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Les 10 années de l'euro,

que n'ont-elles apportées ?

Support Wikipedia En tant que moyen de paiement des difficultés, sa valeur est trop élevée, et les pièces de un centime d'euro et de deux centimes sont trop petites, les personnes âgées ne les distinguent pas. En outre, on confond souvent les 20 centimes d'euro avec la pièce de un euro, elles ont presque le même diamètre. L'euro en tant que tel, n'est donc pas un succès. Mais le plus grave c'est ce que nos dirigeants en ont fait, en acceptant tout pays pour le seul commerce sans regard pour les peuples pour une Union Européenne à 27, une faute impardonnable. Il fut le créateur de l'Europe monétaire, pour faciliter les échanges, les voyages inter communautaires, favoriser le mélange des genres, harmoniser les politiques, nos manières de vivre, développer la croissance, être le rempart au dollar, nous placer au premier rang mondial, enfin beaucoup de perspectives encourageantes, il n'est pas un exemple de réussite, puisque d'aucuns n'hésitent pas à entrevoir un éclatement de cette Union monétaire qui leur coûte, plutôt qu'elle ne leur apporte. Il a soulevé un grand espoir, enfin nous allions nous entendre, finies les guerres, vives les relations entre nous Européens, pas besoin de change, ni ni, il y a quand même des taxes bancaires, les échanges ne sont pas pour autant simplifiés. De déceptions en déceptions, personne ne pensaient à cette époque aux délocalisations qui ruinent notre économie, aux difficultés de contrôle de l'espace Schengen, à l’afflux massif d’émigrés et aux difficultés de nos pays qui se sont lancés dans l'aventure sans vue croyant au père Noël. Mais de plus, il a favorisé la mondialisation de notre économie, la finance s'est de suite mise à l’œuvre pour prendre le contrôle de nos moyens d'existence. L'Euro n'est vraiment pas une réussite, mais le pire c'est que nous allons y perdre notre souveraineté.

Il fut créé en 1999, et au journal de 20 heures Claude Sérillon interrogeait Jacques Delors, ancien président de la commission Européenne, «les financiers sont contents, les hommes politiques pro-européens aussi, mais vous hommes de gauche, ça ne vous gène pas que ce soit l'Europe de l'argent que l'on fête aujourd'hui ?» Delors répondit, «la monnaie unique c'est plus de liberté pour la France, plus de marge de manœuvre en matière monétaire à condition que l'Union monétaire réussisse», du Monde diplo par Antoine Schwartz. Jean-Claude Trichet alors gouverneur de la banque de France «évoqua une joie non dissimulée en voyant ce qui se tramait à ce moment là». C'était vraiment une duperie de croire qu'il pouvait être un bienfait. Il est bien évident au terme de ces dix années écoulées, que ce sont, plus  les puissances de l'argent qui ont été les bénéficiaires de cette Union monétaire, que les peuples qui eux souffrent.

Que dit Jacques Delors le père de l'Europe, l'un de ceux qui ont été pour la monnaie unique, «l'Europe est au bord du gouffre», Le Figaro.fr du 18/08/11.

L'Europe voyons ce n'est pas moi !
Dénonçant l'attitude de l'Allemagne, document Le Figaro.fr

Delors est partisan des euro-obligations tout comme François Hollande qui sont refusés par l'Allemagne et la France, les euro-obligations consistent à une mutualisation des dettes c'est à dire en instituant un taux d'emprunt égal pour tous. Évidement les pays les moins endettés qui ont des taux bas, ne veulent pas être pénalisés par ceux qui n'ont pas su maintenir leur économie et faire les réformes qui appauvrissaient encore plus leurs concitoyens. Alors on instaure cette fameuse règle d'or d'équilibre budgétaire qui n'est d'ailleurs pas la même pour tous les États membres qui l'ont instituée verrouillant ainsi sous la conduite des États du nord Allemagne, Autriche, Finlande, Pays-Bas, ceux du Sud Portugal, Espagne, Grèce, Italie. C'est l'Europe de la schlague, plutôt que celle de la fraternité. En fait tous ces dirigeants ne savent comment faire, soit c'est une coopération renforcée comme Delors le préconise soit, c'est l'intégration c'est çà dire une perte encore plus importante de souveraineté, car une coopération renforcée ne dit pas ce qu'elle représente. C'est également la politique du Merkozy ou le sommet à 27 du 09 décembre 2011 a montré une fois de plus que la démocratie des peuples n'est pas le souci des responsables Européens, voir L'Europe se rétrécie.

