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  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 12,

    a la Main-de-Massiges.

    Les exploits du 95ème R.I.

    Voir aussi l'historique du 95ème RI.

    mainrelief.1293287408.jpg

    La Main-de-Massiges.

    Le ravin de l'Index vu du promontoire, on distingue l'Index à gauche et le Médius à droite, référence, La main de Massiges .

    La Main de Massiges est un haut lieu de cette guerre 1914-1918. Elle se trouve située à l'extrême droite du front de Champagne, à la jonction du front de l'Argonne. Les Allemands se sont, dès leur repli en septembre 14, retranchés sur cette hauteur naturelle dont la forme ressemble à une main gauche posée à plat sur le sol, chaque doigt représentant un bastion de cette forteresse naturelle. De gauche à droite, nous avons la faux, le pouce, le faux pouce, l'index, le médius, l'annulaire et le cratère. Au nord, la tête de vipère clôt avec le «creux de l'oreille» cette fortification. Face à elle à gauche, le secteur Français sur le promontoire séparé par le ruisseau de l'étang et le village de Massiges.

     

    Support Wikipedia La 4ème armée était commandée par le général Gouraud, un colonial, célèbre par la capture de Samory qu'il avait faite étant capitaine. Gouraud avait perdu un bras aux Dardanelles. Il était populaire parmi ses hommes pour son sang-froid, une extrême douceur qui savait à l'occasion être d'une extrême fermeté, une indépendance de caractère et une largeur de vues qui lui permettaient de revenir sur des décisions arrêtées par lui, lorsque ses subordonnés lui soumettaient des décisions qui lui semblaient préférables.

    Nous n'étudierons les opérations que sur un seul point, à la Main-de-Massiges. Les péripéties de la bataille furent partout identiques, et la manœuvre de la Main-de-Massiges, exécutée par le 95ème régiment d'infanterie, mérite d'être citée en modèle. La Main-de-Massiges avait été prise en 1914 par les Allemands et reprise par nous en 1915. Le 95ème régiment d'infanterie occupait les secteurs de cette position depuis le 6 juillet 1917. Les hommes pouvaient s'y diriger les yeux fermés. Cette connaissance parfaite du terrain doit être prise en compte, sur le même plan que le courage des hommes et la science des chefs, pour expliquer le succès surprenant de cette manœuvre qui nous occupe. La connaissance des lignes ennemies était toute aussi complète.

    Presque chaque nuit, des groupes de volontaires allaient dans le terrain neutre, traquant les patrouilles Allemandes, enlevant les petits postes ennemis. Les lieutenants Fontaine et Cayré et le capitaine Galy devinrent légendaires par l'audace avec laquelle ils menaient ces coups de main. Un régiment Américain de noirs avait été détaché à la 4ème armée, et se trouvait immédiatement à droite de la 16ème division. Les officiers de ce régiment, enthousiasmés par les exploits du 95ème de ligne demandèrent à participer aux patrouilles comme simples volontaires, afin de s'initier à notre tactique. A plusieurs reprises, les Allemands dirigèrent sur la Main-de-Massiges de fortes reconnaissances, chargées de ramener des prisonniers. Pas une seule fois le succès ne couronna leurs efforts. Un officier Allemand, capturé dans la nuit du 4 au 5 juin, avoua le dépit du Commandement allemand, qui n'avait pu parvenir à identifier le régiment qui lui portait des coups si rudes.

    Le 7 juillet parut l'ordre «célèbre» du général Gouraud aux soldats Français et Américains de la 4ème armée,

    «le bombardement sera terrible, vous le supporterez sans faiblir. L'assaut sera rude, dans un nuage de poussière, de fumée et de gaz, mais votre position et votre armement sont formidables. Dans vos poitrines, battent des cœurs braves et forts d'hommes libres. Personne ne regardera en arrière, personne ne reculera d'un pas. Chacun n'aura qu'une pensée, en tuer, en tuer beaucoup, jusqu'à ce qu'ils en aient assez..».

    Le 14 juillet, vers 20h30, l'ennemi commençait un violent bombardement par obus toxiques. L'ordre de repli, qui fut aussitôt donné, ne s’exécuta pas aisément, tant à cause de la nuit noire que des nappes de gaz que les hommes devaient traverser, le masque au visage. Le bombardement continua toute la nuit du 14 au 15, et toute la journée du 15. Il était particulièrement violent sur la première ligne où les minenwerfer s'abattaient en trombes. Notre artillerie à nous ripostait avec vigueur. Une attention spéciale doit être accordée aux hommes demeurés dans les petits postes d'observation. Ce sont tous des volontaires. Que l'on se représente la situation de ces soldats ! Abandonnés de leurs camarades, traqués par les obus de l'un et l'autre parti, presque assurés de leur mort, et qui, cependant, doivent garder leur cœur ferme et leurs nerfs solides, car c'est sur eux que repose la victoire, salut de l'Armée. Ils ont étudié avec soin leur itinéraire de retour, agité les diverses hypothèses. Dans un groupe, il a été décidé qu'on ne s'arrêterait pas pour soigner les blessés. Dans un autre, au contraire, tous devront se sauver ensemble ou mourir ensemble.

    «Une seule hypothèse n'a pas été envisagée, celle de la capture par les Allemands. Tous ont juré de mourir plutôt que de tomber vivants aux mains de l'ennemi».

    Dans la nuit du 15, vers 23 heures, l'infiltration ennemie commence. Le petit poste Bugeaud se replie après avoir lancé ses fusées-chenilles, fusées lancée à partir d'un engin chenillé. La compagnie Néron, 1ère compagnie du 95ème, qui avait, dans la soirée, réoccupé une partie de notre première position pour retarder l'avance ennemie, s'acquitte magnifiquement de sa mission. De nombreux éléments Allemands sont repoussés à la grenade ou aux violents bombardements. Le 16 juillet, à l'aube, la progression ennemie continue.

    Le petit poste du Balcon, trois hommes commandés par le caporal Rousselet, s'aperçoivent soudain qu'ils sont coupés de sa ligne de retraite. Les hommes lancent leur fusée chenille, sortent de leur abri, «se jettent dans le creux de l'oreille», à travers les éléments adverses, gagnent la plaine sous le feu des mitrailleuses, rampent vers les lignes du régiment voisin, le 27ème qui, les prenant pour des Allemands, les accueille à coups de fusil. Sitôt en sûreté, l'uniforme déchiré, les mains et le visage ensanglantés par les réseaux de barbelés ces hommes n'ont plus qu'une pensée, retourner dans leur compagnie.

