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  • La Franc-maçonnerie, dossier suite 22,

    la période contemporaine.

     

    les Frères invisibles.

     

    Albin Michel Paris 2001, extraits par Ghislaine Ottenheimer, voir ici .

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    Les Frères revendiquent la paternité de nombreuses réformes, l'école publique, le code du travail, la législation sur les enfants naturels, les congés payés, l'impôt sur le revenu, les habitations à loyer modéré, les lois sur la contraception ou l'avortement, le planning familial ... De fait, ils se sont largement impliqués dans ces débats. Parfois, ils en ont été les exécutants vigilants. Pour autant peut-on considérer que sans le professeur Pierre Simon, maçon et militant actif de la libéralisation de la contraception, sans la fraternelle parlementaire qui a soutenu la loi Neuwirth, la pilule n'aurait jamais été autorisée ? Les frères invisibles, p. 67.

    Ces utopistes qui ont les pieds sur terre peuvent se targuer d'une autre grande œuvre que personne ne leur contestera, la création, en 1776, des États-Unis d'Amérique. De George Washington à Franklin D. Roosevelt, voir ici, plusieurs générations de frères se sont succédé pour bâtir la première démocratie du monde. Nombre de leurs successeurs ont été initiés à l'université, comme Bill Clinton, voir ici , ou Al Gore, voir ici . Ibidem, p. 71.

    Parmi les femmes promues par Mitterrand dans les différents gouvernements de gauche, on compte nombre de sœurs, Yvette Roudy, Edwige Avice, Michèle André. La sœur de Danielle Mitterrand, Christine Gouze-Renal, productrice de film et épouse de Roger Hanin, voir ici, a été initiée. Comme Anne-Marie Dupuy, qui fut directeur de cabinet de Georges Pompidou puis maire de Cannes, Françoise Giroud, voir ici, Margie Sudre, députée RPR de la Réunion, ou Lucette Michaux-Chevry, voir ici, présidente RPR de la région Guadeloupe et ancienne ministre de la Francophonie sous Jacques Chirac. Peu à peu, elles ont à leur tour investi les lieux de pouvoir. Marylise Lebranchu, la nouvelle garde des Sceaux du gouvernement Jospin, en est une illustration. Ibidem, p. 74.

    Autre idée reçue, liée à la force de l'Histoire, la maçonnerie serait l'apanage de la gauche radicale-socialiste. Pourtant, toutes les familles politiques ont tissé des liens avec la franc-maçonnerie, de l'extrême droite à l'extrême gauche. S'il existe des différences politiques entre les obédiences, les frontières sont poreuses. La GLNF est, certes, très marquée à droite, mais on peut y rencontrer des socialistes. Le réalisateur de télévision Serge Moati, voir ici, qui ne cache pas ses convictions de gauche, a été initié à la GLNF (Grande Loge Nationale Française, voir ici ). Tout comme Gérard Peybernès, collecteur de fonds du PS. Le Grand Orient de France, voir ici, est très majoritairement à gauche mais des frères engagés à droite, comme l'ancien député RPR Olivier Dassault, en sont membres.

    Jacques Chirac, dont des maçons de haut grade affirment qu'il a été initié à La Grande Loge Alpina, voir ici, une Obédience Suisse très élitiste qui ne coopte que des dirigeants de très haut niveau, y a de nombreux relais, (information que je n'ai pu vérifier). Son grand-père, instituteur corrézien, était lui-même maçon. Ce dont le président de la République ne s'est jamais caché. Mais son père l'était également. Ibidem, p. 61-62.

    Nous sommes en 1969. Au lendemain du départ du général De Gaulle, François Mitterrand, qui n'est alors que président de la petite FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste), croit plus que jamais en ses chances. Pour gagner, il doit trouver de l'argent, beaucoup d'argent. Il va faire appel aux frères qui déjà, en 1958, au début de sa traversée du désert, ont formé sa garde rapprochée et l'ont aidé à fédérer les socialistes. Il s'attelle patiemment à reconstituer des réseaux. Avec l'aide de quelques jeunes maçons ambitieux, il «rassemble ce qui est épars», selon la terminologie maçonnique.

    D'obscurs petits clubs maçonniques, orphelins depuis l'avènement de la Vème République. La Ligue pour le combat républicain, à laquelle appartiennent Louis Mermaz et François de Grossouvre, voir ici . Le Club des Jacobins, fondé par Charles Hernu, dont les dirigeants appartiennent en grande majorité au GO, notamment Guy Penne, son secrétaire général. Le Club des Montagnards, fondé par Jean-André Faucher, condamné à mort par contumace à la Libération, qui sera décoré de la Légion d'honneur pour services rendus lors des missions de paix en Nouvelle-Calédonie. Inlassablement, Mitterrand séduit, fédère. En 1964, ses efforts sont couronnés d'un premier succès avec la création de la Convention des institutions républicaines (CIR), qui servira de ciment pour constituer le futur Parti socialiste. Ibidem, p. 143.

    En 1986, quand éclate l'affaire du Carrefour du Développement, personne ne parle des complicités maçonnes. D'une manière générale, l'allusion à la Franc-maçonnerie est rare, quand elle n'est pas mise de côté. N'évoque-t-elle pas de mauvais souvenirs, notamment ceux des vives campagnes d'avant-guerre ? Pourtant, on est bien en peine de dénicher, parmi les principaux scandales des vingt dernières années, une affaire qui se soit déroulée sans le concours de Frères ici ou là.

    Carrefour du Développement, Sagès, Urba-Gracco, voir ici, Luchaire, Crédit lyonnais, voir ici , Elf, voir ici, marchés truqués à Paris, voir ici, dans les Hauts-de-Seine, ou en Ile-de-France, voir ici, sang contaminé, voir ici , ARC, voir ici , GMF, Française des jeux, Mnef, voir ici , Pechiney, financement occulte du PS, du PR, du CDS et du RPR, vente d'armes en Afrique, voir ici, pour ne parler que des plus connues :

    les principaux acteurs sont maçons.(...)