Mais aucun d'eux ne conçoit qu'un pays puisse sortir de ce carcan mal ficelé. On se heurte donc à quelque chose d'impossible, l'abandon souverain des États pour sauver l'euro, ce qui était loin d'être envisagé il y a 10 années, sans une intégration plus engagée elle est condamnée à l'éclatement. La Grande Bretagne dont l'économie est très influencée par la zone euro, s'y prépare activement.

En fait Mitterrand, Delors, Kohl, les fondateurs du traité de Maastricht ne se sont pas souciés des divergences économiques des États que cette monnaie unique avait implicitement comme absurdité en les engageants dans une même politique qu'ils ne pouvaient tenir, d’où,  leur cycle infernal d'endettement. Il faut se rappeler que nombre de pays tels que le Portugal, l'Espagne, la Grèce, l'Italie, l'Irlande avaient une monnaie dévaluée par rapport au Deutsche Mark et même par rapport au Franc. Si leur monnaie avait une parité inférieure c'est qu'il y avait des raisons, et ce n'est pas par ce que la monnaie unique s'instaurait qu'elles disparaitraient. Ils sont donc aussi responsables de la situation actuelle, même s'ils n'ont forcés aucun État à y souscrire. La dessus, si vous ajoutez le second traité de Lisbonne qui instaure une banque Européenne la BCE totalement indépendante des pouvoirs politiques, par son l'article 123 reprenant l'article 25 de la loi de N° 73-7 du 03 janvier 1973 sur la Banque de France qui interdit d'emprunter aux banques centrales faisant la richesse des banques privées, vous avez le malheur de la zone euro, voir, Ou est la gauche à l'heure de la tourmente économique. Comme l'écrit Bernard Cassen professeur émérite à l'université Paris-VII et secrétaire général de Mémoires des luttes dans le Monde diplo, «la cause de la dette souveraine, dont la cause profonde est la transformation de la dette privée en particulier celle des banques en dette publique à la charge des contribuables, a offert des possibilités illimités de spéculation et de gains à l'oligarchie de la finance».

Les dettes souveraines se sont donc envolées au profit des banques qui bien que coupables s'en mettent plein les poches. Donc l'euro n'est pas pour tous un mauvais machin, ces banques, qui par leurs agences de notation, que l'on connait, nous notent au mieux pour leurs profits.

17 pays utilisent cette monnaie sauf le Royaume-Uni et le Danemark, et on pourrait presque se demander s'ils se sentent mieux que nous ? Pour la Grande Bretagne ce n'est pas mieux, voire pire que nous, quand au Danemark, petit pays, 5,5 millions d'habitants aux cultures différentes s'en sort mieux que nous, mais rien n'est comparable. Le premier janvier il prend la présidence de l'Union Européenne et il a la prétention, c'est un gouvernement de centre gauche social démocrate dont le premier ministre est Helle Thorning-Schmidt, d'être le secours de la zone euro tout en n'y étant pas, par le lien qu'il pourrait constituer. Pour l'histoire, le Danemark a rejeté le traité de Maastricht, mais en 1993 a signé un traité allégé posant quatre réserves qui excluent sa participation dans des domaines clés tels que la défense ou la monnaie unique, c'est dire sa confiance en cette zone euro. En fait les peuples du Nord n'ont rien à voir avec ceux du Sud.

Outre le fait que la mise en service de l'euro, provoquant une augmentation du coût des produits, la conversion abracadabrantesque de 6, 55957 de notre Franc en Euros, contribua à des arrondissements plus au centime supérieur qu'inférieur, voire largement au décime, un coup de pouce et hop! Notre porte-monnaie en souffrit. 86 % des Français pensent que c'est vrai. l'INSEE dit oui et non, ce sentiment que ces Français ressentent ne serait pas dû au changement des Francs en Euros, mais à la grande distribution qui aurait augmenté ses prix quelques mois avant son passage. En d'autres termes, si les prix n'ont pas ou très peu augmentés à son passage effectif, ils l'ont été par anticipation ce qui revient au même. Le graphique de la perte du pouvoir d'achat d'après Le Monde.fr

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Quel avenir pour la zone euro.