    Une heure après son arrivée dans nos lignes, le caporal Rousselet avait repris le commandement de son escouade !

    Les Allemands manifestent l'intention de prendre à revers le réduit du Plateau-Annulaire. La compagnie Néron les disperse à coups de violents bombardements, et leur cause de telles pertes qu'il leur enlève toute idée d'attaque pour ce jour-là. Nous sommes, vers 9 heures du matin, établis sur la ligne, réduit de l'Annulaire, «croupe de l'Annulaire», ouest de Massiges. Mais à gauche la situation n'est pas aussi favorable. Le Promontoire, évacué par le régiment voisin, a été occupé par l'ennemi. C'est le capitaine Néron lui-même qui s'aperçoit de cette occupation, au cours d'une des nombreuses randonnées qu'il effectue d'un poste à l'autre et à travers la plaine, seul suivi seulement de son chien. Or, qui tient le Promontoire, tient la vallée de la Tourbe et, par conséquent, la position tout entière. Sans hésiter, le capitaine Néron fait avancer une demi-section, reprend le Promontoire par une attaque brusquée, repousse les contre-attaques, et envoie au colonel Andréa, par un agent de liaison, le rapport de son opération, «10 heures, le Promontoire a été occupé par l'ennemi, 19h30, j'ai repris le Promontoire». Mais sa ligne s'étend maintenant du Promontoire au Cratère, et il n'a qu'une compagnie avec lui. Une, contre-offensive n'est-elle pas à craindre ?

    L'entonnoir du cratère.

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    Cet entonnoir de mine à été formé, par l'explosion de trois mines le xx 1915, référence, La main de Massiges .

    Néron supplée au nombre par l'audace. D'heure en heure, il change de place ses demi-sections, dissimulant parfois ses mouvements et parfois les exécutant à découvert, de façon à donner à l'ennemi qu’il a devant lui des troupes nombreuses, un trompe l'œil en quelque sorte. Les Allemands tentent pourtant plusieurs sorties. Nos violents bombardements les brisent dès les premiers pas. A 13 heures, le reste du 1er bataillon du capitaine Daval, vient renforcer la 1ère compagnie. Malgré un bombardement assez violent, nos éléments s'avancent par infiltration à travers la vallée de la Tourbe et s'établissent sur le Balcon. A 17 heures, tout était terminé, et nous avions arraché à l'ennemi un nouveau morceau de sa conquête. Les Allemands étaient visiblement stupéfaits de notre manœuvre. Ils ne la comprenaient pas. Ils avaient cru trouver la première ligne, avec ses réduits, ses abris profonds, ses champs de tir magnifiques, formidablement occupée, elle était vide. Et pourquoi ce recul d'hier ? et pourquoi cette avance d'aujourd'hui ?

    Il faut admettre cette stupéfaction et aussi la crainte d'un piège de notre part, pour expliquer les hésitations des Allemands et leurs paniques soudaines. Le même jour, à 10 heures, un nouvel effort est demandé à la compagnie Néron. Hommes et chefs sont exténués par une nuit sans sommeil et une journée saturée de dangers et de fatigues. Qu'importe! En moins d'une heure, Néron établit son plan. A 21 heures, la compagnie s'élance à l'assaut. A 21h30 elle s'installe sur le Plateau, jusqu'au Col des Abeilles, en capturant trois mitrailleuses Allemandes. Une vingtaine de mitrailleuses se démasquent sur la ligne Balcon Verrue Index et empêchent le développement de l'offensive. Les hommes passent le reste de la nuit à s'organiser sur les positions conquises. Le rôle de la 1ère compagnie est maintenant terminé. «C'est au capitaine Néron et à sa compagnie que nous devons d'avoir pu conserver la Main-de-Massiges» écrira, quelques jours plus tard, le colonel Andréa, dans son rapport.

    Parmi tant de soldats, qui se sont distingués au 95ème, Néron fut l'un des premiers, par un sang-froid étourdissant, une maîtrise de soi qui tenait du prodige, une sûreté de coup d'œil qui ne se démentit pas une seule fois, un courage surhumain qui faisait dire à ceux qui en étaient le témoins, «pas de doute, Néron cherche à se faire tuer !» Cette digression ne paraîtra pas un hors-d'œuvre. L'histoire d'une guerre est surtout l'histoire de ceux qui la font avec leurs pieds, leurs mains, leurs yeux, leurs nerfs, leur cœur, leur intelligence. La part des grands chefs est belle aussi, mais dans un autre plan, bien loin derrière.

    Le 17 juillet, une opération est montée en vue de reprendre la ligne Balcon Verrue Index, que l'ennemi occupe avec un effectif évalué à plusieurs compagnies, étayées par de nombreuses mitrailleuses, comme l'a montré l'attaque de la veille. Six sections d'infanterie et trois sections de mitrailleuses doivent prendre part à l'attaque sous le commandement du capitaine Galy. Le colonel Andréa, qui commande le 95ème et qui a été à plusieurs reprises, comme un incomparable manœuvrier, se surpassa lui-même dans l'élaboration minutieuse du plan d'attaque. Aucun détail ne fut laissé au hasard. Deux sections d'infanterie se porteront sur les faces est et sud-est de la Verrue par le col des Abeilles, une section enlèvera le Balcon et Kellermann, deux sections traverseront le haut du Médius, et pendant que l'une attaquera la face sud de la Verrue, la deuxième filera, sous sa protection, vers l'Index, avec l'ouvrage Merlin pour objectif.

    La sixième section partant du bas de l'Annulaire s'emparera du Médius, partie sud et s'y installera. Une septième section aura pour mission de protéger, dans le ravin de l'Étang, le flanc gauche de l'attaque. Une section de mitrailleuses, installée au Cratère, flanquera le Balcon à droite, une autre sur le Promontoire flanquera l'Index dans le ravin de l'Étang, une troisième section marchera avec l'attaque et aura pour mission de s'installer à Kellermann et d'ouvrir le feu sur le col de la Verrue pour flanquer cet ouvrage et tirer sur les éléments ennemis qui viendraient à se replier. L'artillerie fera un tir de destruction de quinze minutes sur le Balcon, Kellermann, la Verrue et l'Index. Chaque unité connaît à fond sa mission et l'itinéraire qu'elle doit suivre, l'enthousiasme des hommes est très visible, la confiance se lit sur tous les visages.

    A 20h15, l’artillerie lourde exécute un tir de destruction très précis et des plus efficaces. Le barrage roulant, allure 50 mètres à la minute prend naissance sur la ligne, Balcon-col des Abeilles - Médius, se reporte pendant deux minutes sur la Verrue et l'Index, et va se fixer sur le ravin du Faux-Pouce et le col de la Verrue.

