matin, 12 divisions Allemandes bordent l’Aisne depuis Chavonne jusqu'à Berry au Bac et Reims, et le XVème Corps refoule les divisions Britanniques.

    Vers midi, l’Aisne est franchie pêle-mêle par les divisions Allemandes. Les positions de la deuxième ligne, trop faiblement gardées, sont encerclées et submergées, et le soir, à 20 heures, les Allemands ont atteint la ligne Vauxaillon, Vrégny, Braine, Bazoches, Fismes. Sur un front de 30 kilomètres, ils ont creusé une poche d’une vingtaine de kilomètres, franchi l’Ailette et l’Aisne, et ils bordent la Vesle après avoir annihilé nos divisions de première ligne. De la 22ème division, peu d’hommes ont échappé, à peine la valeur de deux compagnies reconstituées avec des permissionnaires rentrés le soir, avec quelques prisonniers évadés, et des hommes des convois. La nuit n’arrête pas la poursuite. En force, les Allemands manœuvrent de façon à séparer complètement le 9ème Corps Britannique de la 22ème division. Heureusement, les auto-canons et les auto-mitrailleuses du 1er Corps de cavalerie arrivent de Fismes et réussissent momentanément à aveugler cette redoutable brèche.

    Le 28 mai, à 1 heure du matin, la Xème division Allemande franchit la Vesle près de Bazoches et pousse vers les bois de Dôle. La Vème division de la Garde franchit la rivière à l’est de Fismes, et marche sur Courville. Débordés sur leurs deux flancs, attaqués de front par deux divisions, les défenseurs de Fismes se replient vers deux heures du matin. A midi, toute la ligne de la Vesle est perdue, et les Allemands, à qui nous ne pouvons pas encore opposer des forces suffisantes, progressent lentement au sud de la rivière, faisant surtout porter leurs efforts sur les ailes, pour agrandir la trouée.

    Vaines tentatives, malgré qu'à gauche le plateau de Crouy est abandonné, les deux pivots de Soissons et de Reims tiennent bon, ce jour-là l’avance ennemie n’est que de 5 ou 6 kilomètres.

    Cependant, devant la rupture inattendue et trop aisée de la première ligne, le Haut Commandement Allemand a pris la décision de transformer cette opération en une attaque de fond qui ne devait être initialement qu’une démonstration. Déjà, la plupart des divisions, considérant atteint l’objectif qui leur avait été assigné, commençaient, le 28 au soir, à s’organiser sur les positions conquises, mais un ordre de Ludendorff leur parvient,

    «le combat, dit le Quartier Maître Général, prend désormais le caractère de la guerre de mouvement, poursuite de l’ennemi, rapide, ininterrompue. Ne laisser aucun répit à l’ennemi, même pendant la nuit. Ne pas s’attendre les uns les autres».

    L’empereur, «le Kronprinz», Hindenburg , et Ludendorff sont accourus. Éblouis par l’étendue de cette victoire qu’ils n’osaient espérer, ils croyaient la France perdue. Ils sonnent l-hallali. Mais, ils le sonnent plus discrètement que celui de l'offensive du 21 mars, de crainte de quelque nouvelle désillusion. Ils indiquent bien à la presse l’importance militaire de la chute du Chemin des Dames, et l’importance morale d'une défaite infligée à la seule Armée Française, à cette Armée considérée comme le plus solide rempart de l’Entente. Ils célèbrent la prestigieuse habileté du Haut Commandement qui a su percer le centre de l'armée de Foch, tandis que les réserves alliées avaient été savamment attirées ailleurs. Ils signalent ce qu'a été ce formidable déplacement de forces, dans le secret le plus profond, mais c'est tout.

    Plus de folles utopies, plus de promesses d'une rupture définitive du front. Ils ont compris que ce n'est pas une victoire locale, si complète soit-elle, qui abattra à jamais la résistance Française. À Paris, que les avions visitent presque toutes les nuits, et dont les obus de la «Bertha» éventrent toutes les deux ou trois heures quelques maisons ou quelques églises, paraît, non pas insensible, mais résolu à braver tous les dangers, et à les braver à la Française, en riant. De tout cœur, chaque Français a fait sienne la fière déclaration lancée par Clemenceau à la tribune de la Chambre, au milieu des acclamations,

    «Nous remporterons la victoire si les pouvoirs publics sont à la hauteur de leur tâche. Je me bats devant Paris, je me bats à Paris, je me bats derrière Paris».

    Et pour expliquer son imperturbable optimisme, le Président a montré les transports Américains déchargeant activement dans nos ports leurs troupes et matériels. Il y a déjà en France plus de 600.000 jeunes gens du Nouveau Monde. Toute la 1ère Armée américaine, forte de 5 divisions, est même en secteur. Elle est commandée par le général Ligget, dont le quartier général est à Neuf-château. Six divisions de la 2ème Armée sont dans les centres d'instruction, ainsi que trois divisions de la 3ème Armée.