    C'est ainsi que la sœur Lucette Michaux-Chevry, député RPR de la Guadeloupe, se retrouve condamnée pour faux et usage de faux à propos de facture payée par une société d'Angoulême qui (coïncidence) travaillait avec l'ex-maire socialiste, le frère Jean-Michel Boucheron, voir ici. Que Hubert Haddad, éditeur des bulletins électoraux de nombreux socialistes (dont les frères Louis Mermaz, André Laignel et Georges Fillioud), a aussi traité avec l'ARC. Que l'ancien député gaulliste Henri Modiano se retrouve impliqué dans l'affaire du Loto avec le mitterrandien Gérard Colé (mais celui-ci a finalement obtenu un non-lieu). Mais attention au syllogisme, si nombre de ripoux sont maçons, tous les maçons ne sont pas ripoux voir ici. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, pendant longtemps, la presse a fait preuve d'une extrême retenue. Ibidem, p. 242-243.


    A court d'idées, soucieux de se répartir postes, prébendes et décorations, impliqués dans d'innombrables scandales, infiltrés par des réseaux affairistes et mafieux, les francs-maçons seraient-ils devenus franchement nuisibles ? Certes, la GLF n'est pas directement responsable du scandale de la Mnef, ni le GO de l'affaire du sang contaminé, ni même la GLNF des marchés truqués de la région parisienne. En l'absence de réseaux maçons pour détourner les procédures judiciaires, dénicher des planques en Afrique et aux Caraïbes, ouvrir les coffres des paradis fiscaux, la corruption ou simplement l'affairisme, auraient trouvé d'autres relais. Mais le fait est que la maçonnerie est bien mal fréquentée. Et se pose la question de sa place et de son rôle dans la République. Ce n'est pas l'existence même de cette société de pensée qui est en cause, mais le secret et le serment d'assistance mutuelle, car ils favorisent le mélange des genres et instillent la suspicion. Ibidem, p. 331.

     

    Les intouchables.

    Crédit lyonnais, voir ici, Vivendi, Alstom, France Télécom... Jean-Yves Haberer, Jean-Marie Messier, voir ici, Pierre Bilger, Michel Bon. Ces noms ont fait les unes de tous les journaux durant des semaines, voire des mois, des années. Il s'agit des plus grandes faillites de l'histoire du capitalisme Français. Avec des records mondiaux d'endettement. Des milliards partis en fumée, des licenciements en série, des actionnaires ruinés, des salariés brisés. Ces quatre entreprises étaient dirigées par des inspecteurs des Finances. L'élite de l'élite Française. On parle d'une micro-société de 250 personnes. Chaque année, sur la centaine d'étudiants qui entre à l'École Nationale d'Administration, une grande école réputée extrêmement sélective, ils sont seulement quatre ou cinq élèves à être admis dans ce corps, qui conduit aux plus brillantes carrières. Ces hommes, et quelques très rares femmes, triés sur le volet, formés à l'exercice du pouvoir, occupent depuis des décennies les plus hauts postes du très puissant ministère des Finances, dirigent un grand nombre de banques et les plus grandes entreprises, trustent les sièges des conseils d'administration des sociétés les plus puissantes et s'arrogent les présidences des autorités de tutelle ou des organes de régulation.

    L'inspection des Finances, objet de tous les fantasmes, a également donné à la France son plus jeune président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, quatre Premiers ministres, Jacques Chaban-Delmas, voir ici, Maurice Couve de Murville, Michel Rocard et Alain Juppé, voir ici . Partout, il existe des clubs très sélects de gens qui ont réussi, mais nulle part au monde, de tels titres ne propulsent ainsi, dès le départ, de jeunes fonctionnaires vers les sommets. Nulle part au monde, il n'existe de caste aussi restreinte, aussi soudée, qui se coopte et se protège. Une sorte d'armée secrète, tendue vers le même but, le pouvoir, tellement cohérente qu'il n'y a même pas besoin d'instances disciplinaires pour y faire régner l'ordre. Entre eux, ils s'appellent «camarades». Installés au sommet de la pyramide de la nomenklatura Française, ils ne sont jamais ni sanctionnés, ni contestés, ni contrôlés, ni évalués. Ils sont intouchables.

    Pas au sens indien du terme, de paria - encore qu'ils sont peut-être en train de le devenir - mais au sens figuré,

    «Qui ne peut être l'objet d'aucun blâme, d'aucune sanction. Personnage hors d'atteinte, protégé, indéboulonnable, sacro-saint », note le Petit Robert.

    Leur parole, leur pensée ne peuvent, ne doivent pas être critiquées ni remises en cause. Puisqu'ils incarnent l'excellence, l'État, l'intérêt général. Ils savent mieux que le peuple ce qui est bon pour son bonheur. Leur impunité est totale. Il a fallu des scandales d'une extrême gravité pour que certains d'entre eux soient traduits en justice et d'autres, démis de leurs fonctions. Les intouchables, p. 10-11.

     

    En vingt ans, la France a radicalement changé.

    Elle est passée d'une organisation hyper étatique à une économie ouverte sur l'extérieur, traversant une phase extrêmement brutale d'accumulation du capital. Avec des excès et des dérives. Au dire de nos élites, elle aurait simplement pris un peu de retard dans certains domaines. Alors qu'en fait, la crise que traverse le pays depuis de nombreuses années est très profonde. Il ne s'agit pas seulement de la question lancinante, et jamais réglée, de la réforme de l'État. Ni même de la corruption, qui fait dire aux policiers et aux juges Français, le plus souvent «off» bien sûr, que la France est une république bananière.

