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  • La république populaire de Chine de Mao Zedong, suite 2,

    le conflit sino-indien.

     

    A l'extérieur le conflit sino-indien dégénère en guerre. L'Inde des Britaniques à Néhru est un facteur clé du conflit sino-tibetain. Le Tibet situé sur les hauts plateaux hymalayens séparent la Chine de l'Inde. Le conflit les oppose en 1962 pour le contrôle de ces territoires. La guerre est déclenchée par la Chine, dirigée par Mao Zedong, le 10 octobre 1962. Elle surprend le gouvernement Indien, dirigé par Jawaharlal Nehru, qui avait, dans les années 1950, tenté de se rapprocher de la république populaire de Chine. Ces hauts plateaux pouvaient constituer des territoires indépendants entre ces deux grands États Asiatiques, et la Chine annexa pendant cette guerre l'Aksai Chin au Cachemire.

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    Avant 1919 les relations entre l'Inde et le Chine n'étaient que de vagues relations économiques. Mais à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle, lorsque les britanniques colonisèrent le sous-continent et que les puissances occidentales commencèrent à s’intéresser à l’Asie, la situation changea. Au début du XXème siècle la Chine ne jouait presque aucun rôle politique dans la région et restait centrée sur ses problèmes intérieurs. Le 27 avril 1906, la Chine reconnut l’autorité de l’Inde sur le Tibet en signant avec les Anglais, et à l’insu des Tibétains, une convention ratifiant le Traité de Lhassa. La conférence de Simla, s’ouvrit le 6 octobre 1913 sous l’égide de Sir McMahon. Les exigences de la Chine et du Tibet pour le tracé de leurs frontières se révélèrent absolument inconciliables,
    * La Chine souhaitait intégrer à son territoire les espaces Tibétains conquis par les troupes du général Zhao Erfang en 1908,
    * Tandis que les Tibétains souhaitaient que leur indépendance soit reconnue et que les territoires conquis par les troupes Chinoises lui soient rendus.

    Ne trouvant aucun compromis acceptable, les plénipotentiaires Chinois et Tibétains demandèrent à Sir McMahon de trouver une solution à cet épineux problème frontalier. Le 11 mars 1914, McMahon leur soumit un tracé frontalier que le représentant Chinois parapha le 27 avril. Or sur le terrain cette nouvelle définition des frontières resta lettre morte. C’est pourquoi le 10 août 1918, un nouvel accord, l’Accord de Chamdo, fut signé sous l’entremise de l’Inde britannique. Les signataires, le général Liu Canjing et le commandant des forces Tibétaines aux frontières Chamba Deba, fixèrent une ligne de cessez-le-feu derrière laquelle les troupes Chinoises durent se retirer. Le rôle joué par les Anglais lors de la Conférence de Simla et quelques années plus tard lors de la signature de l’Accord de Chamdo fut un facteur décisif dans l’évolution géopolitique de la région. C’est pendant cette même période que se développèrent en Inde les mouvements nationalistes. Les années vingt virent l’arrivée de deux grands hommes sur la scène politique indienne, Gandhi et Nehru, qui allaient guider l’Inde sur le chemin de l’indépendance.

    Sûrement plus par opposition au pouvoir colonisateur que par réalisme politique, les hommes politiques Indiens considéraient toute frontière entre l’Inde et la Chine comme inutile, comme étant une conception occidentale inadaptée au contexte asiatique. Après l’indépendance, proclamée le 15 août 1947, l’Etat Indien fit de l’amitié sino-indienne le pilier de sa politique étrangère. L’entrée au Tibet des troupes Chinoises en 1950 mit un terme à cet idéalisme pan-asiatique Indien.

    Le 07 octobre 1950 l'armée Chinoise entra au Tibet et ce n'est que 18 jours plus tard que les autorités Indiennes furent informées. Dès qu’il l’apprit, l’ensemble du monde politique Indien fit part de son profond étonnement au gouvernement Chinois, comme l’atteste ce message envoyé le lendemain au gouvernement Chinois, «On nous avait constamment assuré que le souhait du gouvernement Chinois était de régler la question Tibétaine par des moyens pacifiques et des négociations. Ordonner l’envoi de troupes Chinoises au Tibet nous apparaît étonnant et regrettable». Cependant, si elle ne manqua pas d’exprimer son désaccord, l’Inde ne condamna pas fermement cette «libération pacifique» du Tibet par la Chine. Plusieurs raisons expliquent cela. L’Inde nouvellement indépendante voulu se démarquer clairement des positions prises précédemment par les colons, et ne voulu donc pas s’immiscer trop fortement dans une affaire que les Chinois considéraient comme intérieure. A cela s’ajoute la politique régionale menée par Nehru qui souhaitait protéger l’alliance sino-indienne comme représentante des États du monde décolonisé. Et enfin, au niveau intérieur, l’Inde était secouée par des troubles liés notamment à l’adoption d’une nouvelle Constitution qui mettrait définitivement fin à la colonisation et instaureraient pour la première fois dans l’histoire de l’Inde des élections au suffrage universel.Toutes ces raisons peuvent expliquer l’absence de condamnation de la Chine par l’Inde.