    A 20h30, l'infanterie part à l'assaut, très bien engagée par l'artillerie de campagne. Tout se passe ainsi qu'il a été prévu. Le mouvement se fait au pas de course, les hommes n'ont pas à reconnaître le terrain, ils le connaissent «par cœur». En quatre minutes le sous-lieutenant Palémon s'empare du Balcon. Le lieutenant Rey avec sa section se heurte à des mitrailleuses qui flanquent la porte annamite vers l'ancien PC. Kellermann. Il laisse des hommes pour escarmoucher avec les mitrailleuses, saute dans le bled, contourne l'ouvrage, tombe sur les mitrailleurs Allemands par derrière et les tue ou les fait prisonniers. La section Cayré suit le boyau des Abeilles. Au boyau 33, elle est arrêtée par un groupe important d'ennemis. Nos violents bombardements entrent en action et font terrer les Allemands pendant que le reste de la section se déploie en plein terrain, les déborde par la gauche du boyau, en tue trois dont un sous-officier, en capture trois autres avec deux mitraillettes Allemandes, cependant que le reste des Allemands prend la fuite. La section continue jusqu'à hauteur de la tranchée Dumouriez, qu'elle suit pour atteindre le poste de commandement Chapelle.

    Le groupe de tête continue, cependant que le groupe de queue rejoint le capitaine Bourbon. Sa liaison nettoie l'abri du poste de commandement et capture 28 Allemands. L'élément de tête entraîné par le lieutenant Cayré se porte à Deshaires et pousse quelques hommes dans le boyau 31. Le caporal Soulié et un homme détachés en liaison à droite, avec la section Rey, trouvent trois Allemands à l'observatoire Périgueux et les capturent. Le lieutenant Cayré, vingt-deux ans, est d'une imprudence folle, à plusieurs reprises le capitaine Galy doit le rappeler à l'ordre et le menacer de huit jours d'arrêt pour l'obliger à ne pas rester sur le parapet, bien en vue. La demi-section Bellidon nettoie le boyau Lefaucheux où elle trouve deux Allemands, que le sergent tue lui-même à coups de fusil du haut du parapet. La demi-section de l'adjudant Parent occupe le col des Abeilles. Le caporal Mercier descend dans une sape avec une bougie pour l'explorer, il croit la sape vide et comme son fusil l'embarrasse il le laisse en route. En bas de la sape, il se heurte à six Allemands. Mercier remarque un marteau contre une paroi; il s'en empare, le braque à la façon d'un revolver sur les Allemands, et ceux-ci font «camarades».

    Vers 21 h15, tout était terminé, les deux fusées annonçant la fin de l’opération étaient lancées de la Verrue, et on procédait immédiatement au nettoyage. Le mouvement avait demandé trois quarts d'heure. Nous avions atteint tous les objectifs prévus en bousculant un bataillon, fait 55 prisonniers, tué une centaine d'ennemis, sans compter les cadavres échelonnés jusqu'aux anciennes lignes Allemandes, ramassé une vingtaine de mitrailleuses et un matériel considérable.

    De notre côté, 5 tués et 5 blessés. Aux noms déjà cités, il convient d'ajouter ceux des lieutenants Python, Kuntz, Mignot, Odin, de l'adjudant Conrad, du sergent Bailly. Il convient également de donner une mention spéciale au capitaine Galy qui prit la succession de Néron et sut demeurer digne d'un pareil exemple. Une fois les Allemands en fuite, Galy assura lui-même la liaison avec ses divers éléments. Et comme Néron la veille, il l'assura seul, au milieu de la pétarade des mitrailleuses et des éclatements des obus. «Avec des chefs comme ça, on irait, partout !» Cette parole, dite le lendemain par un des soldats de Galy, est la plus belle citation dont puisse s'enorgueillir un homme.

    Le 18, l’ennemi, visiblement démoralisé, se retirait sur notre ancienne première ligne, sur la simple poussée de nos patrouilles.

    Le 19, il retournait à ses positions d'avant l'attaque. La Main-de-Massiges était à nouveau en nos mains tout entière. La grande offensive qui devait, au témoignage des prisonniers, mener les Allemands à Chalons en quarante-huit heures, était noyée dans le sang.

    La suite 13 portera sur la seconde victoire de la Marne

  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 11,

    l'offensive Allemande en Champagne.

    Du 15 au 18 juillet 1918.

    Support Wikipedia Lancée le 15 juillet 1918 par les troupes Allemandes en Champagne, cette offensive préliminaire de «diversion» permet de mettre en œuvre pour la première fois, à cette échelle, la tactique de la zone défensive, formalisée par le général Pétain et inaugurée à l'offensive de Compiègne, voir la suite 10. Elle va permettre de faire échec aux visées Allemandes. Quand les troupes Allemandes pénètrent les premières lignes Françaises, dont les forces organisées en profondeur, avec des môles de résistance, opposent un feu meurtrier, la progression des troupes Allemandes est importante, et elles franchissent ainsi la Marne, ce qui conduit à la seconde bataille de la Marne du 15 au 31 juillet 1918. Aventurées très au sud et disposées en pointe sans se prémunir contre des attaques sur ses flancs, les troupes Allemandes sont bousculées par la contre-attaque Française, organisée selon Pétain, dans la région de Villers-Cotterêts, entamée le 18 juillet 1918. Les résultats de cette contre-attaque sont dévastateurs pour ces troupes qui doivent refluer vers le nord en évitant de justesse l’encerclement.

    Ludendorff eut le talent de concilier tous les points de vue en annonçant, non pas la paix, mais une offensive pour la paix «Friedensturm». Ce fût là le nom qu’il décida de donner à la bataille qu’il préparait depuis plus d’un mois.

    Cette offensive va être un échec d'autant plus retentissant que les moyens engagés ont été grandioses et puissants. Cette attaque va se déclencher le 15 juillet 1918 à 4 h 15 et s'étendra sur un front de 90Km, de Château-Thierry à la Main-de-Massiges. 290 000 hommes vont y être engagés soit trois contre un et le Kaiser lui-même est venu à Sommepy au Blanc-Mont pour assister à la victoire finale.