    Il s'agit de mettre fin à une hypocrisie insupportable: au nom des grands principes républicains, les élites protègent un État quasi féodal.

    «La France sait faire certaines choses. L'euro, une Constitution, fait remarquer jean-Pierre Jouyet, en conclusion de son propos sur l'inspection. Dans d'autres domaines, elle est moins performante».

    C'est extrêmement juste. La France sait concevoir des systèmes, des organisations, inventer des modèles. Ensuite, elle ne sait pas toujours gérer la réalité. La France est un pays profondément structuraliste. Qui privilégie la globalité sur l'individu. Qui pense l'ensemble et néglige l'humain. Qui préfère la théorie à la pratique. Or elle est confrontée à la nécessité de s'adapter au monde anglo-saxon, dominant, et qui, lui, est fonctionnaliste.

    Dans le monde anglo-saxon, en effet, on conçoit la société comme un ensemble d'éléments complexes dont l'équilibre dépend de ses diverses composantes, dont la dynamique est la résultante de mécanismes interdépendants. La France pense intérêt général, les Anglo-Saxons pensent confrontation des intérêts. La France édicte des codes très stricts, mais les transgresse. Les Anglo-Saxons sont jurisprudentiels.

    La France décrète.

    Le monde anglo-saxon s'adapte sans cesse sous la pression de contre-pouvoirs multiples.

    Le diagnostic de Jean-Claude Trichet, voir ici, est explicite,

    «La France est un pays qui s'est édifié sur un modèle très particulier. Assez original. Aucun autre pays ne repose sur la même construction historique. Cela lui donne des atouts. Elle doit en tirer parti. En même temps, la construction européenne, l'internationalisation des économies, la mondialisation exigent qu'elle assimile complètement les règles de l'économie de marché. Et elle doit faire un effort sur elle-même».

    Il parlait - «off» - de la nécessité de devenir un pays «normal». Car, en effet, la France n'est pas un pays normal. Éducation, sélection des élites, organisation politique, statut de la fonction publique, organes de contrôles indépendants, dans tous ces domaines, le modèle Français est effectivement confronté à des mutations inexorables. L'inspection générale des Finances, le phare de la haute administration, incarne cet ordre ancien. Qu'elle redevienne un corps de contrôle efficace ou qu'elle continue de fonctionner comme une caste et elle sera le symbole du renouveau ou de la décadence. Ibidem

     

    1992, Le scandale de la Sagès.

    «Il ne m'a pas encore reçu, et ce n'est certainement pas normal, se plaignait Gilbert Abergel, nouveau Grand Maître du Grand Orient, lorsque nous l'avons rencontré en 1993, six mois après son élection à la Rue-Cadet. Il m'a simplement fait adresser une belle lettre, dans laquelle il assurait qu'il «ne manquerait pas de m'inviter», mais il n'y a jamais eu aucune suite. Cela m'a d'autant plus étonné qu'il était un ami de Roger Leray, avec qui j'étais moi-même très lié. Je crois qu'une explication s'impose, il n'éprouve pas une grande admiration pour ce que nous sommes. Seuls les hommes l'intéressent, pas les institutions».

    Le Grand Orient n'est pas près d'oublier sa petite phrase de janvier 1992, à propos du scandale politico-financier de la Sagès, l'une des «pompes à finances» du PS, dont le président Michel Reyt venait d'être entendu par la justice. Dans un article intitulé «les Colères de Mitterrand», «le Monde» rapportait comment le chef de l'État, recevant des journalistes en privé, avait tenu des propos très durs contre «ce petit groupe maçonnique», «ce petit groupe de copains». Rue-Cadet, on est alors frappé de stupeur.

    Un communiqué est aussitôt adressé à la presse. Rédigé au conditionnel. Comme pour bien marquer qu'on ne peut totalement se résoudre à admettre la réalité de ces accusations, «De telles assertions, par un risque d'amalgames, contribueraient à jeter le discrédit sur l'ensemble des francs-maçons. Henri Caillavet a eu l'occasion d'aborder le sujet de la franc maçonnerie avec François Mitterrand, «Je me souviens de ses reproches, dit-il, «pourquoi vous cachez-vous ? Pourquoi entretenez-vous des secrets ?» Un jour, il m'a dit,

     

    «Des maçons, j'en ai autour de moi. Peut-être trop...»

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    Gilbert Abergel, dernier grand maître du Grand Orient. «Il n'éprouve pas une grande admiration pour ce que nous sommes», constate-t-il à propos de Mitterrand.

     

    Les maçons à la tête des Mutuelles, la Maif, la Macif, la Matmut.

    «La Fédération nationale de la Mutualité Française pourrait bien être notre plus importante obédience maçonnique !», rigole Michel Baron, universitaire... et franc-maçon. «Prenez René Teuladet ancien président de la FNMF, ancien ministre socialiste des Affaires sociales, il appartient au Grand Orient. Son successeur, Jean-Pierre Davant ? Lui aussi ! »

    Quelques années plus tôt, un presque homonyme de Michel Baron écrivait pour sa part,

    «si la franc-maçonnerie ne doit être nulle part, des francs-maçons doivent être présents partout, dans les partis, les syndicats, les associations, les coopératives, les mutuelles».

    C'était signé Michel Baroin, et il savait de quoi il parlait... On pourrait ajouter que Jean-Louis Mandinaud, l'actuel grand maitre de la Grande Loge de France, est vice-président de cette même Fédération Nationale de la Mutualité Française. A elles deux, la FNMF et la FMF (Fédération des Mutuelles de France) couvrent aujourd'hui près de 30 millions de personnes, soit plus d'un Français sur deux ! Les moyens mis en œuvre, les sommes engagées sont considérables. La FNMF, la plus importante, regroupe quelque 600 mutuelles complémentaires de la Sécurité sociale, qui réalisent ensemble un chiffre d'affaires de plus de 40 milliards de francs !