    En novembre 1950, suite à une plainte déposée par une délégation Tibétaine alors présente en Inde, l’Assemblée Générale de l’ONU fut saisie de l’affaire. Cette plainte qualifiait l’entrée des troupes Chinoises au Tibet «d’agression caractérisée». Or lorsque cette question fut présentée en session plénière, les anciens colons britanniques et l’Inde furent les deux forces majeures qui empêchèrent toute condamnation de la Chine, «que la question Tibétaine serait résolue par des moyens pacifiques».

    Si la déclaration Indienne devant l’Assemblée Générale de l’ONU en novembre 1950 fut décisive, c’est parce que la communauté internationale reconnaissait au sous-continent un monopole de fait sur les affaires Tibétaines, lié à la longue domination Britannique en Inde.

    Pékin et New Delhi signèrent le 29 avril 1954 l’Accord entre la République de l’Inde et la République populaire de Chine sur le commerce et les relations entre la région Tibétaine de Chine et l’Inde. En signant cet accord, l’Inde reconnut la souveraineté Chinoise sur le Tibet et accepta de voir son influence dans cette région grandement diminuée.

    La question du tracé des frontières ne fut pas abordé dans l’Accord, mais les autorités Indiennes ne semblaient pas inquiètes, confiantes envers la déclaration faite par Zhou Enlai, ministre des affaires étrangères Chinois, lors de la Conférence de Bandung en 1955, voir le premier dossier. 1959 fut une année de contestation au Tibet. Les révoltes contre l’occupant Chinois se multiplièrent à Lhassa, les habitants de la capitale marquant ainsi leur soutien à la guérilla menée par les guerriers Khampas contre les troupes Chinoises dans l’Est du Tibet.

    C’est dans ce contexte explosif que le Dalaï Lama fuit pour l’Inde, la nuit du 16 mars 1959. Accueilli par Nehru dès son arrivée au pied des montagnes Himalayennes en territoire indien, il se vit accorder l’asile politique, avec l’approbation de l’ensemble de la classe politique Indienne et de l’opinion publique. Or cet accueil fait au Dalaï Lama ne fut pas du goût des Chinois et les incidents frontaliers entre troupes Indiennes et Chinoises se multiplièrent alors, augmentant la tension entre les deux pays.

    En octobre 1959, neuf soldats Indiens furent tués dans les environs de Kongka, et dix autres faits prisonniers par les Chinois. Afin d’essayer de résoudre le conflit, Nehru invita le ministre des affaires étrangères Chinois Zhou Enlai à New Dehli. Mais l’issue de ce sommet, le 25 avril 1960, n’apporta aucune proposition nouvelle. Une deuxième rencontre entre les deux ministres eu lieu entre juin et septembre 1960 à Pékin, mais sans plus de résultats. L’Inde et la Chine continuèrent donc d’amasser des soldats aux frontières, faisant du Tibet un des principaux lieu du conflit.

    Le 20 octobre 1962, ce sont les troupes Chinoises qui lancèrent l’offensive sur les troupes Indiennes et quatre jours plus tard, le gouvernement Chinois proposa le repli des troupes Indiennes et Chinoises vingt kilomètres en deçà de la ligne MacMahon. Cette proposition fut rejetée par les autorités Indiennes et les combats continuèrent jusqu’au 22 novembre, date à laquelle Pékin proclama unilatéralement un cessez-le-feu le 20 novembre 1962 sur la base des propositions du 24 octobre, ce qui signifiait que les troupes Chinoises devaient se replier mais conservaient une avancée territoriale significative dans l’Aksai Chin au Cachemire qui est aujurd'hui toujours revendiqué par l'Inde, tandis que l'Arunachal Pradesh est revendiqué par la Chine. La Chine avait donc gagné, l’armée Indienne s’étant montrée incapable de résister aux assauts de l’Armée Populaire de Libération et de comprendre les tenants de la diplomatie Chinoise.