Tout d'abord il faut attendre le résultat de l'élection présidentielle d'avril 2012. Nous sommes un partenaire incontournable et si François Hollande parvient à l’Élysée, il est probable que le traité concocté par la chancelière Angela Merkel et Sarkozy le 09 décembre 2011 soit remis en question par l'exigence des euro-obligations de François Hollande. François Hollande fraîchement élu aura-t-il le poids pour faire infléchir la chancelière qui rencontrait avec Sarkozy un appui favorable au refus des euro-obligations. Cela s'expliquait par le fait que nos taux d'emprunts sont faibles, mais, eu égard, à nos conditions économiques, notre chômage ne nous donne pas de marge pour une croissance positive, il est probable comme beaucoup le clament que notre cotation triple A sera abaissée. La conséquence portera sur la hausse de notre taux d'emprunt, faisant revoir cet aspect des euro-obligations. En outre, un préaccord sur le projet de nouveau traité a été approuvé seulement par 23 pays de la zone, la Hongrie, la République Tchèque, et la Suède devront attendre la décision de leurs concitoyens. La Grande Bretagne ayant décidé de ne pas s'engager. Si le projet du nouveau traité prend jour, il faudra l'accord des parlements ou pour certains le recours au référendum obligatoire en Irlande, il faut donc être téméraire pour avancer un pronostic sur l'avenir de l'euro. Il est fort probable dans ce schéma que deux Europes se forme. L'Europe des États du Nord qui deviendrait la zone euro autour de l'Allemagne, et celle des États du Sud qui ne pourront suivre dont on ne sait dans quelle condition pourrait se faire leur sortie de la zone actuelle. L'éclatement de la zone euro paraît inévitable au moins en deux morceaux. Il fait parti de scénarios puisque des grandes entreprises, mais également la finance et les États en regardent les conséquences. Certains banques centrales on commencées a établir des plans d'urgence pour supporter le choc de leur pays à sa sortie de la zone. C'est dire l'incertitude actuelle sur l'avenir de la zone euro.

Les perspectives ne peuvent être que mauvaises, trop de fautes ont été faites pour le seul profit de l'argent, mais cela ne nous empêche pas en cette nouvelle année 2012 d'espérer un mieux, lorsque que l'on est en bas, on ne peut que se relever, bonne année à tous.