    Ces mutuelles comptent plus de 1 000 centres de soins et œuvres sociales, des pharmacies, des centres d'optique, des cliniques, des cabinets dentaires, des crèches, des établissements pour le troisième âge, des villages de vacances, des agences de voyages... Elles commercialisent des produits de prévoyance et entrent en compétition avec le secteur bancaire.

    Aujourd'hui, le Groupement des sociétés d'Assurances à Caractère mutuel (GSACM) couvre plus de 50 % du marché, Les Français connaissent bien les fleurons de ce Groupement, GMF, MAAF, MAIF; Macif, Matmut... La GMF s'adresse principalement aux fonctionnaires, la MAAF aux artisans, la MAIF aux instituteurs, la Macif aux commerçants et industriels, tandis que la Matmut s'ouvre pour sa part à tous les «travailleurs mutualistes», c'est-à-dire à tous les salariés déjà membres d'une quelconque mutuelle.

    L'automobile a fait leur succès. Mais elles ont été amenées à diversifier leurs activités, représentant par exemple plus de 40 % de l'assurance habitat individuel. Instruments du pouvoir économique, les mutuelles le sont incontestablement. François Mitterrand ne s'y est pas trompé qui a assisté à quatre reprises aux congrès de la FNMF, depuis 1981. L'actuel grand maître du Grand Orient, Gilbert Abergel connaît mieux que personne la GMF, dont il dirige la communication interne. Pas plus que ses prédécesseurs, il n'aime voir évoquer une possible collusion entre le rite et les, affaires.

    Le pouvoir des francs-maçons sur l'économie est quasi nul, au sens où on l'entend couramment, en fantasmant sur «les réseaux qui tirent les ficelles». Michel Baroin, cet autre grand maître du Grand Orient qui fut, lui, président de la GMF et que l'on présentait volontiers comme le «croisé de l'économie sociale», expliquait avant sa mort,

    «si vous voulez dire qu'entre la franc-maçonnerie et l'économie sociale il existe une même manière de se comporter dans la vie publique, alors oui, il y a corrélation. Mais cela présente un danger. On dira, «tous les gens de l'économie sociale sont des francs-maçons», ce qui est faux. La Franc-maçonnerie, c'est avant tout une manière de penser, de sentir, de vivre et d'agir»,

    «Patrice Burnat et Christian de Villeneuve, extraits des «Francs-Maçons des années Mitterrand» Grasset.

     

    La suite au dossier 23.

     

  • La Franc-maçonnerie, dossier suite 21,

    la période contemporaine.

     

    Les Obédiences flirtent avec le pouvoir.

     

    A fonds publics services publics,


    Ce dogme républicain n'a donc pu être appliqué par un gouvernement de gauche nouvellement élu après tant d'années rejeté par les Français. Ce constat montre que cette gauche au dogmatisme d'arrière garde, cultivé au Grand Orient de France n'a pas évolué avec le temps. Si les fonds publics doivent aller aux services publics ce qui est somme toute normal, ne l'est plus pour l'éducation, cheval de bataille de la droite qui à su se rassembler pour montrer sa détermination. La gauche qui venait aux affaires ne s'est pas rassemblée de la même façon, elle a laissé courir, elle n'a pas su imposer cette valeur républicaine fondement de notre démocratie.

    En fait la droite dans le plus profond des foyers a le courage de ses opinions, la gauche non, elle ne sait pas, elle a peur. Elle croit que voter pour elle est suffisant ce qui est faux. Si un gouvernement n'est pas soutenu par sa base, il ne tient pas. Nicolas Sarkozy n'aurait jamais abdiqué même devant une si grande manifestation, Mitterrand l'a fait, a-t-il eu raison, oui pour éviter une guerre inutile. Il l'aurait perdue.

    La gauche ne tient donc pas ses engagements rien d'étonnant que les Français ne croient plus en elle. Le problème est qu'elle veut avec sa bonne volonté rendre plus de justice sociale que la droite qui, elle, ne s'occupe pas de considération de cette sorte sachant qu'elle sera de toutes façons majoritaire, et que, si elle perd le pouvoir quelques années, elle le récupérera ensuite pour inhiber ce que la gauche aura fait.

    L'école est une institution sacrée, tous les Français ont droit à l'éducation gratuite depuis Jules Ferry, seulement notre école laïque va mal. Elle doit recevoir tout le monde, et l'on voit de plus en plus d'enfants venant de l'immigration qui ne suivent pas très bien les enseignements, compromettre l'éducation des autres enfants de souche Française, de sorte que les parents ont peur, et veulent mettre leurs enfants dans le privé dans l'espoir d'un enseignement meilleur, ce qui n'est pas forcement vrai. Mais, ils sont de plus en plus nombreux à le croire quand l'on sait l'importance qu'elle a sur la vie future des jeunes Français.

     

    Mais de quelle laïcité s'agit-il ?

    De celle, sourcilleuse, défendue par l'ancien Grand Maître Paul Gourdot qui se complaît, non sans malice, à donner de lui une image de «bouffeur de curé». Ou, d'une laïcité dite «ouverte», défendue par certains francs-maçons de la Ligue de l'enseignement qui admettent l'expression des différences culturelles et religieuses à l'école dans certaines conditions ?