    Le conflit frontalier de 1962 entre l’Inde et la Chine eu des conséquences importantes sur le Tibet, entraînant une militarisation sans précédent de cette région de l’Himalaya. On peut considérer le Tibet comme le talon d’Achille de la Chine, et la forte présence militaire sur les hauts plateaux en est une preuve. Selon le gouvernement Indien, le nombre de militaires Chinois présents au Tibet seraient de 300 000, tandis que le gouvernement Tibétain en exil avance un chiffre plus modeste de 180 000 hommes. Les autorités Chinoises réfutent bien sûr ces chiffres, déclarant n’avoir au Tibet qu’un dispositif de 40 400 soldats. Mais une chose est sûre, c’est que ce dispositif militaire est tourné vers le sud, et notamment vers l’Inde, faisant du Tibet une marche militaire Chinoise face à l’Asie du sud. Cependant, la présence massive de troupes Chinoises à proximité de la frontière sino-indienne ne semble pas représenter une menace immédiate pour l’Inde, les deux pays ayant ces derniers temps multiplié les tentatives de dialogue. Tous ces données sont tirées de la référence «l’Inde des britanniques à Nehru».

    La suite sera la révolution culturelle bouleverse la Chine.

  • La république de la Chine populaire de Mao Zedong, suite 1,

    le Grand Bond en avant.

     

    En 1958 après l'échec des «Cents Jours» et pour prendre de vitesse les dirigeants du parti Mao Zedong lance la campagne du «Grand Bond en avant». De l’été 1955 à l’été 1957 se déroule un débat virulent au sein du Parti qui porte sur la nature du projet socialiste et son rythme. Les Chinois ont copié jusqu’ici le modèle soviétique avec zèle puisqu’ils ont consacré la plus grande part des investissements au développement industriel.
    * En 1950, la population Chinoise est 4 fois supérieure à celle de l’Union soviétique de 1920 et son niveau de vie en est la moitié.
    * La productivité agricole du paysan Chinois en 1958 n’est que la moitié de celle du paysan soviétique de 1928.

    Alors que les Soviétiques s’interrogeaient sur la manière de contrôler les surplus agricoles, la Chine était confrontée à la question de les créer. La question se pose de poursuivre ou non une industrialisation planifiée nécessairement déséquilibrante pour un vieux et vaste pays rural. De ce constat naît chez Mao la conviction qu’il faut adapter ce projet à la situation Chinoise. Selon lui, il serait moins coûteux et plus efficace de rechercher dans la stimulation politique de la paysannerie au moins un appoint, peut-être même le substitut à un capital nécessairement rare. Ainsi, la question du pouvoir étant assurée depuis 1949, il reste à déterminer comment avancer dans la voie du socialisme. Ce débat est neuf pour les dirigeants et menace l’unité du parti réalisée 20 ans plus tôt autour de Mao.

    La Grande famine de Chine qui sévit entre 1958 et 1962 en conséquence de cette politique était si inattendue que les spécialistes ont douté de son existence même. Il paraissait acquis que le régime socialiste dirigiste avait su trouver les moyens de nourrir la vaste population chinoise et mettre fin aux pénuries alimentaires chroniques qui ont frappé la Chine durant toute son histoire. Ce n’est que dans le milieu des années 1980 que des démographes américains ont pu avoir accès aux statistiques de la population après la politique d’ouverture de la Chine de 1979. Leurs conclusions étaient stupéfiantes, au moins 30 millions de personnes étaient mortes de faim durant cet épisode de l’histoire de la République populaire, un chiffre jamais envisagé avant cette date. Les chiffres varient encore en fonction des ouvrages et des historiens, ce qui traduit bien le mystère entourant cet événement et certains qualifient le GBA «d’un des plus grands cataclysmes de l’histoire de l’humanité».

    La Chine a décidé de s’engager en 1958 dans un rêve éveillé dont il n’est pas facile de dégager les causes. Il n’est pas évident de comprendre pourquoi les dirigeants communistes Chinois qui avaient engagé quelques années auparavant un programme de développement industriel très classique inspiré par l’expérience soviétique et au final assez efficace se sont précipités à partir de 1957 dans une des politiques économiques les plus originales et les plus irrationnelles que ce siècle ait connu. Et au-delà de l’enchaînement des événements et de la conjoncture, il est essentiel de comprendre comment le fonctionnement du régime Chinois a rendu possible la naissance de ce programme qui a entraîné la mort de dizaines de millions de personnes et sa poursuite pendant plusieurs années «envers et contre tout».