    Foch est calme, comme à son habitude, au milieu de la tempête. Il sait que l'ennemi sera arrêté dès que les réserves auront pu être amenées à pied d’œuvre, et il a pris les mesures nécessaires pour que ces réserves arrivent au plus vite. Il avait considéré tout d'abord l'attaque du Chemin des Dames pour ce qu'elle était, une puissante démonstration. Mais dans la nuit du 28 au 29, c'est-à-dire à peine quelques heures après le changement de décision du Haut Commandement Allemand, devant les progrès réalisés par l'ennemi, il avisait le maréchal Haig de la nécessité de retirer quelques divisions Françaises du front Britannique. Il prescrivait en même temps au général Maistre de rapprocher, des quais d'embarquement, les 4 divisions de la 10ème Armée, il envoyait à Montmort le général Micheler, avec l'État-major de la 5ème Armée, qu'il mettait à la disposition du général Franchet d'Espérey, pour y prendre le commandement d'un groupe de 6 divisions destinées à tenir solidement la Montagne de Reims, il appelait enfin sur la Marne la division Américaine de la réserve générale.

    Quant à Pétain, faisant sagement la part du feu, il avait déjà ordonné l'organisation d'une ligne de résistance, encore influencée par la Crise des mutineries, sur les hauteurs du Grand-Rozoy, Arcy-Sainte-Restitue et les mamelons du Tardenois, sur laquelle le 1er Corps d'Armée à gauche et le 210 Corps à droite devaient recueillir et encadrer les 30ème et 11ème Corps disloqués.

    Le 29 mai au matin, les Allemands poursuivent leur offensive avec vigueur. On se bat dans Soissons. Micheler, accouru à Cumières, improvise un front entre Arcy-le-Ponsard et Prunay, et arrête net l'ennemi devant les faubourgs de Reims. Le général de Maud'huy dispute âprement les abords de la forêt de Villers-Cotterets avec les débris du 11ème Corps. Le soir, s'ils tenaient à peu près Soissons en flammes, les Allemands avaient surtout progressé vers le Sud, ayant enlevé Fère en Tardenois, franchi l'Ourcq et poussé leurs troupes jusqu'à 5 kilomètres de la Marne. Heureusement les charnières tienaient bon, autant sur les hauteurs de Chaudun qu'aux abords de Reims, et la poche prend l'aspect d'un triangle dont la pointe s'allonge vers Jaulgonne. Le danger est maintenant sur la Marne, et non ailleurs. Foch avertit Sir Douglas qu'il va appeler la 10ème Armée dans la forêt de Villers-Cotterets qu'il aura recours aussi, peut être, aux disponibilités Britanniques, qu'en tout cas, l'Armée Debeney va être affaiblie et aura besoin d'être étayée par l'Armée anglaise.

    En revanche, Foch prescrit à l'Armée belge de prendre à son compte une partie du front Britannique, et de s'étendre jusqu'à Ypres. Ces mesures ne pouvaient pas être prises plus tôt. Le 27, la 2ème Armée britannique et notre G.A.N., Groupe des Armées du Nord, avaient encore été violemment attaqués après une puissante préparation d'artillerie qui laissait présager une opération de grand envergure. Même le front avait fléchi, et la ligne n'avait réussi à s'accrocher que le soir à KruitstraatHoek et, par l'Eclusette, à l'extrémité nord de l'étang de Dickebush en Flandres.

    Le 30 mai, deux nouvelles divisions Allemandes viennent renforcer les colonnes qui poussent vers la Marne, la 103ème et la 231ème. Le général commandant cette dernière division a donné à ses bataillons l'ordre formel d'atteindre la rivière, «c'est une question d'honneur pour nous, a-t-il écrit le 29, d'atteindre la Marne demain».

    La Marne !.. Effectivement, la 231ème division atteint la Marne ce jour-là, à 14 heures, entre Brasles et Mont-Saint-Père. La 28ème division l'atteint à 18 heures à Jaulgonne, mais les ponts sont détruits. A l'ouest, la progression est plus lente. Les trois divisions du Corps Winkler s'emparent bien de Vierzy et d'Oulchy le Château, mais leurs pertes sont sensibles. A l'est, le Corps Schmettow et la Ière Armée de Fritz von Below sont complètement arrêtés devant Verneuil et Ville en Tardenois, et ne peuvent forcer la résistance des défenseurs de Reims.