    Derrière l'unanime condamnation du communautarisme à l'américaine et l'attachement maintes fois renouvelé à la République une et indivisible par les Grands Maîtres du Grand Orient de France successifs, les francs-maçons de cette fin de siècle, sont plus divisés qu'il n'y paraît sur cette question fondamentale. Ils ont été, comme le reste de la population, divisés en deux camps au moment de la loi Savary. Et ce clivage perdure. D'un côté il y a ceux qui, à tort ou à raison, sont attachés aux libertés aux premiers rangs desquelles ils plaçaient, en 1984, la liberté de choix scolaire. De l'autre, on défend une conception jacobine de l'État transcendée dans l'idéal laïc.

    Une ligne de partage qui passe incontestablement entre la sensibilité traditionnellement laïque du Grand Orient de France, et celle, plus libérale, qui s'exprime dans les autres Obédiences. Mais elle traverse aussi toutes les Obédiences. André Laignel, héros de la cause laïque en 1984, n'est-il pas membre de la Grande Loge de France réputée modérée, sinon de droite ? Tandis que le très Chiraquien Michel Sy, membre du Grand Orient de France, déclarera avoir manifesté avec les partisans de l'école privée le 24 juin 1984 parce que,

     

    «la réforme Savary n'était pas à son sens, une loi laïque, simplement parce qu'elle n'assurait pas la pérennité de l'enseignement privé».

     

    En effet on ne peut priver de subventions un enseignement qui est prodigué à des centaines de milliers de Français.

    On a vu réapparaître ces clivages, qui correspondent davantage à des sensibilités philosophiques que politiques, lors des premières polémiques sur le foulard islamique à la fin des années 80. Sur cette épineuse question, certains observateurs ont pu en effet constater que derrière le refus intransigeant de tout signe extérieur d'appartenance religieuse à l'école, transparaissait chez certains francs-maçons la même méfiance, pour ne pas dire plus, que celle que manifestent beaucoup de Français à l'égard de l'islam. A l'inverse, c'est au nom de la tolérance, valeur tout aussi maçonnique que la laïcité, que d'autres francs-maçons acceptent un droit à la différence qui passe selon eux par la visibilité de coutumes nouvelles encore mal acceptées dans une société Française qui reste pétrie de tradition catholique.

    Pour preuve du malaise des francs-maçons sur la question laïque, on constate depuis quelques années, l'émergence de clubs ou de groupuscules d'inspiration maçonnique, et résolument laïcs, qui tentent de porter sur le terrain profane un combat qu'ils ont de plus en plus de mal à mener à l'intérieur des loges où la lisibilité du combat d'idées est d'autant plus floue qu'elle se confond souvent avec des combats de pouvoir dans l'obédience. En fait, beaucoup de francs-maçons font aujourd'hui un constat amer, la franc-maçonnerie n'est plus productrice d'idées nouvelles susceptibles de rayonner sur la société et de contribuer au perfectionnement matériel et moral de l'humanité.

    Certes, elle a très largement contribué, depuis la fin du XVIIIème siècle à la pérennisation des idéaux de la Révolution Française. Elle a également beaucoup fait pour que l'humanisme, le respect de l'État de droit et de l'individu, soient aujourd'hui des valeurs universelles de référence. Mais tout donne à penser que si l'on peut continuer à compter sur les francs-maçons pour défendre des valeurs partagées par le plus grand nombre face à la montée de l'intolérance ou du racisme, ils sont en panne d'idées dès lors qu'il s'agit de trouver des solutions nouvelles aux problèmes d'éthique, de morale, ou économiques et sociaux qui se posent aux hommes politiques.

    Charles Porset, qui est secrétaire général de l'Institut d'Histoire et de recherche maçonnique, analyse la situation en ces termes,

     

    «le Grand Orient donne l'impression d'être le reflet de son temps et de n'avoir plus de projets. Nous disons dans notre jargon qu'il faut laisser ses métaux à la porte du temple, autrement dit, de ne pas y rentrer avec des a priori politiques et religieux. Malheureusement, les francs-maçons laissent trop souvent leurs idéaux aussi à la porte. Aujourd'hui, nous n'anticipons plus dans le domaine idéologique, nous n'élaborons plus les projets de textes de loi comme jadis en matière d'interruption de grossesse. Nous sommes à la remorque. Certes, la maçonnerie doit être sans but, mais pas sans idéal», voir ici.

     

    Certains maçons, conscients de cette situation, l'expliquent en partie par le mode de recrutement des loges. La cooptation qui demeure le principal moyen de recrutement tend à reproduire et à accentuer une composition sociologique presque exclusivement assise sur les professions intermédiaires et les classes moyennes. Il n'y a pratiquement pas d'ouvriers ou de paysans francs-maçons mais guère plus d'artistes ou d'intellectuels dans les loges. Aucun des grands penseurs ou philosophes de ces cinquante dernières années n'a été franc-maçon. Les grands intellectuels, scientifiques ou chercheurs en sciences humaines, ne pénètrent en loge que lorsqu'ils sont invités à participer aux tenues blanches, ouvertes ou fermées, réunions maçonniques ouvertes aux profanes qui ressemblent parfois à des mises en scène à grand spectacle mais donnent toujours l'impression que c'est à l'extérieur de leurs loges que les francs-maçons vont chercher les idées intéressantes.

    Une autre cause explique aussi la perte d'influence de la franc-maçonnerie sur la vie politique, la plupart des francs-maçons exerçant des responsabilités politiques importantes ne fréquentent pas, ou très rarement, les loges. Par manque de temps ou par crainte d'être sollicités par des maçons en quête de faveurs ou de passe-droits. Et lorsqu'ils s'astreignent à un minimum d'assiduité, c'est pour se retrouver entre eux dans des loges élitistes dont les travaux ne sont ni plus ni moins utiles à la franc-maçonnerie que ceux des loges de base. La loge Demain, créée en son temps par Roger Leray pour rassembler des hommes politiques de gauche et de droite, est l'archétype de cette maçonnerie de club ou maçonnerie «Rotary» que l'on retrouve aussi dans certaines loges ou le recrutement se fait sur des critères professionnels ou affairistes.