    Le GBA est centré sur un nouveau système socio-économique créé dans les campagnes et quelques espaces urbains, les communes populaires. À la fin de 1958, 750 000 coopératives agricoles sont regroupées en 23 500 communes, constituées en moyenne de 5 000 familles ou de 22 000 personnes. Chaque commune contrôle tous les moyens de production et opère indépendamment des autres. Le modèle prévoit que les communes seront (théoriquement) auto-suffisantes en ce qui a trait à l'agriculture, aux petites industries, dont les fonderies d'acier de fonds de cours, aux écoles, à l'administration et à la sécurité locale, via une milice. Le système est aussi basé sur l'espoir qu'il permettra de libérer des ressources pour les travaux d'infrastructure, partie prenante du plan de développement. Le programme se met en place avec différents degrés d'extrémisme selon les régions. L'organisation est généralement paramilitaire, les cuisines et les crèches deviennent communes. Un discours emphatique sur la communauté s'oppose au modèle traditionnel de la famille. Dans certaines régions, des dortoirs communautaires sont même créés en remplacement des foyers familiaux, mais tous seront rapidement abandonnés.

    Dès le début de 1959, des signes de réticence de la population commencent à se manifester. Le Parti, qui présente un rapport très positif mais faussé de la production de 1958, doit admettre qu'il est exagéré. Les conséquences économiques du GBA commencent à se faire sentir, pénuries de matières premières pour les industries, surproduction de biens de mauvaise qualité, détérioration des usines et des infrastructures suite à une mauvaise gestion, et surtout démoralisation complète de la population, dont des cadres du parti à tous les niveaux. Des pénuries de nourriture apparaissent et dégénèrent en famine dans plusieurs régions.

    En juillet 1959 Peng Dehuai va interrompre cette évolution catastrophique. Peng Dehuai est ministre de la défense et membre du Bureau politique du PCC. C’est surtout l'un des fondateurs de l'Armée populaire de libération de Chine, et l'un des fondateurs du régime. L’homme est respecté pour son courage et son franc-parler, qui l’ont mis en conflit plusieurs fois avec Mao. Il revient d’un voyage de son Hunan natal où il prend conscience de la tragédie du GBA. La famine et les mensonges des cadres scandalisent ce fils de paysan. À la différence des autres il expose ses critiques dans une lettre ouverte et dans plusieurs interventions lors du comité de travail qui se déroule à Lushan en juillet 1959. Il y critique le «fanatisme petit-bourgeois» de ses promoteurs, vocabulaire insupportable en ces temps de querelle avec Moscou. «Si les paysans Chinois n’étaient pas bons comme ils sont, il y a longtemps que nous aurions connu un incident Hongrois». Personne n’avait osé s’adresser ainsi à Mao qui choisit de l’interpréter comme une attaque personnelle et répond durement, en demandant sa démission et en suggérant que l’Union soviétique était derrière ces attaques, Khrouchtchev avait critiqué les Communes. Mao brandit en outre le spectre d’une rébellion de l’Armée populaire de libération et se dit prêt à partir à nouveau dans le maquis. Il soulève de cette façon contre Peng le réflexe d’unité de la Direction du Parti. Peng est abandonné. Il est contraint de démissionner et de présenter son autocritique, il est assigné à résidence. L’armée connaîtra une purge violente dans les mois suivants. Cette affaire gardera un goût amer pour les dirigeants du PCC, puisqu'ils savaient que Peng avait raison. Désormais, la question du rôle de Mao sera au centre de la politique Chinoise. Deux conséquences immédiates résultent de cet incident, la purge de Peng balaie les efforts pour freiner le GBA et provoque au contraire une relance de celui-ci, les relations sino-soviétiques sont au bord de la rupture.

    En 1959, les Soviétiques, inquiets du Grand Bond en avant engagé par les Chinois, s'efforcent de diminuer la tension avec le bloc de l’Ouest, et reviennent sur leur promesse d’aider la Chine à développer l'arme nucléaire. Ces décisions offensent grandement Mao et les autres dirigeants du parti communiste chinois, qui jugent Khrouchtchev trop conciliant avec l’Ouest. Du point de vue soviétique, ces mesures prudentes se justifent par le contexte international et la menace d’un conflit nucléaire généralisé Khrouchtchev ne veut en aucun cas rendre la situation plus instable encore en offrant l’arme atomique à la Chine, et considère en outre le Grand Bond en avant comme la preuve que Mao n’était pas un vrai marxiste. Un autre facteur de tension survint au sujet d’une affaire interne à la Chine, le Grand Bond en avant s’étant révélé être un échec, et pour cette raison les rivaux de Mao au Parti, Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, projetèrent de renverser leur dirigeant.

    L’échec du complot permit à Mao de dépeindre les conjurés comme des agents au service d’une puissance étrangère, c’est-à-dire les Soviétiques, mobilisant ainsi le sentiment nationaliste Chinois.