    Le 31 mai, Ludendorff appelle de nouvelles divisions. Il intensifie son effort à l'est et à l'ouest pour élargir la poche trop étroite sur la Marne. La 28ème division de réserve vient renforcer la 1ère division de la Garde vers Longpont, et la 232ème division accourt vers ChâteauThierry. Le général Maud'huy contre attaque héroïquement sur Chaudui et reprend cette localité à l'ennemi. Le général Robillot enraye la poussée des Allemands qui, maîtres de Neuilly Saint Front, s'infiltraient dans la vallée de l'Ourcq. Cette lutte acharnée absorbe les disponibilités Allemandes. Ludendorff ne peut plus disposer maintenant que de six divisions, sans dégarnir les autres secteurs. Un nouveau Conseil de guerre, tenu ce jour-là à Fismes sous la présidence de l'Empereur, décide que ces six divisions seront lancées dans la fournaise. Le 1er juin, un ordre laconique est lu aux troupes,

    «Sur le désir de Sa Majesté l'Empereur et de Son Excellence le maréchal Hindenburg, l'offensive sera poursuivie».

    Seulement, ce n'est pas au sud de la Marne que va se poursuivre l'effort. Cette rivière sera au contraire pour l'Armée impériale une excellente couverture contre une offensive venant du sud. On créera simplement entre Château-Thierry et Dormans une tête de pont sur la rive gauche, pour faciliter une progression ultérieure, et on agira vigoureusement aux deux ailes, à l’est contre Reims, à l'ouest contre le massif forestier de Compiègne, Villers-Cotterêts. L'attaque de ce dernier massif nécessitera deux opérations simultanées, l'une partant de l'est contre Villers-Cotterêts, l'autre partant du nord contre Compiègne, afin d'encercler les forces Françaises, ou de les obliger à la retraite...

    La suite 10 portera sur l’offensive vers Compiègne, 1er au 12 juin 1918

  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 8,

    de la bataille de l'Aisne jusqu'à l'armistice.

     

    Support Wikipedia Elle se développe du 27 mai 1918 au 17 juillet. Elle se poursuit ensuite par la seconde bataille de la Marne, ou les troupes Allemandes sont bousculées par la contre attaque Française dans la région de Villers-Cotterêts entamée le 18 juillet 1918. Les résultats de cette contre-attaque sont dévastateurs pour ces troupes Allemandes qui doivent refluer vers le nord en évitant de justesse l’encerclement. À compter de cette date, l’armée Allemande n’est plus jamais en mesure d’engager une action offensive, l’initiative étant désormais dans le seul camp des Alliés qui vont engager dans les mois suivants des contre-attaques permettant de regagner le terrain perdu au cours du printemps 1918 puis des contre-offensives majeures. La grande offensive victorieuse a lieu le 8 août 1918. Les soldats Canadiens, soutenus par les Australiens, les Français et les Britanniques, lancent une attaque en Picardie et enfoncent les lignes Allemandes. Plus au sud, les soldats Américains et Français se lancent aussi dans l'offensive Meuse-Argonne, victorieuse. Pour la première fois, des milliers de soldats Allemands se rendent sans combat. Les troupes Allemandes ne peuvent résister aux armées alliées maintenant coordonnées par le général Foch.

    img075.1292861172.jpgLe char Renault FT-17.

    Ces dernières sont renforcées chaque jour davantage par le matériel et les soldats Américains, par les premiers chars Renault FT-17 et par une supériorité navale et aérienne. L'armistice est signée le 11 novembre 1918, elle marque la fin de la première guerre mondiale.

    La série d'articles qui va suivre comprend l'offensive de l'Aisne , l'offensive vers Compiègne , l'offensive en Champagne, la contre offensive et la seconde victoire de la Marne, la bataille de Picardie, l'offensive sur la ligne Hindenburg et la bataille de Champagne-Argonne. Ensuite seront les dernières batailles avant l'armitice, les Belges à la reconquête de la Belgique, puis l'armistice du 11 novembre 1918, pour terminer par le Soldat inconnu et les références consultées, puis une réflexion sur, «pouvait-on éviter la première guerre mondiale». La seconde partie sera Philippe Pétain ses heures noires de 40 à 44.

    L'offensive vers l'Aisne


    image002.1291533693.jpgLe général Foch

    En mars 1918, Pétain est un candidat possible au titre de généralissime des troupes alliées, mais, avec l'appui des Britanniques, Clemenceau lui préfère Foch. Il est désormais à l’origine de la coordination de toutes les troupes alliées, dont Foch est le chef suprême. Pendant l'offensive Allemande de 1918, Pétain conseille la prudence, là où Foch choisit la contre-offensive, victorieuse. En août 1918 Pétain reçoit la médaille militaire, «soldat dans l’âme», il n’a cessé de donner des preuves éclatantes du plus pur esprit du devoir et de haute abnégation. Il vient de s’acquérir des titres impérissables à la reconnaissance nationale en brisant la ruée Allemande et en la refoulant victorieusement, il est élevé à la dignité de maréchal de France.

    La bataille de l'Aisne fait suite aux offensives Allemandes dans la Somme ou les batailles de la Somme et en Flandre ou bataille de la Lys d'avril 1918.