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    Monument Américain au Blanc Mont, référence, «Le Patrimoine»

    C'est là que Pétain réussit à convaincre le Général Gouraud commandant la IVème Armée, d'adopter une tactique impensable au début de la guerre, c'est-à-dire abandonner la première ligne quelques heures avant l'attaque supposée de l'ennemi et replacer les troupes 3 Km en arrière pour les soustraire au bombardement, seul seront laissé des groupes de soldats que l'on «sacrifiera» sur des positions aménagées dans des îlots de résistance, sur la première ligne ainsi qu'en profondeur et qui auront la tache de renseigner sur l'avance de l'ennemi et de disloquer les troupes.

    Les tranchées de première ligne et les sapes seront gazées pour éviter de servir de refuge, des soldats, volontaires et désignés, accepteront ce sacrifice qui sera pour une grosse partie la mort assuré. A partir du 5 juillet on met en place les centres de résistances, isolés avec l'arrière de manière à éviter les indiscrétions en cas de capture. Tous les indices concordent sur l'imminence de l'attaque, le 14 juillet un coup de main heureux dans la région des Monts de Moronvilliers fait 27 prisonniers qui donnent le jour et l'heure de l'attaque, dès lors les troupes se retirent complètement de la première ligne sans bruit et vont se repositionner 3 Km en arrière. Voir la bataille des Monts de Moronvilliers ici .

    L'offensive Allemande.

    Le 14 juillet 1918, la machine est au point.

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    Suivant les logistiques du 21 mars et du 27 mai qui ont consacré l’excellence, renforts et matériel ont été accumulés à pied d’œuvre, chars d’assauts, pièces de tous calibres, dépôts de munitions jusque dans les tranchées de première ligne, matériaux pour la construction de passerelles sur la Marne abrités dans les bois, au nord de Dormans et de Jaulgonne. Une nouvelle base d’attaque contre Paris sera ainsi créée, loin du massif dangereux de Villers-cotterêts, et peut-être que devant cette formidable menace, le moral des soldats s’écroulera.

    Le 15 juillet, à minuit, une préparation d’artillerie, avec obus toxiques et large emploi d’ypérite, ébranle le sol sur plusieurs centaines de kilomètres.

    gamma-gerat.1291914028.jpgGrosse Bertha est la traduction Française de Dicke Bertha, surnom d'une très grosse pièce d'artillerie de siège utilisée par l'armée Allemande lors de la Première Guerre mondiale.

    Des obus monstrueux s’écrasent en même temps sur Chalons, sur Épernay, sur Dunkerque, sur Paris, où la «Bertha» annonce le commencement de la plus grande bataille de tous les temps. Cette débauche de munitions dure quatre heures. A sa faveur, l’infanterie Allemande s’est portée en avant, prête à bondir, des ponts et des passerelles ont été jetées sur la Marne, depuis Gland jusqu’à Mareuil, sur un front de 20 kilomètres. De Longpont à Bligny, c’est la 7ème armée Allemande du général Von Boëhm, avec 30 divisions Allemandes, dont 16 en première ligne. Devant Reims, de Bligny à Prunay, c’est la 1ère armée, à la tête de laquelle le général Von Mudra vient de remplacer le général Fritz Von Below , avec 15 divisions Allemandes en première ligne et 7 divisions en soutien,

    1783362230_small.1291916277.jpgGénéral Von Einem.

    De Prunay à l’Argonne, c’est la 3ème armée Allemande du général Von Einem, avec 20 divisions Allemandes dont 12 en première ligne.

    A 4h45, les troupes Allemandes se lancent à l’assaut, à travers les tranchées bouleversées, les divisions Allemandes ayant, sur un front de 2 km 500, deux régiments en première ligne et un régiment en soutien. Presque toujours deux et souvent trois divisions sont disposées les unes derrière les autres. L’ordre est d’avancer, coûte que coûte, à raison de 1 kilomètre à l’heure. Or, la manœuvre se déroule exactement comme elle avait été prévue par le Haut-Commandement Français.


    image031.1291914387.jpgGénéral Gouraud 1847-1946, commandant la 4ème Armée lors de la seconde bataille de la Marne.

    En Champagne, Gouraud avait demandé à ses soldats de faire preuve d’héroïsme, «le bombardement sera terrible, leur avait-il dit le 7 juillet, vous le supporterez sans faiblir. L’assaut sera rude, mais votre position et votre armement sont formidables, cet assaut, vous le briserez, et ce sera un beau jour». La tactique employée fut celle que Pétain avait préconisé. Les soldats Français contre attaqueront et reprendront leur première ligne de défense.

    L'attaque des Allemands sur le front de Champagne était depuis longtemps prévue. Nos observatoires et nos avions avaient signalé devant nos lignes de formidables approvisionnements d'obus. Des minenwerfer nouveaux se découvraient chaque jour. Enorgueillis de leurs succès vers Amiens et au Chemin des Dames, les Allemands ne doutaient pas de la victoire. Leurs aviateurs avaient plusieurs fois survolé Châlons et clamer d'insolents défis «Mesdames les Châlonnaises, préparez nos chambres !» On savait, par l'expérience des années précédentes, qu'une attaque, menée avec des forces suffisantes et un matériel approprié, était assurée du succès, à ses débuts du moins.

    Afin de réduire nos pertes au minimum, le Commandement avait, dès les premiers jours de juillet, réglé dans ses plus petits détails l'évacuation de notre première position. Les troupes de première ligne devaient, au signal donné, se replier sur la position intermédiaire devenue position principale de résistance, et permettre l'arrivée de réserves sur la deuxième position. Seuls, des petits postes d'observation demeureraient sur les parallèles principales et les réduits de la première position, avec mission de lancer des fusées lorsque l'ennemi arriverait devant eux.

    L’artillerie Française aura pour rôle de contre battre l’artillerie Allemande, puis d’empêcher les deuxième et troisième vagues d’assauts Allemandes de venir épauler la première vague. L’artillerie aura aussi pour second rôle d’infliger des pertes les plus lourdes aux différentes vagues Allemandes. C’est la défense en profondeur, appelé aussi défense en élastique. Le bombardement fut terrible, en effet. Les îlots de résistances, composés de soldats Français qui s’étaient portés volontaires, on ne peut que se prosterner devant une telle bravoure, restés en avant des positions pour disloquer l’attaque Allemande, la supporteront stoïquement jusqu’au bout. Quand les colonnes d’assaut Allemandes se présentèrent, les soldats Français survivants des îlots, poussant l’héroïsme jusqu’aux limites extrêmes du sublime, attendirent la mort d’un cœur ferme, et se laissèrent submerger. Cependant ces soldats, sauteront sur leurs mitrailleuses, leurs fusils, leurs revolvers, leurs grenades et abattront tout ce qui se présentait devant eux, certains qui ne trouveront pas d’armes fonceront et embrocheront des Allemands au couteau.