    Pour le dixième anniversaire de la République populaire de Chine, Khrouchtchev se rend à Pékin où il se retrouve en plein dans le conflit sino-indien sur les frontières. Ce conflit ne plaît pas à l’URSS car il risque de miner son processus de coexistence pacifique. Khrouchtchev pensait que Mao Zedong avait manigancé ce conflit pour que l’URSS se trouve contrainte de soutenir la Chine. Ce soupçon illustre bien le degré de défiance du côté soviétique. La détérioration des relations avec Moscou conduit au retrait de leur assistance technique durant l’été 1960, retrait brutal de 1390 techniciens, et cessation de l’aide en juillet 1960. Ce retrait a des conséquences graves sur l’économie Chinoise car leur assistance est encore cruciale pour de nombreux projets en cours, 300 projets industriels sont stoppés détournant également l’attention de Pékin du désastre économique qui sévit dans les campagnes et retardant les mesures d’urgence. Moscou attendra cependant que la rupture avec Pékin soit officielle pour dénoncer la faillite du Grand Bond en avant.

    En automne 1960 à la retraite du GBA à l'été 1960, la récolte est encore plus désastreuse que l’année précédente. La plupart des dirigeants, dont Mao lui-même, apparemment convaincu par Zhou Enlai, décident enfin la retraite et mettent en œuvre une série de documents pour faire face à la situation. Le malaise gagne les villes. En juin 1961, Mao fait une autocritique et rend la retraite officielle. Il reconnaît, après les derniers événements en Union soviétique, que sous un leadership malhonnête un État communiste peut dégénérer en système d’exploitation. Il conclut que le GBA a discrédité la notion de progrès exceptionnel réalisé avec le concours de la masse mais il réaffirme sa conviction dans la mobilisation des masses pour prévenir toute sorte de dégénérescence bureaucratique de la révolution comme elle a pu survenir en Union soviétique.

    C’est la survie du pays et du régime qui est en cause. Trois «coups de barre à droite» seront effectués dès l’hiver 1960 qui rétabliront la situation économique, comme la réduction de la taille des communes et la restauration des lopins privés. Chaque famille reçoit un are de terre cultivable et le droit de vendre librement les produits du jardin et de l'artisanat. Mais ces mesures introduiront de nouveaux facteurs de discorde avec la campagne de rectification contre les dirigeants coupables d’erreurs gauchistes et autoritaires. En juillet 1962, Deng Xiaoping prononce deux phrases célèbres, «Si elle augmente la production, l’agriculture privée est tolérable. Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape des souris».

    Dans les villes, on étend le rationnement, on diminue les horaires de travail. À l’heure du déjeuner, les lycéens reçoivent des décoctions de feuilles d’arbres et font une sieste. Les autorités diffusent de nombreux ersatz mais la mortalité augmente. À la campagne, la situation est plus grave. La plus grande partie du pays connaît la famine entre 1960 et 1962. Les provinces du Nord sont plus touchées, du fait d'une sécheresse de trois ans. Même dans les régions plus favorisées comme le Guangdong, on manque de bois pour les cercueils.

    La tragédie du GBA, qui a causé la mort de 20 à 43 millions de personnes, a pu être dissimulée au monde pendant vingt ans. Le secret de la «grande famine de Mao» sera bien gardé. C'est seulement au début des années 1980 que les critiques sur le GBA devinrent plus précises. Après la mort de Mao et les réformes économiques chinoises entamées sous Deng Xiaoping, le consensus se dégageant au sein du gouvernement Chinois fut que le GBA était un désastre économique majeur causé par le culte de la personnalité sous Mao Zedong, et une de ses erreurs la plus grave depuis la fondation de la République populaire de Chine.

    Ainsi, l’échec du GBA va déboucher sur une autre manœuvre de Mao pour reprendre les rênes du pouvoir et éliminer ses adversaires au sein de l’appareil du Parti, la machine diabolique de la révolution culturelle qui détruira le Parti, plongera la Chine dans le chaos, elle permettra à Mao de revenir à la tête du pays jusqu'à sa mort en 1976.

    La suite sera le conflit sino-indien.

  • La république de la Chine populaire de Mao Zedong,

    la montée en puissance.