Commentaires

  • Face à la crise de l’Euro, les élections françaises auront une portée européenne.
    Et devront corriger les erreurs de Maastricht et Lisbonne pour relancer l’Europe
    Les élections présidentielles françaises seront – plus que jamais – des élections européennes. Elles seront la seule chance de placer, dans les six mois à venir, au centre des mécanismes de décision européens, quelqu’un qui soit en position de faire retourner l’espoir et la confiance aux européens.
    Nous avons besoin de quelqu’un qui ne porte ni le fardeau de la responsabilité d’une gestion désastreuse de la crise économique – comme le présent titulaire – ni la responsabilité de vouloir en profiter pour détruire les valeurs auxquelles nous sommes attachées – comme Mme Le Pen.
    En bref, quelqu’un qui aura la possibilité de changer le cap d’un continent autrement à la dérive.
    C’est pour quoi j’ai jugé utile de joindre quelques réflexions sur le présent débat européen dans le contexte de la prochaine élection française.
    1. Refondation de Bretton Woods
    Mme Lagarde, désormais la directrice du FMI l’a dit vers la fin de 2011: nous sommes confrontés à un scénario semblable à celui des années trente. Et si ce n’est pas la première fois que ceci est dit depuis le déclenchement de la crise globale en 2008, il faut souligner que c’est pourtant la première fois que ce constat est fait par quelqu’un à un niveau si élevé de responsabilité.
    En effet, cette évidence ne le fut pas depuis longtemps, et fut loin d’être partagée par tous. Ceci s’explique par deux raisons croisées, d’abord par la mauvaise connaissance de l’histoire des années trente et par ailleurs par l’incapacité à distinguer l’essentiel du secondaire.
    Considérons donc l’histoire. Nous avons connu une crise globale au cours des années trente, et cela parce que la globalisation était déjà bien réelle à cette époque, (contrairement à ce qu’on répète, à tort, dans l’opinion publique française). En effet, la dérégulation des marchés financiers était déjà à la mode et aucun pouvoir de portée mondiale n’était en mesure d’assurer l’application d’un cadre règlementaire adapté à la dimension globale des défis.
    La crise des années trente a conduit à la débâcle du système mondial moderne et nous a fourni un véritable laboratoire d’expériences de politiques socio-économiques avec des réponses de portée différente, comme le socialisme démocratique scandinave, le « new deal » américain ou voire même le front de gauche en France d’un côté et le nationalisme extrême en Allemagne et en Russie ou encore les nationalismes plus modérés comme ceux de l’Italie ou le Portugal.
    Or, la réalité c’est qu’aucune de ces expériences n’a fait la preuve de son caractère soutenable dans son isolement international, certes par manque de temps, mais surtout, comme l’évidence empirique le montre, que ce soit pour le cas de l’expérience américaine ou de l’expérience allemande, parce qu’elles auraient échoué sans l’événement majeur que fut la guerre.
    Pour ce qui est de comprendre l’essentiel, malheureusement, l’histoire a surtout retenu le secondaire, c'est-à-dire, la controverse entre les partisans de l’imposition d’une orthodoxie monétaire et budgétaire et les partisans d’une politique volontariste anticyclique.
    L’histoire a retenu l’allocution de John Maynard Keynes qui, au sommet de la crise et alors qu’un solide consensus national britannique (les travaillistes inclus) était bâti autour du besoin d’austérité, a fait un éclat aux microphones de la BBC en proposant une politique de travaux publics, mais elle n’a pas gardé la leçon la plus importante ; que les politiques nationales n’avaient en elles-mêmes la capacité de dépasser la crise que sur le court terme, leçon que, d’ailleurs on était forcé de réapprendre en 2009.
    La leçon majeure de la catastrophe des années trente est bien que, si on veut sortir durablement de la crise en faisant l’économie de guerres ou autres confrontations, il est nécessaire de trouver un accord sur un système de régulation économique international qui permette de refaire les équilibres perdus au long de décennies.
    Pour ce faire, le plus indiqué est de revenir aux propositions de Keynes à Bretton Woods en 1944. L’histoire a bien retenu le Bancor comme nouvelle monnaie mondiale, mais techniquement on peut dire qu’une monnaie mondiale existe bien depuis que le FMI a créé les droits de tirage spéciaux en 1969. L’histoire a bien retenu aussi le système international de paiements permettant de faire face aux déséquilibres du court terme, et cette fonction, plus ou moins bien menée est aussi la tâche du FMI. Ce que le système créé à cette époque n’a pas su faire, c’est la régulation des déséquilibres structurels comme ceux qui se sont creusés depuis 1945 et qui ont pris une dimension ingérable dernièrement.
    Il s’agirait de revoir les dogmes du libéralisme économique orthodoxe qui ont permis la montée au rang de première puissance mondiale de l’ensemble des soient-disant paradis fiscaux ; qui ont permis le gonflement des boules spéculatives par une déréglementation sauvage des marchés de capitaux ; qui ont béni le commerce libre unilatéral encensé par les mécanismes de l’OMC, les trois grandes maladies du système qui ont explosé durant les dernières trois décennies.