    Le général Erich Ludendorff, chef d'État-major général adjoint, lance sa troisième offensive sur le front occidental en 1918, par une attaque de diversion contre les Français qui tiennent le secteur du Chemin des Dames, sur l'Aisne. L'objectif de Ludendorff est d'empêcher les Français d'envoyer des renforts aux Britanniques qui se trouvent dans le nord de la France, où il prévoit une nouvelle attaque. L'offensive est dirigée par la VIIème armée du général Eduard von Böhm-Ermolli et la Ière armée du général Bruno von Mudra (de), totalisant quarante-quatre divisions. L'objectif de leur offensive, du nom de code «Blücher et Yorck», est de frapper la VIème armée Française du général Duchêne qui regroupe douze divisions dont trois Britanniques.

    Un ordre de la XVIIIème armée, trouvé sur un prisonnier, prescrivait de désigner les opérations dirigées contre Amiens, antérieurement au 6 avril, sous le nom de «bataille de rupture», et celles postérieures à cette date sous le nom de «combats de l'Avre et de la région de Montdidier-Noyon». Insignifiant détail, mais important.

    Cette importance parut telle que Foch, après avoir cru, un instant, à une offensive décisive sur Calais et sur les ports de la Manche, offensive qui, poussée à fond, eût encore pu être funeste, puis, voyant les affaires tourner en longueur, ne leur prêta bientôt plus qu'une attention de convenance, ne se laissant arracher des renforts pour ces régions que sur les instances pressantes et réitérées du maréchal Haig, dont il fallait a tout prix soutenir la confiance. Par intuition et par raisonnement, Foch eut été certainement plus disposé à faire droit aux réclamations de Pétain qui, le 6 mai, lui montrait l'Armée Française à l'extrême limite de ses efforts et en situation difficile avec des effectifs aussi restreints, répartis sur un front aussi étendu.

    Les forces Allemandes.

    Depuis le début d'avril, Ludendorff vidait la poche d'Amiens.

    A cette date, Hutier, Oscar von Hutier, disposait encore de 27 divisions, au début de mai, il n'en avait plus que 14. En revanche, le front entre l'Oise et Reims, tenu par la VIIème armée, von Boehm, depuis Chauny jusqu'à Berry au Bac, et par la Ière armée, Fritz von Below, depuis Berry au Bac jusque vers Saint Souplet, en Champagne, était puissamment renforcé à partir du 19 mai. En particulier, dans la région comprise entre Chauny et Berry-au-bac, face au Chemin des Dames, se trouvaient massées le 26 mai,
    -entre Chauny et Leuilly, sur 20 kilomètres, 3 divisions en première ligne et 2 divisions en réserve,
    -entre Leuilly et Berry au Bac, sur 45 kilomètres, devant le Chemin des dames, 15 divisions en première ligne, 7 divisions en deuxième ligne, 8 divisions en réserve.
    -entre Berry-au-bac et Reims, sur 10 kilomètres, 5 divisions en première ligne, 1 division en deuxième ligne, 1 division en réserve.

    Soit un total de 42 divisions sur un front de 75 kilomètres, et, en particulier, 30 divisions sur le front de 45 kilomètres correspondant au Chemin des Dames.

    C'est sur ce terrain une division pour 1500 mètres, ou en moyenne 5 combattants par mètre courant. Il y aura, en outre, 2 batteries de 77 d'accompagnement par 100 mètres de front d'attaque, et dans l'ensemble du secteur, 180 batteries de contre-batterie, destinées à annihiler l'artillerie Française. Tout ce matériel, qui comprend un nombre important de pièces à longue portée, est en place depuis très longtemps, ce qui facilitera grandement l'effet de surprise sur lequel les Allemands comptent.

    Du coté de l'entente.

    Il y a l'Armée de Duchêne, 6ème armée, étalée sur un front d'environ 90 kilomètres. Ce sont,
    --le 30ème Corps, 55ème, 19ème, 151ème divisions, 2ème division de cavalerie à pied, depuis l'Oise jusqu'à la voie ferrée Soissons Laon,
    --le 11ème Corps, 61ème, 21ème et 22ème divisions, de cette voie ferrée au bois de Vauclerc,
    --le 9ème Corps britannique, 5ème, 8ème et 21ème divisions, du bois de Vauclerc à Reims, ayant à sa droite la 45ème division Française.

    Derrière le front, se trouvaient disponibles les 13ème, 39ème, 74ème, 157ème divisions et la 4ème division de cavalerie à pied.