    Les Français passeront ensuite à la contre attaque et au cours d’actions superbes, reprendront la première ligne qu’ils avaient volontairement abandonnée au début de l’assaut. Les Allemands sont repoussés, ils sont de plus décimés par nos canons qui en font une véritable boucherie, ils se briseront sur tous les points défensifs Français. Dès midi, les trois divisions de la Garde Prussienne, la division de Chasseurs Prussiens, les trois divisions Bavaroises avaient perdu plus de la moitié de leurs effectifs et étaient clouées au sol. «Coup dur pour l’ennemi, s’écriait le général Gouraud, en remerciant ses héroïques soldats Français, une belle journée pour la France ! ... »

    Sur la Marne, de Château-Thierry à Reuil.

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    Le 15 juillet.

    Dans la soirée du 14 juillet la préparation d'artillerie commence vers minuit et l'attaque, dont l'heure est décalée, semble-t-il, de l'ouest à l'est, se déclenche à 1h20 au sud de la Marne, à 1h40 à Chaunuzy. Pendant la nuit, l'ennemi jette des ponts et des passerelles, sur la Marne, deux entre Tréloup et Dormans, les plus importants, de 5 à 10 mètres de large, d'autres en face de Soilly, Courthiézv, Leuilly, Jaulgonne, Mézy et Chartèves. Avant le lever du jour, l'ennemi franchit la Marne, et attaque à Mareuil le Port, les divisions de première ligne établies sur la rive sud. Les positions de Courthiézy, Soilly, Chavenay, Troissy, Nesle-le-liepons sont âprement défendues. Le terrain qui n'est cédé que pied à pied, et toute cette région est le théâtre de combats héroïques. Les 33ème, 52ème, 53ème coloniaux entre autre unités, se couvrent de gloire par leur défense de Mareuil-le-Port et par leur résistance dans les bois de Nesle-le-Repons.

    Les Allemands sont arrêtés sur la ligne Celles-lès-Condé, la Chapelle-Monthodon, Comblizy, où déjà les réserves Françaises passent à la contre-attaque, Oeuilly, Reuil. Au nord de la Marne l'attaque, contenue toute la matinée sur la première position par 2 divisions Françaises et le 2ème corps Italien, progresse dans la soirée jusqu'à la seconde position où elle est arrêtée. Pendant toute la journée, malgré les épais rideaux de fumée qui les dissimulent, les avions alliés repèrent les ponts jetés sur la Marne et les bombardent à faible hauteur, ils en détruisent plusieurs, précipitant les troupes et les convois dans la rivière, ensuite, ils attaquent à la mitrailleuse les troupes qui ont débouché sur la rive sud. Dans la seule journée du 15, les bombardiers Français, aidés par leurs camarades Américains et Britanniques, jettent 44 tonnes de projectiles sur les passages de la Marne et infligent à l'ennemi des pertes considérables. «Il n'y a guère de rivière qui ait été aussi bien défendue», dira le journal de Berlin les 16 et 17 juillet. Grâce à une formidable débauche d’obus toxiques qui a permis aux pontonniers Allemands d’établir de nombreuses passerelles au moyen de câbles d’acier, six divisions Allemandes ont réussi à franchir la rivière avant l’aube.

    Mais ce succès est vite enrayé. A gauche, une division Américaine se précipite à la contre attaque dans une fougue magnifique, et rejette l’ennemi dans la Marne, empêchant de ce côté tout élargissement de la tête de pont. Vers Celtes-les-Condé, c’est à la fois le 502ème régiment de chars d’assauts qui brise l’élan de l’ennemi. Au centre, Saint-Aignan et la Chapelle-Monthodon seront conservées, grâce à l’héroïsme des 125ème et 51ème divisions et de 6 régiments d’infanterie. En particulier la division du général Boulangé, la 51ème, a perdu 77 officiers et 3300 soldats, les héroïques 33ème et 73ème régiments d’infanterie sont décimés. A droite, Oeuilly et le bois de Châtaigniers sont conservés et une vigoureuse contre-attaque de l’infanterie de la 73ème division et de trois régiments d’infanterie, ainsi que l’existence de tranchées de deuxième ligne protégées par des réseaux de fils de fer, limitent la poche dans cette région. Vers Épernay, le chemin est barré aussi. Accroché aux pentes de Damery et de Venteuil, devant Epernay, le 103ème régiment d’infanterie, appuyé par un groupe du 26ème d’artillerie, oppose à tous les efforts de l’ennemi une résistance victorieuse. Le soir, la tête de pont des Allemands au sud de la Marne, large d’une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau, ne dépasse pas 5 kilomètres en profondeur.

    Son maintien parait des plus précaires, car les renforts ennemis ne peuvent arriver que lentement, puisque Reims nous reste, Reims étant le seul passage adapté. Le général Pétain n’en est pas moins inquiet. La présence des Allemands au sud de la Marne menace la ligne Sézanne Vitry Bar-le-Duc, la seule rocade qui lui reste. Il inclinerait donc à rejeter les Allemands dans la Marne, avant de déclencher l’offensive Mangin, prévue et toujours maintenue pour le 18 juillet, mais il voudrait la compléter par une contre-offensive de Gouraud en Champagne. Foch, entêté, ne veut rien entendre. Ludendorff veut s’engager au sud de la Marne ? Qu’il y aille ! Qu’il y enfourne surtout le plus de divisions Allemandes possibles ! Ce sera autant de moins à combattre pour Mangin, et autant de plus à ramener vers le nord dans des conditions difficiles.

    L’offensive Française de Mangin se déclenchera le 18 juillet, «victoire égale volonté», a écrit Foch dans ses cours de l’école supérieure de guerre. Ce ne sont pas là des mots creux. C’est une vérité gravée en lettres de feu dans le cœur du généralissime. La 4ème armée Française du général Gouraud venait de remporter un succès défensif indiscutable, les Allemands n’avaient rien gagné,

    et avaient perdu 40 000 soldats contre 5000 Français.

    La suite 12 sera À la Main-de-Massige.

  • Philippe Pétain, Maréchal de France, suite 10,

    l'offensive vers Compiègne.

    Du 1er au 12 juin 1918

    Les Allemands visent Paris.

    Voir aussi, 1918 nos derniers combats sur le chemin de la victoire.