    En fin de compte, à quoi sert l'engagement maçonnique des hommes politiques ? A pas grand chose, si l'on en croit André Laignel,

     

    «mon engagement politique est plus important que mon engagement maçonnique. Je suis plus proche d'un socialiste profane que d'un maçon RPR».

    Guy Mollet estimait pour sa part que,

    «la maçonnerie peut être un complément intéressant à la formulation d'un homme politique, mais elle doit rester une affaire privée».

     

    Un seul maçon dans le ministère Jospin ?

    En fait, rien n'est simple dans les rapports entre franc-maçonnerie et pouvoir. Durant les années Mitterrand, ils se sont faits «instrumentaliser» par le Parti socialiste et ont accepté d'immenses reculs sur le terrain de la laïcité tout en étant impuissants à enrayer la montée de l'extrême droite.

    Lors de la campagne des présidentielles de 1995, tous les candidats en lice ont été reçus au Grand Orient de France et y ont tenu des discours allant exactement dans le sens de ce qu'attendaient les francs-maçons. Pour quel résultat ? L'enjeu, sur fond de guerres intestines au sein des instances dirigeantes du Grand Orient, était moins de savoir quel candidat était le mieux placé pour défendre les valeurs maçonniques que de choisir lequel il convenait de soutenir pour avoir le pouvoir dans l'obédience.

    Et dans le contexte de coups de poignard dans le dos qui prévalait alors au sein du GO, certains ne furent pas peu surpris de voir une partie de l'ultra gauche laïque et les anciens militants trotskistes prendre parti pour Jacques Chirac, présenté comme le meilleur défenseur des valeurs républicaines et laïques.

    Dès lors, peut-être ne faut-il pas s'étonner que le gouvernement de Lionel Jospin ne compte qu'un seul franc-maçon (ou peut-être trois, selon une estimation récente - NDL), membre de la très conservatrice Grande Loge Nationale de France.

     

    Des maçons depuis 1981.

    Je ne sais pas s'il nous porte une affection très profonde. Il sait que nous existons, n'ignore pas que certains de ses collaborateurs et de ses ministres sont francs-maçons. Lorsque j'ai été ministre avec lui, je sais qu'il avait à la fois une grande admiration pour ce que nous faisions et en même temps une immense crainte parce qu'il ne voulait jamais être surpris par des personnes qu'il ne connaissait pas.

    C'est en tout cas quelqu'un qui n'a absolument aucune des qualités nécessaire pour être franc-maçon, et c'est pourquoi il ne vous comprend pas. Il a toujours eu peur de nous, expliquait le sénateur Henri Caillavet, membre du Grand Orient de France lors d'un reportage du «Droit de Savoir» sur TF1, l'une des très rares émissions de télévision consacrées à la franc-maçonnerie.

    François Mittterrand n'a jamais été initié. Ni aucun des présidents sous la cinquième République.

    En revanche, les personnalités franc-maçonnes étaient très présentes dans les différents gouvernements de gauche.

    En moyenne une dizaine de ministres sur quarante. Parmi eux :

    François Abadie, Michèle André, Roger Bambuck, Jean-Michel Baylet, Laurent Cathala, Roland Dumas, Henri Emmanuelli, Joseph Franceschi, Charles Hernu, Pierre Joxe, André Labarrère, André Laignel, Georges Lemoine, Martin Malvy, Jacques Mellick, Christian Nucci, Jean Poperen, Yvette Roudy, Jean-Pierre Soisson, Olivier Stirn, René Teulade, Kofi Yamgname. Aucun Premier ministre depuis 1958 n'aurait appartenu à la maçonnerie.

     

    Cohabitation et francs-maçons.

    Dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac (1986-1988), on comptait quatre ministres francs-maçons :

    Didier Bariani, secrétaire d'Etat aux Anciens combattants, ancien Grand Maître adjoint au GODF, André Rossinot, chargé des relations avec le Parlement, Alain Devaquet, ministre aux Universités. André Santini, alors secrétaire d'Etat aux Rapatriés, serait également franc-maçon. Lucette Michaux-Chevry, chargée de la francophonie, aurait appartenu à la Grande Loge Féminine de France.

    Selon l'hebdomadaire l'Express du 6 mai 1993, André Rossinot, ministre de la Fonction publique, aurait été le seul maçon du gouvernement Balladur, bien que Michel Roussin, ministre de la Coopération, et Roger Romani, ministre chargé des relations avec le Sénat, soient cités.

    La suite au dossier 22

     

    Dans cet article, le nom de Paul Quilès a été mentionné dans le paragraphe des Maçons depuis 1981, or, Monsieur Paul Quilés m'a fait savoir qu'il n'avait jamais été franc-maçon, j'ai donc effacé son nom. Cette information avait été tirée de la référence suivante ici .

  • La Franc-maçonnerie, dossier suite 20,

    la période contemporaine.

     

    Les Obédiences flirtent avec le pouvoir.

     

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    Ils sont l00 000 en France et désirent rester dans l'ombre. Ils disent aussi ne pas vouloir faire de politique. Paradoxalement, c'est dans les allées du pouvoir politique et économique qu'on les croise le plus souvent les franc-maçons. De même qu'ils sont à la tête de toutes les mutuelles Françaises, MAIF, Macif, Matmut..., qui assurent près de 30 millions de personnes, de même ils ont occupé pendant les années Mitterrand une place privilégiée, chaque gouvernement socialiste ayant regroupé une douzaine d'initiés.