    Plusieurs de ces unités sont très fatiguées et ont été placées dans ce secteur calme pour se refaire. La 22ème division, la 39ème et la 2ème division de cavalerie à pied, la 45ème division ont été fort éprouvées fin mars, la 151ème division vient de subir de grosses pertes a Coucy le château, les 6, 7 et 8 avril. Quant aux divisions Britanniques, elles se sont battues trois fois depuis deux mois, ont perdu la moitié de leur effectif et sont à bout de souffle. Enfin 4 divisions, dites fraîches parce qu'elles n'ont pas assisté à de violents combats, sont en secteur depuis cinq ou six mois, et auraient, elles aussi, grand besoin de repos. Au total, c'est 16 divisions plus ou moins fatiguées ou réduites que les Alliés ont ici, en face des 42 divisions Allemandes, parmi lesquelles figurent le Corps alpin, 4 divisions de la Garde et la division de Brandebourg.

    Le terrain.

    La position, il est vrai, est formidable. Elle est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire à nouveau. C'est l'énorme massif qui s'élève entre l'Ailette et l'Aisne. L'Ailette forme le fossé, et la forteresse est constituée par un terrain abrupt que barrent des précipices, et où des creutes immenses permettent de soustraire les troupes de soutien au feu de la plus puissante artillerie. La première position de défense, comprenant une ligne avancée, une ligne principale de défense, une ligne de soutien et une ligne de réduits, est placée au pied des pentes, immédiatement derrière l'Ailette. A 6 kilomètres en arrière se trouve une position intermédiaire, ligne de tranchées qui court à contre-pente, au delà de la crête, abritée par conséquent de l'artillerie et parallèle au Chemin des Dames. Au sud de l'Aisne, qui forme un deuxième et puissant obstacle, une deuxième position est organisée, au pied de laquelle toute attaque victorieuse par surprise de la première position viendra s'écraser. Malheureusement, pour garder cette région vraiment inexpugnable, les moyens en hommes et en matériel sont tout à fait insuffisants. Chaque Corps de l'Armée Duchêne tient un secteur d'une trentaine de kilomètres.

    La 22ème division, reconstituée après les combats de la Somme, est devant Craonne, en liaison avec le 9ème Corps Britannique qui couvre Berry-au-bac et Reims. Elle est étalée, avec ses dix mille combattants, sur un front de 14 kilomètres. A sa gauche, la 21ème division, en secteur depuis longtemps elle aussi, garde 11 kilomètres. Ces divisions occupent la première position de défense avec la presque totalité de leurs forces, et la position intermédiaire au moyen de simples garnisons de sûreté, appuyées par quelques compagnies de mitrailleuses. Or, étant donné l'étendue du front, la première ligne elle-même n'est pas occupée d'une manière uniforme, elle est simplement tenue par des groupes de sections et de demi-sections installés dans des réduits encerclés de réseaux de fils de fer, échelonnés en profondeur, et se flanquant à des distances variables, quelquefois assez considérables. Les défenseurs de ces îlots sont pourvus d'armes automatiques et de grenades, mais vu les intervalles qui séparent les îlots fortifiés, il est évident que la prise d'un seul de ces réduits creusera dans la ligne une brèche difficile à aveugler. L'artillerie des divisions de première ligne est installée près de la position intermédiaire. Quant à la deuxième position, elle doit être défendue par les divisions qui se trouvent au repos derrière le front, dans la région de Soissons.

    Le Haut Commandement n'ignorait pas cette situation, dont la responsabilité ne lui incombait pas. Il savait bien que, pour soutenir le front Britannique qui cédait, il avait été obligé de dégarnir tout le front Français. Pour protéger efficacement les directions vitales entre toutes qu'étaient celles de Paris et des ports de la Manche, il avait du masser de ce coté la majeure partie de ses réserves. La Champagne, la Lorraine, l'Alsace étaient tout aussi menacées que le Chemin des Dames et aussi peu garnies de défenseurs. Le Chemin des Dames avait au moins l'avantage d'offrir à la défense de magnifiques positions, susceptibles de faire hésiter l'ennemi. Foch savait donc qu'il devait faire la part du feu, et qu'en attendant les renforts Américains son immense ligne n'était nullement capable de résister partout aux moyens formidables que l'ennemi avait la possibilité d'accumuler devant l'un quelconque de ses secteurs. Son vaste front devait résister, plier, se rompre même par endroits, mais il pensait bien qu'à force d'activité le flot finirait toujours par être maîtrisé, comme devant Amiens, et qu'on se trouverait, au pis aller, en présence d'une nouvelle poche comparable à celle de Montdidier.

    La préparation.

    Du reste, tout annonçait une bataille imminente, depuis le début de mai, les indices se multipliaient de la préparation d'un suprême effort. Les transports de Russie continuaient, très intensifs, la presque totalité de l'artillerie Allemande était maintenant en secteur sur notre front et, avec elle, une partie de l'artillerie Autrichienne. Ypres, Calais, Amiens, Compiègne, Chalons paraissaient plus particulièrement menacés. Devant le Chemin des Dames, au contraire, le calme demeurait profond, et c'est surtout dans le secret de la préparation de l'attaque que réside le principal mérite de cette opération pour le Haut Commandement Allemand.