     

    Support Wikipedia Seulement, ce n'est pas au sud de la Marne que va se poursuivre l'effort. Cette rivière sera au contraire pour l'Armée impériale une excellente couverture contre une offensive venant du sud. On créera simplement entre Château-Thierry et Dormans une tête de pont sur la rive gauche, pour faciliter une progression ultérieure, et on agira vigoureusement aux deux ailes, à l’est contre Reims, à l'ouest contre le massif forestier Compiègne, Villers-Cotterets. L'attaque de ce dernier massif nécessitera deux opérations simultanées, l'une partant de l'est contre Villers-Cotterets, l'autre partant du nord contre Compiègne, afin d'encercler les forces Françaises, évidemment amassées là, ou de les obliger à la retraite. Foch ne demeure pas inactif. Il a installé son poste de commandement à Mouchy-le-Chatel, et il assiste au débarquement de ses divisions de renfort. Un front a été confié au général Maistre entre Moulin-sous-Touvent et Faverolles, et les divisions de la 10ème Armée viennent l'occuper. Maistre aura son quartier général à Chantilly-Lamorlaye.

    Ce 1er juin, la lutte se poursuit, violente. Au sud, toutes les tentatives de passage de la Marne par l'ennemi échouent. La jeune division Américaine et le Corps colonial qui défendent Château Thierry doivent bien, le soir, abandonner la ville à des effectifs très supérieurs, mais ils font sauter les ponts. Un bataillon Allemand de la 36ème division, qui avait réussi à franchir la rivière sur un bac, est rejeté à la baïonnette dans la Marne par une fougueuse contre attaque Américaine. A l'est, Micheler a organisé ses lignes, et il tient en respect à la fois la 12ème division bavaroise, qui avait l'ordre formel d'entrer dans Reims coûte que coûte, et la 238ème division qui s'acharnait contre le fort de la Pompelle.

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    Canon de 75, Musée du Fort de la Pompelle, Chemin de la Mémoire.

    Tous les efforts de l'ennemi sont vains de ce coté, malgré chars d’assaut, obus asphyxiants, bombes et liquides enflammés, les Allemands ne progressent pas. Le soir, ils perdent même Méry, où ils avaient réussi à entrer dans la matinée. A l'ouest, vers Villers-Cotterets, la lutte est aussi très dure. Ici les troupes Allemandes, nouvellement engagées, témoignent d'un enthousiasme extraordinaire, les soldats croient marcher sur Paris. Leurs progrès sont faibles cependant et ne se réalisent qu'aux prix d'effroyables hécatombes.

    Le soir, si l'ennemi a légèrement avancé vers Moulin-sous-Touvent, il n'a pu mordre en aucun point dans la forêt de Villers-Cotterets, et les ruines d'Etrépilly, de Passy en Valois, de Troesnes ne constituent vraiment pas une conquête d'importance. Le 11ème Corps a tenu héroïquement à Faverolles, à Corcy, à Longpont, par les régiments soutenus par les 26ème et 128ème divisions et par la 3ème division de cavalerie. C'est une journée d'épopée pour les régiments d'infanterie, les hussards, les dragons, les régiments de campagne et l'artillerie lourde de tranchée engagés dans ces combats terribles.

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    Les Français près à venir en appui des Américains avec de l'artillerie sur la Marne, référence Les derniers combats décisifs de la guerre 1914-1918

    Le 2 juin, on sent que l'ennemi s'essouffle. Il se rebute, et la réaction se fait déjà sentir. Ses assauts sont nettement repoussés vers Bouresches, et dans le Tardenois ses lignes reculent. Entre Aisne et Ourcq, le long de la lisière de la forêt de Villers-Cotterets, nous gardons Longpont et Chaudun. Même, la 26ème division et la 3ème division de cavalerie contre-attaquent le soir et reprennent Faverolles, où l'ennemi était entré dans la journée.

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    Le 3 juin, dernière et puissante attaque, entre Aisne et Ourcq, de trois divisions fraîches, les 45ème, 115ème divisions et la 2ème division de la Garde, qui sont venues appuyer la 1ère division de la Garde, la 28ème division de réserve, les 33ème et 76ème divisions. A 3 heures du matin, nos unités de première ligne, engagées depuis trois jours et épuisées, étaient dans le désordre de la relève, quand une grêle d'obus s'abattit sur elles. C'était un roulement continu et formidable.

    A 4 heures, l'infanterie ennemie débouche en masse. Notre 11ème Corps, et les divisions de cavalerie, troupes d'élite, reçoivent bravement le choc. Dans la région de Troesnes, la première ligne de tranchées est submergée. Mais tout le monde se bat avec acharnement troupes de relève, troupes relevées, génie, cuisiniers, hommes des convois. Après un violent corps à corps, l'ennemi est arrêté le soir, après des gains insignifiants, malgré son écrasante supériorité numérique, ses avions, ses obus toxiques et ses sacrifices sanglants. La forêt de Villers-Cotterets demeure inviolée.

    Mais maintenant, c'est par le nord que le massif forestier va être pris à partie. Hutier a été chargé de l'opération, et s'il ne l'a pas exécutée plus tôt, tandis que sur l'autre face les 1er et VIIème Armées s'acharnaient dans une lutte sans résultat, c'est qu'il n'était pas en mesure de le faire. Au demeurant, le général Fayolle, commandant du G. A. R., Groupe d'Armées de Réserve, et le général Humbert, dont la 3ème Armée était directement menacée, épiaient ses mouvements. Ils savaient fort bien que les sept divisions Allemandes qui, depuis les premiers jours de juin, tenaient seules le secteur Noyon-Montdidier, venaient d'être renforcées par six nouvelles divisions entassées en première ligne, que derrière celles-là avaient été amenées au moins cinq divisions, sinon davantage.

    Nos avions signalaient depuis longtemps l'installation de batteries nouvelles. A ne s'y point tromper, un effort sérieux était imminent de ce coté. Or, instruit par l'expérience des récentes ruées Allemandes et se souvenant de Verdun, le général Pétain avait décidé d'inaugurer ici une nouvelle tactique. C'est un fait que les obus de l'ennemi écrasent toujours nos premières lignes, de sorte que la première vague d'assaut, fort dense d'ailleurs, suffit pour la submerger. Cette vague pousse droit devant elle, allant le plus loin possible, jusqu'à ce qu'elle soit à bout de souffle. D'autres vagues interviennent, qui dépassent la première et poussent de l'avant, formant de leurs feux un barrage roulant, tandis qu'à droite et à gauche de la masse d'attaque, de fortes réserves agissent sur les charnières, pour élargir la brèche.