    Près d'un quart des ministres ! De Roland Dumas à Roger Bambuck, de Pierre Joxe à Yvette Roudy et même Jack Lang, qui, il est vrai, ne fréquentait plus ses «Frères» lorsqu'il fut nommé à la Culture. On se souvient de la cérémonie du Panthéon, le 21 mai 1981, quand François Mitterrand ala saluer Jean Jaures, Victor Schoelcher et Jean Moulin. Les deux derniers étaient des maçons. Cela signifie-t-il que le président de la République, dont l'épouse est elle-même issue d'un milieu maçonnique,(voir le dossier précédent), dont les intimes, Charles Hernu, Roger-Patrice Pelat ou François de Grossouvre, étaient initiés, ait des affinités avec le Grand Orient ou la Grande Loge de France ? Ou plutôt que, fin tacticien, il ait voulu mettre dans son camp ces frères si utiles lorsque des problèmes délicats surgissent ?

    Guy Penne aux Affaires africaines, Olivier Stirn, Henri Emmanuelli ou Georges Lemoine aux DOM- TOM... Le Grand Orient, particulièrement sensible aux valeurs laïques et républicaines, ne lui a, en tout cas, pas facilité la tâche. On sait que c'est cette obédience qui, le 16 janvier dernier, a été la première à mener le combat contre la loi Falloux. On sait peut-être moins qu'en 1984 elle fut tout aussi intransigeante avec Alain Savary que le furent, dans l'autre camp, les partisans de l'école privée. Enfin, depuis qu'ils ont été mêlés aux affaires, d' Alain Boublil à Christian Nucci, Max Théret et Jean-Michel Bouchtron, les francs-maçons conservent-ils toujours auprès de François Mitterrand l'audience à laquelle ils aspiraient ? En définitive, quel impact auront-ils eu lors des deux septennats dans la vie républicaine ? Bernard Teper du Grand Orient de France répond à ces questions. En même temps que nous publions en avant-première des extraits de la grande enquête de Patrice Burnat et Christian de Villeneuve, «les Francs-maçons des années Mitterrand», qui parait le 26 avril prochain aux éditions Grasset par :

    Nicole Leibowitz rédactrice en chef au Nouvel Observateur.


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    En 1958, des «Frères» dont François de Grossouvre l'aident à s'en sortir, battu par un gaulliste aux législatives, Mitterrand s'est replié vers le palais du Luxembourg. Quand éclate «l'affaire de l'Observatoire», cet attentat qu'on le soupçonnera d'avoir organisé contre lui-même. . .) II est humilié, on le dit fini, marginalisé. Il met cependant à profit les années qui viennent pour se constituer de nouveaux réseaux. Il n'oublie pas les francs-maçons. Quelques-uns de ses amis les plus sûrs sont en mesure de lui procurer des ouvertures. C'est l'époque du virage à gauche, seule voie susceptible de lui ouvrir la route du pouvoir, face à de Gaulle. Deux clubs obscurs se sont regroupés derrière lui, la Ligue pour le Combat républicain, auquel il appartient et qui comprend déjà, outre l'inévitable Georges Beauchamp, Louis Mermaz franc-maçon et François de Grossouvre, futur conseiller du président à l'Elysée, le Club des Jacobins, ensuite, présidé par un jeune homme qui a déjà acquis une certaine importance dans les loges lyonnaises et qui en aura beaucoup plus encore dans les futurs gouvernements socialistes, Charles Hernu, voir le dossier 19.


    En 1984, Alain Savary et la guerre des écoles.

    Il ne s'est passé que quelques jours depuis sa nomination au poste de ministre de l'Education nationale, et déjà le profane Alain Savary comprend que rien ne sera tout à fait aussi simple qu'il l'avait souhaité. C'est un émissaire du grand maître du Grand Orient qui vient de doucher son enthousiasme tout neuf, Paul Gourdot Grand Maître de 1981 à 1985, au nom de son obédience, s'étonne en effet de l'absence du moindre initié dans le cabinet du ministre, fait sans précédent, selon lui, dans l'histoire de la République. Simple effet du hasard ? Il ne peut pas y croire.

    Les hostilités sont ouvertes. Le même Paul Gourdot s'est, il est vrai, déjà fait remarquer à l'Élysée en envoyant un courrier peu amène à François Mitterrand. Il a pris la liberté de rappeler au président de la République ses engagements électoraux et, en particulier, ses promesses en matière d'éducation. C'est ainsi qu'il écrit, en décembre 1982,

    «Dans le domaine de la laïcité de l'État, notion inscrite dans la Constitution de la République, nous exprimons fermement le désir de voir prendre rapidement les mesures destinées à la construction d'un grand service unifié et laique d'éducation, par l'intégration des établissements scolaires qui ne pourraient continuer à bénéficier de l'aide de l'Etat qu 'en perdant leurs caractères propres».


    Il poursuit,


    «Les propositions du gouvernement pour l'ouverture des négociations que vient de présenter le ministre de l'Éducation nationale ne sont pas de nature à nous rassurer sur cet aspect. Nous nous sommes inquiétés, au surplus, de l'entorse faite au principe de laïcité de l'Etat par la présence officielle de deux ministres de la République au siège de la catholicité, à Rome, pour assister à des cérémonies qui tiennent du caractère spirituel de l'Etat du Vatican, caractère exclu du champ des relations inter-états».


    Le ton était donné. François Mitterrand ne peut accepter ce qu'il considère au mieux comme une injonction, mais plus probablement comme un incongru rappel à l'ordre du Grand Orient de France. Les relations entre l'Élysée et la Rue-Cadet vont en être affectées pendant toute la période où Paul Gourdot présidera aux destinées du GODF, jusqu'en septembre 1985. De ces relations contrariées entre le Château et la Rue Cadet naît, en tout cas, le malentendu qui va s'installer entre certains maçons d'un côté, François Mitterrand et le gouvernement Mauroy de l'autre.