    Pour assurer ce secret, les précautions les plus minutieuses ont été prises, suivant les principes déjà mis en pratique lors de l'offensive du 21 mars. Six divisions seulement ont été transportées par voie ferrée, les vingt autres ont gagné leur zone de combat par une série de marches de nuit. Pendant le jour, dès 4 heures du matin, aucune colonne ne circulait, tout le monde était abrité, et les rues des cantonnements étaient tenues désertes. Les itinéraires étaient calculés de manière à éviter que deux régiments de brigades différentes puissent se croiser, chaque unité restait dans l'ignorance des mouvements généraux.

    De même les cantonnements étaient rigoureusement consignés aux militaires des unités voisines, jamais une même localité n'abritait des éléments appartenant à deux divisions différentes. Les mouvements d'artillerie furent l'objet d'une attention particulière. Tout bruit était évité dans le voisinage des secteurs d'attaque, et dans les batteries qui prenaient leurs positions, les roues des voitures étaient matelassées, les sabots des chevaux enveloppés de chiffons, les organes des pièces habillés de manière à éviter tout cliquetis métallique.

    Et c'est ainsi que le 26 mai au soir tout le dispositif était à pied d’œuvre devant nos positions du Chemin des Dames, dix divisions en face de notre 22ème, six divisions en face de la 21ème, cinq divisions devant la 61ème. Pourtant, malgré ces minutieuses précautions, la préparation, commencée le 1 mai, était déjà éventée depuis le 23. Comme au temps de Verdun, des déserteurs étaient passés dans nos lignes, et le général de Maud'huy, commandant le 11ème Corps, savait d’une manière précise, que le 26 à midi le Chemin des Dames serait attaqué la nuit suivante, à 3 heures du matin. La seule surprise fut donc, en définitive, dans les moyens formidables dont disposait l’assaillant, à celle-là, l’état de nos propres moyens ne permettait pas de répondre.

    La suite 9 sera l'attaque.

  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 7,

    la victoire de la Malmaison.

    Le 24 octobre 1917, une offensive, préparée par le général Pétain remplaçant du général Nivelle depuis le 15 mai, est lancée sur le Fort de La Malmaison qui contrôle l'accès sur la crête du Chemin des Dames.

    Le Fort de la Malmaison

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    Documents tirés de la référence Le Fort de la Malmaison, Le sacrifié.

    Le champ de bataille de La Malmaison se trouve à une quinzaine de kilomètres, au nord-est de Soissons. La situation, dans cette partie du front, résulte des opérations engagées le 16 avril. La ligne de front atteint l'Ailette canalisée, au nord du village de Vauxaillon.

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    Elle est jalonnée à partir de là dans la direction du sud-est puis de l'est par le moulin de Laffaux , les rebords sud du plateau de l'ange gardien, et du Fort de la Malmaison jusqu'au point ou elle touche vers La Royère le Chemin de Dames.

    Stèle du Moulin de Laffaux

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    Référence, http://www.fammac.com/moulin_de_laffaux.html

    En poursuivant plus à l'est encore, en dehors du champ de bataille proprement dit, c'est cette crête fameuse du Chemin-des-Dames qui marque jusqu'à Craonne le contact Franco-allemand. L'adversaire a derrière lui, sur toute l'étendue du front que nous venons de parcourir, la rivière de l'Ailette, canalisée en aval du grand bassin d'alimentation de Pargny-Filain.

    La distance de l'obstacle, aux premières lignes, atteint six kilomètres dans la région de Vaudesson, elle n'est en moyenne que de 3 km depuis Filain jusqu'à Craonne. Tout ce terrain est difficile, les pentes vers l'Ailette sont rapides, et c'est le pays par excellence des carrières, des creutes immenses, assurant des abris naturels contre le bombardement, mais susceptibles aussi, dans certaines conditions, de se muer en souricières pour les unités subitement attaquées. Le saillant Allemand, vers Laffaux, a l'inconvénient de procurer à nos adversaires des vues sur les arrières, dans la vallée de l'Aisne. Ses batteries nombreuses de la région de Vaudesson et de Chavignon sont très gênantes pour la partie ouest de nos positions du Chemin-des-Dames.

    L'organisation de la bataille.