    Faire face à ces trois maladies, il ne faut nullement dire qu’on est contre la globalisation, bien au contraire. Tout simplement, il faut comprendre qu’à une globalisation poussée, il faut fournir un cadre règlementaire plus complet, plus étendu et plus performant.
    Comment seraient définies ces nouvelles règles ? Comment surveiller et quel rôle pour les taux de change ? Quel muscle donner à ce FMI renforcé et transformé en guérisseur des maladies dont il assure à présent la prolifération? Comment faire face aux méfiances tous azimuts ?
    Voilà des questions, entre beaucoup d’autres auxquelles il ne sera pas facile de répondre. Pourtant, il y a deux choses qui me paraissent claires :
    (1) Tant que la crise s’étend et contamine le monde entier, tous les partenaires devraient comprendre que leur propre intérêt est de trouver des solutions hors du cadre présent;
    (2) Tant qu’un pays comme la France, qui occupe maintenant la direction du FMI, sera prête à mettre en marche une refondation d’un système plus en phase avec le pouvoir relatif des partenaires économiques mondiaux (dont elle sortira stricto sensu naturellement perdante), alors une telle procédure aura plus de possibilités de succès.
    S’il est vrai que M. Sarkozy a transmis au monde une image peu sérieuse de la France, toutes ses promesses et objectifs maximalistes n’existant seulement que le temps nécessaire pour une bonne couverture de presse, il n’est pas moins vrai qu’un nombre appréciable de bonnes idées et objectifs étaient déjà effleurés ces dernières années par la France sur la scène internationale et qu’il faut savoir mettre ce capital en valeur.
    La refondation des institutions de Bretton Woods devrait aller de pair avec un coup de pouce pour l’OMC. Là, le fondamental, est d’assurer que la souhaitable multiplication des échanges ne peut pas se faire d’une façon unilatérale, sans assurer des mécanismes pour l’équilibre économique et financier. Il me paraîtrait souhaitable, aussi, de lier ces négociations de commerce pas seulement au développement des pays moins développés, mais aussi aux négociations environnementales, telles que celles en rapport au contrôle des émissions des gaz à effet de serre.
    2. Pour un Bretton Woods Européen
    J’ai commencé mes remarques au niveau mondial plutôt qu’au niveau européen, exactement parce que je crois que les problèmes européens ne sont pas de nature différente de ceux qui se posent au niveau mondial.
    La seule voie possible pour éviter l’éclatement de l’Europe est de remettre le débat sur des principes sains et réalistes. D’abord il faut comprendre que la crise économique au sein de la zone de l’Euro est due pour sa plus grand part aux mêmes facteurs en vigueur dans le reste du monde. Le Royaume Uni en est, à ce propos, la meilleure preuve.
    Cela vaut dire qu’on ne doit pas atteindre de l’Euro plus qu’il pourra nous on donner.
    Deuxièmement, en ce qui concerne les facteurs liés spécifiquement à l’Euro, le problème majeur est un problème de déséquilibre relatif de ses comptes extérieurs, c’est-à-dire, un problème de déséquilibre entre la compétitivité de ses divers membres.
    La fluctuation du taux d’échange est l’instrument traditionnel pour retrouver des équilibres des comptes extérieurs, principe relevant plus du bon sens que de la théorie économique, et toute la question à laquelle le Traité de Maastricht était censé savoir répondre est comment faire pour remplacer cet instrument traditionnel.
    Le Traité de Maastricht a répondu à la question par un dogme idéologique, à savoir, que si on part d’une situation monétairement stable sur le court terme (critères de stabilité de l’inflation, du taux d’intérêt et du taux de change sur trois années) on peut s’assurer de la stabilité de la monnaie en faisant seulement attention à l’équilibre des comptes publics tout en ignorant les comptes extérieurs, c’est-à-dire, en imposant des limites à la dette publique mais en ignorant la dette externe.
    En d’autres mots, le Traité de Maastricht a cru souhaitable de remplacer un principe relevant tant du bon sens que de la théorie économique – tous les manuels d’économie internationale commencent par l’énoncer – par un dogme ultralibéral de foi dans la vertu du marché.
    La crise a fait voler en éclats cette présomption, et a mis à nu le caractère de dogmatique idéologique sans appui sur les faits de la construction de Maastricht. Cependant, la généralité des décideurs politiques a souffert d’une sorte d’aveuglement collectif et refuse de voir l’évidence.
    Dans la mesure où les comptes publics dans les sociétés modernes représentent aux alentours de la moitié de l’activité économique, et que le secteur public n’est pas immunisé contre les mésaventures du secteur privé ou – en autre – que le secteur privé n’est pas immunisé contre les mésaventures du secteur public, les crises des comptes extérieurs se font sentir dans les comptes publics et vice versa.
    Cela étant, il n’y a aucune raison de principe pour penser que les crises des comptes extérieurs soient dues à des phénomènes issus du domaine public, et l’histoire européenne récente l’a prouvé abondamment en démontrant par les faits, l’erreur de Maastricht.
    Et pourtant, devant l’éclatante faillite des dogmes de Maastricht, reconnue par la majorité de l’opinion publique économique, même la plus libérale, les dirigeants européens proposent un Maastricht encore plus dogmatique, encore plus bureaucratique, encore plus éloigné de la réalité.