    Quelles sont les forces en présence dans cette guerre scolaire qui bientôt va s'ouvrir ? A la tête des défenseurs de l'enseignement privé, le chanoine Paul Guiberteau, secrétaire général de l'Enseignement catholique. Le camp laïc, lui, est animé par les enseignants et leurs organisations syndicales, toutes fédérées (à l'exception du Sgen-CFDT) sous la bannière du Cnal (Comite national d'Action laïque) auquel le Grand Orient est très lié.


    Les trois franc-maçons

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    28 octobre 1981, réunion du comité directeur du PS. Parmi eux, trois francs-maçons, Pierre Joxe, Jean Poperen et Andre Laignel.


    Les négociations durent dix-huit mois pour aboutir au projet de loi que présente Alain Savary à l'Assemblée nationale du 21 au 24 mai 1984. Selon le ministre de l'Education, le projet «mettait en place les outils d'un rapprochement progressif et programmé de l'enseignement privé sous contrat vers un service public rénové». C'est à propos de ce «processus de fonctionnarisation des enseignants qui mettrait en péril l'identité de l'école catholique» que pouvait alors se développer un conflit avec les partisans du père Guiberteau. Or, ce sont les «bouffeurs de curé» qui montent en ligne pour manifester leur violente opposition à un projet de loi soudain jugé trop timide.

    Andre Laignel, qui par le hasard de la cooptation appartient pourtant à la GLF, apparaît comme l'un des plus farouches et virulents ennemis du texte gouvernemental. De fait, le député-maire d'Issoudun trouve de solides appuis à l'Assemblee nationale. Il y est soutenu notamment par son frère du GO Pierre Joxe qui, au risque de paraître simpliste, a fait sien le slogan,


    «A école publique fonds publics, à école privée fonds privés»

    .

    Joxe et Laignel peuvent compter sur l'énergique soutien du futur maçon Jean Poperen et du premier secrétaire du Parti socialiste de l'époque, Lionel Jospin. C'est dire combien Alain Savary se sent isolé. Pendant toute la durée des négociations, ces hommes font le siège de l'Elysée, harcelent l'Hôtel Matignon et le ministère de l'Éducation nationale dans le but d'obtenir un durcissement du projet. Quand Alain Savary défend son texte devant le Parlement, ils donnent toute leur mesure. Alors que le ministre de l'Éducation nationale croit faire un pas vers la laïcité, André Laignel lui retire ses illusions, s'enflammant, «Nous ne pouvons imaginer que votre gouvernement choisisse de sacrifier ceux pour qui, comme l'avait écrit le président de la République François Mitterrand,

    «le choix de laïcité participe depuis l'origine des temps à tout ce qui fut le combat des hommes pour la liberté».

    Le divorce est brutal. L'incompréhension totale. Pendant toutes les négociations, Pierre Mauroy a suivi le projet de loin. Mais il apporte à plusieurs reprises son soutien à son ministre de l'Éducation nationale. Il va jusqu'à qualifier Pierre Joxe et Jean Poperen de «laïcs du passé». II n'en est pas moins contraint, sous la pression du parti, de lâcher Alain Savary. Après une énième motion de censure déposée par l'opposition, le projet de loi revu et corrigé par Laignel, Poperen, Joxe, Jospin leurs amis est donc adopté à l'Assemblée nationale.

    Les défenseurs de l'enseignement privé organisent alors une formidable mobilisation de leurs troupes. Le succès est phénoménal, le 24 juin 1984, près d'un million et demi de personnes envahissent la capitale. Parmi les manifestants, beaucoup de parents d'élèves et d'enseignants, beaucoup d'hommes politiques, en effet. Mais aussi un certain nombre de francs-maçons. Pour la première fois, c'est toute l'extravagante diversité de la franc-maçonnerie Française qui se retrouve mise à nu au détour de l'aventure de la loi Savary.

    Michel Sy, membre du GODF, président de la fraternelle des hauts fonctionnaires et proche de Jacques Chirac, participe par exemple à la manifestation du 24 juin. De même Didier Bariani, député, maire du 20e arrondissement de Paris, radical valoisien et membre de la GLNF. De même encore, chez lui à Nancy, André Rossinot, membre du GO, que l'on remarque à la tête du cortège des partisans de l'enseignement libre. Que cette diversité se manifeste à l'occasion d'un débat autour de la question scolaire eut été impensable sous la IIIème République , la franc-maçonnerie était alors infiniment plus homogène. Qu'en conclure ? Que l'engagement politique prime désormais sur l'engagement maçonnique.

    Quelques jours plus tard, le 12 juillet 1984, François Mitterrand décide ex abrupto de suspendre la loi, autant dire de l'enterrer. Bottant en touche, il a choisi de s'en remettre aux Français en leur proposant d'organiser un référendum sur l'organisation des référendums ! Quelles raisons ont-elles bien pu pousser le président à prendre cette décision si brutale, à jeter si tôt l'éponge, renonçant du même coup à un combat cher entre tous au «peuple de gauche», et pas seulement aux francs-maçons ?

    L'ancien élève de Saint-Paul d'Angoulême et des maristes eut sans doute la conscience déchirée. Peut-être écoutait-il sa sœur, Geneviève Delachenal, chargée des relations extérieures au groupe catholique Bayard-Presse. Reste l'interprétation d'Henri Caillavet,

    «Il ne pouvait pas s'engager sur la laïcité comme aurait dû le faire un chef socialiste, cela n'a jamais été un débat opportun pour sa carrière et donc jamais un grand dessein pour lui. Il a préféré s'évader et débattre de l'Europe.

    Victimes de leur propre intolérance, les «bouffeurs de curé» ont échoué».


    Dans nombres de loges, on en conçut de l'amertume.


    La suite au dossier 21.

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