    Côté Français les ordres du général Maistre, commandant de la 6° Armée, limitent nettement la portée de l'attaque projetée. Celle-ci doit assurer la possession du plateau que jalonnent le fort de La Malmaison et la râperie de l'Ange Gardien, possession qui ne sera assurée pas tant que les éléments les plus avancés ne seront pas parvenus au pied des pentes nord, enlevant à l'ennemi un terrain favorable aux contre-attaques, et permettant ainsi aux batteries de s'installer sur le plateau et d'agir vers l'Ailette. Cette avance privera les Allemands de leurs vues sur la vallée de l'Aisne, dont les inconvénients ont été signalés. Elle leur enlèvera les emplacements de batteries au sud de l'Ailette, que les pièces soient prises ou qu'elles soient rejetées au nord de la rivière. Enfin, elle retournera la situation puisque des vues vers l'ennemi seront possibles, mettant ainsi sous les feux d'artillerie, la crête du Chemin des Dames et les pentes en arrière. L'exécution est confiée à trois Corps d'armée, disposant chacun de quatre divisions.

    L'artillerie déploiera dans l'affaire de La Malmaison une puissance jamais réalisée jusqu'alors.

    Le but poursuivi est d'obtenir une usure considérable de l'adversaire, sans renoncer à l'effet de surprise, donc d'exécuter une préparation courte, quatre jours, mais assez intense pour «ruiner les moyens matériels, les forces physiques et morales de l'ennemi».

    Les forces d'artillerie, accumulées sur un front de départ de 10 à 12 kilomètres, comprennent :

    768 pièces de 75, plus 44 de 95, donnant un total de 812 canons de campagne ;
    862 pièces d'artillerie lourde de calibres divers, allant du 105 au 380, mises à la disposition des Corps d'armée
    105 pièces à grande puissance, constituant l'artillerie d'armée.
    Et il faut ajouter encore 66 batteries d'artillerie de tranchée, dont une partie, il est vrai, opère en dehors des ailes de l'attaque pour fournir les tirs de démonstration dont nous avons parlé. Sans tenir compte de l'artillerie de tranchée, la densité obtenue est de, une pièce de campagne par 13 à 14 mètres de front, et une pièce d'artillerie lourde par 12 mètres environ.
    Sur le front du 21ème Corps, 592 pièces, artillerie de tranchée comprise, opèrent sur 2600 mètres, soit un canon par 5 m. Telle est la machine à détruire que doit mettre en œuvre la 6ème Armée.

    Du côté Allemand ces difficultés sont prévues. L'infanterie emmènera avec elle des canons Stokes, servis par les artilleurs de tranchée, et surtout elle sera accompagnée par des chars dont l'aide sera fort efficace pour détruire les centres de résistance échappés à la destruction de l'artillerie. Au 11ème corps, la 38ème division dispose d'un groupe de chars pour l'accompagner dans sa marche vers le Fort de la Malmaison. L'action des nouveaux engins a été préparée avec le plus grand soin, les itinéraires ont été reconnus ou étudiés sur les photographies. Les cuirassiers à pied constituant les unités d'accompagnement procèdent aux travaux indispensables en deçà de nos lignes, pour faciliter la mise en place et le débouché.

    Le 21 septembre, la 2ème division de la Garde prend place en première ligne, puis trois divisions sont amenées à 4 ou 5 kilomètres en arrière du front, à portée d'intervention immédiate, deux autres, enfin, plus les éléments d'une troisième, arrivent au nord de l'Ailette. L'artillerie Allemande comprend au total au milieu d'octobre 1917, 180 batteries dont 63 de gros calibre.

    La bataille.

    La préparation d'artillerie commence le 17 octobre 1917.

    Elle est formidable.

    Les Allemands soumis à cette épreuve apparaîtront anéantis à nos troupes d'assaut.

    L'heure H sera 5h45, au petit jour. Les ordres à ce sujet sont envoyés, par officiers, dans la matinée du 22. Avant même qu'ils aient atteint les échelons inférieurs, un radio Allemand, saisi apprend à l'État-major de la 6ème Armée que l'adversaire est renseigné. Le général Maistre est absent. Il visite ses Corps d'Armée. Son chef d'état-major, le colonel Hergaut, lui demande par téléphone de rentrer et lui rend compte de l'incident.

    L'heure est avancée à 5h15 malgré les inconvénients de l'obscurité, et l'indication en est transmise avec toutes les précautions possibles. Cette fois encore, les Allemands seront avertis. Leurs messages de T. S. F., déchiffrés par le 2ème Bureau de l'Armée, le font savoir. Il faut passer outre, encore que ces circonstances soient singulièrement troublantes. D'où peuvent venir ces communications criminelles ? Soissons a été, quelques mois auparavant, le centre d'une région agitée, où les mutineries ont pris un caractère de haute gravité. Quelque agent de l'ennemi doit s'y trouver encore, qui a changé de champ d'action, et qui, après avoir poursuivi la destruction du moral de nos troupes, s'emploie à faire échec à leurs efforts.