     

    La distance prise par la Chine communiste à l'égard de l'URSS, peut être appréciée dès 1953 aux funérailles de Staline, ou ce n'est pas Mao Zedong mais Zhou Enlai qui représentera la république de Chine populaire. Puis à la conférence de Bandung en 1955 qui souligne l'entente sino-indienne scellée auparavant en 1954 par Zhou Enlai et Nehru marquant le début d'une reconnaissance internationale de la Chine, et son éloignement du bloc communiste. Le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru et son homologue chinois Zhou Enlai formalisaient le «Panchsheel», cinq principes de coexistence pacifique destinés à sceller une entente durable entre leurs deux pays, respect mutuel envers l’intégrité du territoire et la souveraineté de chacun, non-agression mutuelle, non-interférence mutuelle, égalité et bénéfice mutuels et coexistence pacifique. Que le Panchsheel fût dérivé de la doctrine bouddhique, socle culturel lointain, néanmoins commun aux deux voisins, ne pouvait être que de bon augure pour une relation qui se concevait déjà comme déterminante pour l’avenir du continent Asiatique dans son ensemble

    Avant 1955, l’Afrique ne représentait pas une grande importance à la Chine. Mais à dater de l’année 1955 la Chine cherchait à obtenir une reconnaissance internationale et à se former des alliés politiques, dans l’espoir de renforcer ses alliances pour faire face à l’Occident capitaliste et à l’Union soviétique communiste et révolutionnaire.

    La conférence de Bandung qui s’est tenue du 18 avril au 24 avril 1955 en présence de 29 États Africains et Asiatiques avait pour but de resserrer les relations économiques et culturelles entre les deux continents. C'était une conférence des Nations Afro-Asiatiques convoquée par les gouvernements de Ceylan, de Birmanie, de l'Inde, de l'Indonésie, et du Pakistan. L'agenda de la conférence incluait des sujets tels les essais nucléaires, la politique des blocs et le colonialisme ,l’impérialisme et l’hégémonie des forces occidentales et les cinq se sont prononcés pour l'admission de la république populaire de Chine aux Nations-Unies.

    Pendant la conférence la Chine et les États Africains ont adopté les cinq principes de la coexistence pacifique qu’avaient déterminés la Chine et l’Inde en 1954 :
    1-Le respect mutuel de la souveraineté et la complémentarité régionale .
    2-La non attaque d’un parti contre l’autre.
    3-La non ingérence dans les affaires intérieures des autres parties.
    4-L’égalité et les intérêts communs.
    5-La coexistence pacifique.
    A la fin de la conférence, la Chine a présenté aux États Africains un soutien économique , technique et militaire, dans une tentative de réduire l’impact des forces occidentales prédominantes et de créer un nouvel ordre international et politique.

    L'armistice de Panmunjoem le 27 juillet 1953 entre la Corée du nord et du sud met fin à la guerre. La Chine de Mao était intervenue de manière non officielle, et le 31 octobre 1950, plusieurs divisions Chinoises franchirent le Yalu ou elles entrèrent en contact avec les unités Américaines. Cette guerre fit que Nord Coréens, Soviétiques et Chinois marchèrent ensemble contre l'ONU et les Américains.

    A la suite de cet armistice Zhou Enlai propose aux États-Unis cinq principes de coexistence pacifique qui sont l'égalité, des avantages réciproques et du respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité du territoire. On peut ainsi dire que l'origine des cinq principes de la coexistence pacifique résident dans cette déclaration. Lorsqu'on jète un regard rétrospectif sur le 20ème siècle, si l'on résume en un mot la signification de la théorie sur la coexistence pacifique, c'est que cette théorie a inaugué une nouvelle et grande époque de paix et de développement. La visite de Nixon en Chine qui a réalisé une percée dans les relations sino-américaines est la plus représentative. Le fait que Chou Enlai et Nixon se sont serrés la main en 1972 revêt une signification historique et symbolise l'avènement d'une nouvelle époque.

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    La politique d'ouverture fut marquée par le rapprochement Américano-chinois lors de la visite de Richard Nixon reçu par Zhou Enlai en 1972

    A l'époque, Zhou Enlai a secondé Mao Zedong pour mettre au point les principes et mesures fondamentales de la politique diplomatique de la Chine nouvelle. Dans le «Programme commun de la Conférence consultative de la politique du peuple chinois» rédigé par Zhou Enlai, il est dit notamment, «Le gouvernement populaire central de la République populaire de Chine est disposé à négocier l'établissement des relations diplomatiques sur un pied d'égalité, sur le principe d'avantages réciproques, sur le respect mutuel de la souveraineté territoriale avec tout gouvernement étranger qui a rompu ses relations avec les réactionnaires du Guomintang, ou Kuomintang parti nationaliste Chinois, et adopte une attitude amicale à l'égard de la République populaire de Chine».