    Donc, il ne faut laisser en première ligne que les éléments strictement nécessaires pour obliger l'ennemi à exécuter sa préparation d'artillerie et son déploiement. Le gros de nos forces, bien à l'abri dans la deuxième position renforcée, ne souffrant pas de la préparation d'artillerie, arrêtera ainsi la vague d'assaut disloquée. A ce moment un renfort puissant, tenu soigneusement en réserve, à l'abri de la lutte, surgira à l'improviste et foncera sur les réserves de l'ennemi. Foch venu installer son Quartier Général au château de Bombon, près de Melun, sera en mesure de diriger et de suivre de plus près les événements.

    Le 9 juin, à minuit, sur un front de 40 kilomètres, de Montdidier à Noyon, l'artillerie Allemande déchaîne son feu de fer et de gaz asphyxiants.

    A 4 h30, l'infanterie de Hutier se lance à l'assaut. Il s'agit, cette fois, d'enlever Compiègne et Estrées Saint-Denis. A midi, après quatorze charges infructueuses, les masses ennemies ont arraché le mont Renaud et le Plémont à l'héroïsme des cuirassiers à pied, mais les progrès des Allemands sont lents dans la «Petite Suisse», et coûtent fort cher. A gauche, la résistance des nôtres est vive et les succès de l'assaillant encore plus réduits.

    Ses colonnes d'assaut viennent s'écraser sur nos deuxièmes positions et subissent des pertes terribles devant Rubescourt et le Frétoy. Au centre, où Hutier a massé en première ligne six divisions sur un front de 8 kilomètres, la première position est trop vite submergée pour que les défenseurs de la deuxième aient le temps de terminer leurs préparatifs. La seconde position est donc enlevée, elle aussi, et une poche de 9 kilomètres de profondeur se creuse. L'ennemi, s'infiltrant dans la vallée du Matz, prend pied sur l'important plateau de Lataule, merveilleux observatoire qui domine toute la région.

    C'est là un accident, ce n'est pas un désastre. Le général Humbert a vite fait de rétablir la situation, le front n'est nullement entamé et le combat en retraite s'exécute avec ordre, sans que la nuit mette fin à cette lutte furieuse.

    Le 10 juin, au petit jour, de nouvelles troupes essayent de progresser, à l'est vers Ribécourt, au sud-ouest vers Estrées-Saint-Denis. La poche se creuse, mais ne s'élargit pas au centre, l'ennemi atteint l'Aronde et même Ribécourt, mais là s'arrêtent ses succès, car Courcelles nous reste et une vigoureuse contre attaque de la division basque nous rend Méry, un moment perdu. Cependant, dans la soirée, la 10ème Armée, pour éviter d'être prise à revers, replie sa droite derrière le Matz et l'Oise, évacuant le saillant dangereux et indéfendable de Carlepont. Le nouveau front s'établit sur la ligne Ribécourt, Tract-le-Val, Moulin-sous-Touvent. Le général Mangin, qui vient de remplacer à la tête de cette Armée le général Maistre, appelé au commandement du G. A. N., établit son Quartier Général a Pronleroy. La bataille est mure, les dernières réserves de l'ennemi doivent être en mouvement. Fayolle, qui suit avec attention les péripéties de la lutte, appelle Mangin à son Quartier Général de Noailles. Foch est là, qui assiste à l'entrevue.

    Une masse de manœuvre de cinq divisions a été constituée dans la région de Maignelay, il y a aussi quatre groupes de chars d'assaut. Il s'agit de réunir ces forces et de les pousser en une vigoureuse contre attaque vers Méry et Cuvilly, dans le flanc de l'ennemi. Il y a urgence. «Quand comptez-vous attaquer demande Fayolle ? «Demain», répond sans hésitation Mangin. Un autre chef, même actif, n'eut pas encouru de blâme en demandant un répit d'au moins quarante-huit heures.

    «Demain», le 11 juin, dès l'aube, Hutier précipite ses attaques, mettant tout en œuvre pour obtenir un succès décisif. A droite, il s'acharne sur Méry et sur Courcelles, à gauche, il s'efforce de déboucher de Ribécourt, au centre, il pousse deux divisions fraîches au-delà du Matz, en direction de Compiègne. Mais à 11 heures, tandis que sous un soleil de feu la bataille fait rage et que l'ennemi groupe ses disponibilités dans les ravins de Lataule et de Cuvilly en vue d'un effort décisif, voici que les premières lignes Allemandes refluent sur un front de 11 km depuis l'Aronde jusqu'à Rubescourt. Une furieuse charge de chars d'assaut, d'avions, de fantassins pleins d'enthousiasme, déferle subitement de ce coté, sans préparation préalable d'artillerie, alors que les Allemands croyaient n'avoir affaire qu'à notre 35ème Corps épuisé. C'est Mangin qui exécute sa mission. Le 1er zouaves, le 9ème tirailleurs, le 2ème mixte, et 11 régiments d'infanterie, 4 bataillons de chasseurs à pied, les 32ème et 116ème bataillons de chasseurs alpins, rivalisent d'ardeur et d'élan. En un instant Méry, Belloy, le bois de Genlis, la ferme Porte, Antheuil sont enlevés. Deux divisions Allemandes qui se massaient pour se porter sur Compiègne, elles sont bousculées par nos chars d'assaut, et fuient en déroute.

    Hutier doit lancer en toute hâte son ultime ressource, les 17ème et 206ème divisions, pour arrêter la panique et ne pas laisser crever son front. La nuit, qui interrompt le combat, permet à nos troupes de se ressaisir, de s'organiser et de faire affluer des renforts, mais la XVIIIème Armée Allemande a reçu un choc terrible.

    La journée 12 juin voit encore quelques tentatives, notamment dans la région de Ribécourt et sur la rive sud du Matz, vers Mélicocq, elle marque un changement complet dans la situation. Mangin qui, sur l'ordre d'Humbert, a continué l'offensive de la veille, progresse encore ce jour-là dans la région de Belloy et de Saint-Maur, enlevant à l'ennemi des canons et un millier de prisonniers.

    Le même jour, à 15 h45, après une violente préparation d'artillerie, von Boehm attaquait au sud de l'Aisne, en direction de Villers-Cotterets, dans la région de Saint-Pierre L’aigle et sur le plateau des Trois-Peupliers. De forts détachements réussirent à s'infiltrer dans les bois par Vertefeuille. Il y avait la une division d'élite, la division de cavalerie à pied du général Ennocque. Les 5ème, 8ème et 12ème cuirassiers résistèrent héroïquement, et ce ne fut qu'après un terrible corps à corps, et au prix des plus lourds sacrifices, que l'ennemi réussit à progresser jusqu'au Ru de Matz.