    Le 23, à 5h15, l'attaque part, dans la nuit, avec un ensemble parfait le Fort de La Malmaison est enlevé à 6h30 par la 38ème division, pendant que les carrières de Bohery, dépassées, sont attaquées avec l'aide de chars. La 67ème division, à sa droite, atteint la chapelle Sainte-Berthe A ce moment, d'après des déclarations ultérieures de prisonniers, les Allemands, abusés par l'arrêt que marquent nos troupes sur les premiers objectifs, croient notre attaque terminée et se disposent à contre-attaquer. Les unités qui se mettent en mouvement dans ce but se trouvent prises, à partir de 9h15 sous le deuxième barrage roulant et tourbillonnent, elles se dispersent ou se terrent. Aussi, la marche est-elle rapide vers les objectifs définitifs, qui sont enlevés sur tout le front de l'Armée dès le début de l'après-midi, sauf cependant pour les 66ème et 67ème, divisions, arrêtées encore par les mitrailleuses, sont contraintes de se replier en partie.

    En arrière des unités de première ligne, des actions locales ont réduit les carrières de Bohery et du Montparnasse, ainsi que les îlots de résistance existant encore dans les tranchées non bouleversées. Les chars d'assaut ont joué un rôle efficace au cours de ces épisodes, malgré les obstacles rencontrés par eux sur un terrain retourné par les obus, et rendu plus difficile encore par la pluie. Des reconnaissances poussent en avant du front, et enlèvent quelques nids de résistance. Dans la matinée du 24, la 129ème division constate que l'ennemi a commencé son repli, elle occupe le plateau de Moisy et le mont des Singes.

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    Mémorial virtuel au Mont des Singes

    Le 25, une opération complémentaire, prévue depuis longtemps et décidée sur le vu des résultats obtenus, nous livre Pinon , sa tour et son château. Il est visible que l'ennemi ne veut pas essayer de se maintenir au sud de l'Ailette. Dans l'après-midi, les 14ème et 21ème Corps d'armée ont leurs avant-postes sur la rivière. A droite, la 66ème division, surmontant les plus dures résistances, prend Pargny-Filain, et en liaison avec la 67ème la chapelle Sainte-Berthe. Le 26, La Royère, Filain, Moulin-Didier tombent entre nos mains, et le bassin d'alimentation est atteint.

    Le bilan.

    Tous les résultats recherchés par le Commandement Français, dans cette remarquable affaire de La Malmaison, étaient atteints. Non seulement nous occupions les pentes, descendant du plateau de La Malmaison vers le nord, mais nos troupes bordaient l'Ailette, depuis la forêt de Pinon jusqu'à Craonne. Le Chemin-des-Dames était complètement en notre pouvoir. Les pertes de l'ennemi étaient considérables, eu égard surtout aux dimensions réduites du champ de bataille. Nous ramassions, au cours de l'assainissement, 3300 cadavres d'Allemands tués pendant les journées de bataille proprement dites. Si l'on ajoute le chiffre de ceux qui furent victimes de nos tirs de préparation et de ceux qui tombèrent en dehors du terrain occupé par nous, il ne paraît pas exagéré d'admettre le chiffre total de 8000 tués. Les statistiques permettent de déduire que l'ennemi dut compter, en regard de ces 8000 tués, environ 30000 blessés. D'autre part, nos troupes avaient ramené plus de 11500 prisonniers, ce qui porte à près de 50000 le chiffre global des pertes infligées à nos adversaires. En regard, les pertes Françaises s'élevaient à 14000 hommes, blessés légers compris.

    Le matériel enlevé comprenait 200 canons, 222 minenwerfer lance mines, 720 mitrailleuses, et il est difficile d'apprécier les quantités détruites ou mises hors d'usage, et néanmoins emmenées par les Allemands dans leur retraite. La question n'a pas manqué de se poser, au lendemain de La Malmaison, de savoir s'il n'y aurait pas eu lieu d'exploiter à fond la victoire.

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    Un mini minenwerfer Allemand de 76 mm, Wikipédia

    Il paraît bien que c'eût été une aventure téméraire sans avantages réels, et présentant, par contre, d'inquiétants aléas. Le front de rupture était relativement étroit, et l'écrasement de quelques divisions ennemies n'affectait pas assez l'ensemble des forces Allemandes pour qu'il nous fût possible, à ce moment, d'escompter une décision générale. Il y avait à franchir les marécages de l'Ailette à une saison peu propice, il fallait traverser un terrain que notre artillerie lourde avait transformé en chaos, et nulle route n'y subsistait qui pût livrer passage à l'artillerie, à ses munitions, aux ravitaillements des grandes unités poussées en avant. Franchir l'Ailette, c'était s'exposer à se trouver, en fin d'opérations, sans résultats supérieurs, dans la situation qui venait de valoir à nos adversaires un sanglant échec. Il n'y fallait point songer. Il fallait savoir se contenter du possible. Ceci est tiré de la référence La Malmaison octobre 1917.

    La suite 8 sera la bataille de l'Aisne

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