    En 1953 a lieu la mise en place du premier plan quinquennal. L'économie est basée sur l'industrie lourde sur le modèle de l'Union Soviétique qui fournit des capitaux. Durant cette période, 10 800 Soviétiques et 1 500 Européens de l’Est furent employés en Chine dans le cadre de projets liés aux transports, aux communications, à l’éducation ou à la santé. Dans le même temps, des milliers de scientifiques, ingénieurs et étudiants Chinois furent envoyés étudier en Union soviétique.

    En 1955 Mao Zedong décide de lancer un vaste mouvement de collectivisation, qui sera désigné comme le «premier bond en avant». Il présente toutes les caractéristiques d'une répétition générale à petite échelle du «Grand Bond en avant» qui se déroulera de 1958 à 1960. En s'appuyant sur les cadres supérieurs provinciaux du Parti contre le Comité central qui n'y était guère favorable, Mao appuie une accélération considérable du mouvement des coopératives à partir de l'été 1955. Selon lui, cette accélération serait réclamée par les masses et permettrait à l'agriculture de contribuer efficacement à l'industrialisation du pays par la hausse très importante des rendements. Dès la fin de l'année 1955, quasiment tous les foyers paysans ont été intégrés à des coopératives. La méthode choisie pour inciter les paysans à s'intégrer à ces coopératives est un mélange de mobilisation (propagande, slogans, réunions) et de coercition. Parallèlement, le régime réalise l'achèvement de la socialisation de l'économie urbaine. Les artisans sont regroupés en coopératives et l'État place sous sa tutelle les entreprises industrielles qu'il ne contrôlait pas encore, signant la disparition définitive de la bourgeoisie industrielle des villes. Cependant, loin des hausses de production extraordinaires prévues par le projet de plan agricole de douze ans adopté en 1956 et malgré la mobilisation menée par le Parti auprès des cadres et des paysans, les ambitions irréalistes et les méthodes incohérentes du mouvement entraînent une récolte très médiocre. Les calamités naturelles qui s'abattent durant l'été 1956 sur certaines régions (inondations, sècheresses…) ne font qu'aggraver la situation qui ne tarde pas à aboutir à une disette dans une grande partie du pays.

    La crédibilité du régime est durement atteinte et va justifier un renversement politique. Les conséquences politiques du «premier bond en avant» vont être très importantes. Le pouvoir des cadres du Parti sur la société, notamment sur la société rurale, va se trouver considérablement étendu et renforcé par le mouvement de «coopérativisation». Ils exercent dorénavant un contrôle direct sur la vie quotidienne des paysans. Ajouté au contrôle étroit qu'il exerce depuis 1949 sur les villes et qui a été renforcé lors de l'achèvement de la socialisation économique des villes en 1955, le Parti dispose dorénavant d'un formidable pouvoir sur l'ensemble de la société chinoise.

    Toutefois à l'intérieur, la résistance des campagnes à la collectivisation des terres se manifeste avec rigueur, alors que les objectifs du premier plan quinquennal ne sont pas atteints. Pour temporiser Mao Zedong lance la campagne des «Cent Fleurs» menée de janvier à juin 1957. Son but est de rétablir son autorité sur le parti affaiblie par sa défaite depuis le VIIème Congrès du PCC grand-messe du régime se réunit du 15 au 27 septembre 1956 qui marque un revers pour Mao et ses idées politiques. Les principaux leaders du régime, comme Deng Xiaoping, Zhou Enlai et Liu Shaoqi sont favorables à une prudente orthodoxie. Bien qu'il lui ait été donné son aval, à la mise en œuvre d'un socialisme plus graduel, «pas à pas», cela constitue un véritable désaveu à Mao et à ses méthodes. Le Congrès insiste aussi sur le rôle dirigeant du Parti, dont les statuts omettent désormais toute référence à la pensée de Mao. Les nominations effectuées confirment le déclin de son influence, à l'exception de Lin Biao, un de ses fervents partisans, qui accède à la sixième place dans la hiérarchie.

    Il lui convient d'améliorer les relations entre la formation communiste et la population dans un contexte international périlleux. L’événement international marquant de cette année 1956 est le début de la déstalinisation en URSS et les troubles qui s'ensuivent en Pologne et en Hongrie. En février 1956, au cours du XXe congrès du Parti communiste d’URSS, Nikita Khrouchtchev dévoile son fameux rapport «secret». Il y fait une critique sévère de Staline et condamne en particulier les crimes commis au nom du communisme. Cette déclaration qui sera publiée par la presse américaine, après que la CIA s’en sera procuré une retranscription, provoque la stupeur du monde communiste, y compris naturellement des communistes Chinois.