    Le 13 juin, à neuf heures, la lutte reprenait, violente, de ce coté, tandis qu'elle s'éteignait vers Mélicocq. Une formidable préparation d'artillerie ouvrait la voie à une nouvelle attaque déclenchée sur le front Coeuvres-Verte feuille. Ce fut pour l'ennemi un nouveau gain d'une centaine de mètres, et l'occasion de pertes terribles. Puis la bataille s'éteignit à l'est comme au nord. L'offensive sur Compiègne était définitivement enrayée.

    Bilan.

    Il fallait bien masquer ce pénible échec par un communiqué dithyrambique. L'espoir avait été si grand qu'il ne pouvait ainsi s'évanouir.

    Voici ce qu'annonçait le communiqué Allemand du 13,

    «Au sud ouest de Noyon, les Français ont de nouveau déclenché de fortes contre attaques de part et d'autre de la grande route de Roye à Estrées-Saint-Denis. Cet assaut s'est également effondré avec de très lourdes pertes, plus de 60 chars d'assaut gisent détruits sur le champ de bataille. Le nombre des prisonniers a été porté à plus de 15000. D'après les constatations faites jusqu'ici, le nombre des canons dépasse 150. Au cours de notre défense contre les contre attaques ennemies, quelques-uns de nos canons, qui avaient été mis en position jusque dans les lignes avancées d'infanterie, sont tombés aux mains de l'adversaire».

    Un simple accident !

    Quant à l'affaire de Saint-Pierre L’aigle, elle demeure dans le vague, et à son sujet, Ludendorff présente une récapitulation des prises effectuées depuis le 27 mai, qui se chiffreraient par 1050 canons à l'actif du Groupe d'Armées du Kronprinz d'Allemagne. Puis, «nous avons abattu hier 28 avions ennemis. Le capitaine Berthold a remporté sa 34ème victoire aérienne, le sous-lieutenant Udet sa 29ème, le lieutenant Loerzer, sa 25ème». Ainsi parle Nauen, mais les Allemands n'ont pas atteint Compiègne, et la précieuse tête de pont de la forêt de Laigue demeure aux Français. Humbert aurait voulu pousser de l'avant dès le 13 au soir, Mangin s'y fut prêté avec enthousiasme, mais Pétain, toujours prudent, estima qu'il ne disposait pas des moyens suffisants pour escompter un succès qui contrebalançât les pertes à prévoir.

    Foch, de son coté, sentant bien que les Allemands n'avaient pas engagé toutes leurs réserves, ne voulait pas se dessaisir de ses dernières disponibilités. Donc, la bataille s'éteint. Elle s'éteint aussi parce que le Kronprinz, malgré son ardent désir de remporter une victoire décisive, n'avait plus les éléments indispensables pour la mener à bien. Il avait jeté dans la fournaise les 38 divisions qui constituaient ses troupes d'attaque du 27 mai, et en outre, toutes les divisions fraîches qui lui avaient été envoyées au cours de l'action. Il lui restait bien encore deux ou trois divisions fraîches, mais la création de la nouvelle poche avait eu pour effet d'étendre son front de 53 kilomètres, et rien ne prouvait que le Commandement Français ne fût pas en mesure de prendre l'offensive quelque part.

    En somme, comme la bataille d'Amiens, la bataille du Chemin des Dames, prolongée par celle de Compiègne a refoulé le front Français de 50 kilomètres sur une étendue de 80 mais, n'a rien terminé en dépit des énormes sacrifices consentis. Pourtant, le résultat obtenu par l'ennemi est loin d'être négligeable,

    Tout d'abord, il est bien certain que si Ludendorff est en mesure de tenter immédiatement, sur un autre point un effort sérieux, cet effort sera susceptible d'obtenir une décision. Il ne faut pas oublier, en effet, que les réserves alliées capables de combattre s'épuisent, elles aussi. Elles se résument pour l'Armée Française en 28 divisions, dont 22 fatiguées et 3 reconstituées, et les divisions Américaines, bien que tous les jours plus nombreuses, ne sont pas en mesure de remplacer les nôtres en proportion de leur usure.

    Situation politique et moral Allemand.

    Le 1er juin, un important conseil de guerre s'est tenu à Versailles. Les gouvernements Américain, Britannique et Français y sont tombés d'accord sur la nécessité et sur la possibilité de transporter d'Amérique en Europe, en juin 170.000 soldats, en juillet 140.000. Il est convenu que, pour l'été de 1919, 100 divisions Américaines, soit 2.500.000 soldats, seront en secteur. En attendant, huit de ces divisions sont à peu près instruites, elles vont prendre immédiatement part aux opérations.

    A Paris, au milieu de la confiance générale, quelques esprits chagrins voient avec terreur les deux poches Allemandes englober le massif de Compiègne et menacer Paris. Ils critiquent notre Haut Commandement. Ils demandent le remplacement de certains généraux. Ils estiment que les opérations pourraient être conduites avec plus de clairvoyance, peut être avec plus de vigueur... A ces hommes, Clemenceau répond sans ménagement, et faisant ressortir la tâche écrasante, surhumaine, qui pèse sur les épaules de ceux qui dirigent nos Armées, il leur impose, sinon la foi inébranlable du peuple Français a conservée dans la victoire, du moins la patience et la discipline morale.

    Chez nos ennemis, en effet, l'illusion disparaît et la discipline fléchit. Les déserteurs ne sont pas plus nombreux, mais les malades se multiplient, soldats ou officiers. Un ordre de la 14ème division, du 20 juin, parmi beaucoup d'autres, est suggestif, «Les officiers se sont fait porter malades en si grand nombre ces jours derniers qu'il est impossible d'attendre que les soldats, qui vivent dans les mêmes conditions qu'eux, ne suivent pas leur exemple».

    A Berlin, le ministre von Kuhlmann, sentant l'occasion favorable, reprend sa campagne pacifiste, et cette fois sa thèse paraît écoutée avec plus de faveur que celles de Hindenburg et de Ludendorff. Car si la paix vient d'être signée, le 7 mai, avec la Roumanie écrasée, assurant quelques disponibilités en hommes et en matériel, l'Allemagne sait fort bien qu'elle ne peut plus compter, pour alimenter les effectifs de ses divisions épuisées, que sur la classe 1920 appelée dans les dépôts de l'intérieur.

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    L'observatoire du général Mangin pendant l'offensive du 18 juillet, haute tour de bois érigée à la lisière de la forêt de Villers-Cotterêts et semblable aux machines de guerre du moyen âge destinées à surplomber les murailles des places fortes. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration. Référence, Les Chemins de la Mémoire

    La suite 11 portera sur l'offensive Allemande en Champagne

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