    Dès lors, la principale crainte des communistes Chinois est de voir les secousses, qui agitent la sphère soviétique se répercuter sur le régime de Pékin, et plus particulièrement qu’un parallèle soit fait entre Staline et Mao. Le Parti opte donc pour une ligne intermédiaire. Le Quotidien du peuple publie plusieurs articles où Staline est présenté comme un grand combattant du marxisme-léninisme mais également comme un homme qui a commis des erreurs dans ses politiques.

    Mao reprend rapidement l'initiative, et va alors proposer une médication qui était jusqu'alors réservée aux problèmes internes du Parti, une campagne de rectification. Il veut inciter la population à critiquer le Parti afin que celui-ci corrige ses défauts. Mao parvient à imposer cette idée au sein du Parti à la fin de l'année 1956, bien que les résistances demeurent nombreuses. Son discours sur les cent fleurs date du 2 mai 1956, mais c'est seulement le 27 février 1957 qu'il décide de forcer le cours des choses en prononçant son célèbre discours sur «La juste solution des contradictions au sein du peuple». Le mot d'ordre des cent fleurs, qui jusque là n'avait constitué qu'une campagne classique de libéralisation, devient un appel à critiquer le Parti. On devine la stupeur de la plupart des membres de celui-ci qui aperçoivent immédiatement le danger de cet appel, instruits qu'ils sont de l'ampleur du mécontentement dans le pays. C'est le printemps de Pékin par analogie avec le printemps de Prague. Si l'objectif officiel est que celui-ci s'améliore, Mao compte bien en profiter pour affaiblir ses adversaires et retrouver un certain ascendant sur ses camarades.

    La critique se généralise, si les contestataires s’en prennent d'abord au travail du Parti, très vite les critiques s’orientent à l’encontre de sa nature même et de son rôle au sein de la société chinoise. Elles dénoncent en particulier sa structure jugée monolithique, le monopole de l’information détenu par ses membres du Parti et demandent une réforme des institutions pour qu’une plus grande place soit faite aux partis démocratiques. La réaction du Parti est que les faits ont donc donné raison aux réalistes. Menacé dans son existence même, par un mouvement qui risque d’échapper à tout contrôle, le Parti se doit de réagir.

    Les dirigeants du Parti qui assistent à la montée de plus en plus incontrôlée de la contestation, ne manquent pas de faire le parallèle avec les événements de Pologne et de Hongrie, mais aussi avec le mouvement du 4 mai. Le 4 mai 1919, peu après la naissance de la république Chinoise 3.000 étudiants manifestent sur la place Tien An Men. Ce mouvement traduit l'émergence d'une conscience patriotique apposée aux occidentaux comme aux Japonnais et l'abolition de l'Empire Mandchou.

    Mao lui-même avertit les manifestants lorsqu’il déclare le 25 mai devant le IIIe Congrès de la Ligue des jeunes communistes, que ceux-ci doivent être conscients que «tous les mots ou actions qui s’écartent du socialisme sont mal venus». Le lieu où cette phrase est prononcée n’est pas anodin. C’est principalement la jeunesse qui inquiète le plus les dirigeants Les étudiants sont particulièrement visés par la campagne anti-droitière.

    Les diplômés feront l’objet d’enquêtes politiques, devront désormais obéir au plan de répartition fixé par le parti et accepter sans rechigner leur affectation. Mais c’est surtout à Wuhan que la répression est la plus dure. Les représentants de l’université sont fusillés et cinquante hauts responsables expulsés pour droitisme. De façon générale, le milieu universitaire est décimé. À l'université de Pékin, 10 % des étudiants sont classés comme droitiers et expulsés ou incarcérés. Les diplômés feront l’objet d’enquêtes politiques, devront désormais obéir au plan de répartition fixé par le Parti et accepter sans rechigner leur affectation. Le bilan de la répression, au total ce sont plusieurs centaines de milliers de personnes qui seront victimes de la campagne antidroitière, et en particulier les enseignants. Chaque unité doit sélectionner un quota de «droitiers». On exige d'eux de sévères autocritiques. Puis ils sont suivant les cas dégradés, exilés ou incarcérés. Plus de 400 000 «droitiers» seront envoyés dans des camps de travail.

    La version officielle présenta plus tard la campagne des cent fleurs comme un piège tendu par Mao afin d’amener tous les ennemis du Parti à se dévoiler. La campagne des Cent Fleurs marque le divorce entre le pouvoir et la nouvelle société, la fin du consensus social qui avait régné jusqu’alors. Pour la première fois, la confrontation entre gouvernants et gouvernés, entre le Parti et le peuple, est envisageable.

    La suite le Grand Bon en avant.

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