    On a rarement vu un aveuglement si grave et si étendu sur le territoire européen.
    Qu’une pareille sottise ait pu gagner la quasi totale unanimité (à une seule dissonance près mais pour des raisons autres que ce qui était en discussion) de l’organisme censé représenter les européens vient ajouter à la faillite du Traité de Maastricht la démonstration du fiasco du Traité Européen de Lisbonne pour ce qui concerne la soit disant gouvernance européenne.
    En réalité, la construction de l’Euro a obéi à un libéralisme économique idéologique plus marqué que la construction de Bretton Woods ou même le système de commerce international.
    Pour cacher cette réalité, une première ligne d’argument est de dire que le problème est le problème de l’absence d’Europe politique. Bien sûr que la question de « l’Europe politique » était déjà à ce temps-là comme aujourd’hui au centre du débat. Évidemment que si l’Europe était une union politique si solide comme le sont les Etats Unis la question de la solidité interne de l’Euro ne se poserait pas, et dire qu’il faudrait une Europe politique pour faire l’Euro était comme il est toujours une vérité de Monsieur de La Palice.
    Le problème fut toujours celui de savoir comment maintenir la stabilité d’une union monétaire d’un ensemble de pays à forte intégration au niveau des échanges économiques, mais à faible intégration fiscale et encore plus faible intégration budgétaire et politique.
    Bien sûr que tout ce qu’on peut faire pour une plus grande intégration politique de l’Europe est favorable à la survie de l’Euro, et ceci est notamment le cas du niveau budgétaire, mais il est absolument impensable de changer de façon substantielle le niveau d’intégration budgétaire européenne dans la très courte période de temps que nous avons pour sauver l’Euro du désastre.
    Parler de l’Europe politique dans ce contexte comme solution, en refusant de constater la faillite de Maastricht, est rien d’autre qu’une formule de style pour justifier l’inaction.
    L’Europe est maintenant forcée à choisir entre ceux qui veulent carrément son éclatement, comme le Front National, et ceux, tels que le couple déjà connu comme «Merkozy», qui veulent assujettir les européens à une politique si désastreuse qu’ils pousseront les européens à se livrer dans les mains de n’importe qui leur promettant la fin du cauchemar.
    L’Euro embrasse des économies à comportement tout à fait divergent, qui vont de l’Allemagne – qui enregistre le plus grand excédent commercial du monde – à des pays qui sont plutôt dans la situation inverse, comme la Grèce ou le Portugal.
    Cette situation, qui s’est prolongée et accentuée pendant plus d’une décennie – l’Europe, distraite par les critères de Maastricht et par son obsession des réformes de traités, n’a nullement regardé ce qui avait besoin d’être suivi – a creusé des écarts de compétitivité qui seront maintenant très coûteux à dépasser.
    Mais il vaut mieux tard que jamais, et le plus dramatique est exactement que nous ne sommes pas encore sur le point de comprendre qu’on est en train d’accentuer les facteurs qui ont causé la crise de l’euro à l’origine, c’est-à-dire, le renforcement de la logique de Maastricht.
    Le plus grand problème politique pour la France – un pays qui n’a jamais été soumis aux critères du FMI et n’est jamais passé par des thérapeutiques déflationnistes de choc – c’est de faire comprendre la dureté des mesures nécessaires au rétablissement de la compétitivité, et la meilleure façon de le faire c’est d’expliquer que la destruction de l’Euro et la conséquente dévaluation d’un nouveau franc français – comme le propose le Front National – signifierait une chute immédiate et douloureuse des revenus réels des couches les plus défavorisées de la société française, et que c’est bien là le pire qu’on puisse imaginer.
    En outre, contrairement à ce que Madame Lagarde a déclaré en tant que Ministre des Finances de la France, on ne peut pas exiger moins de compétitivité des pays les plus performants de l’Europe. Mais on peut et on doit leur suggérer des politiques publiques qui stimulent la demande, exactement le contraire de ce qui est préconisé par Maastricht.
    Prôner l’austérité publique comme solution pour des crises issues de la dérégulation et des conséquences de l’explosion de bulles spéculatives comme on l`a fait pour l’Espagne ou le l’Irlande, c’est confondre la cause avec la conséquence et rendre plus coûteuse la solution; prôner l’austérité publique pour les pays comme l’Allemagne c’est simplement le contraire de ce dont l’Europe a besoin et rend impossible de trouver solutions à la crise.
    Bien sûr qu’il nous faudra aussi d’autres éléments dans un paquet alternatif, comme le renforcement de la politique de cohésion, mais on aurait tort de croire qu’elle pourrait avoir le rôle décisif dans la résolution des problèmes et l’amoindrissement des écarts.
    La politique de cohésion européenne représente une moindre partie du budget européen, qui est déjà assez peu important dans le contexte économique général. Penser qu’il pourrait devenir déterminant dans un nouveau fédéralisme budgétaire ne fait aucun sens, et sert surtout à couvrir la logique perverse de Maastricht d’une dictature bureaucratique budgétaire européenne sur les finances publiques des Etats membres et des collectivités publiques régionaux ou locaux.
    Cette dictature est nuisible pour trois raisons cumulées :
    (1) L’austérité publique est nécessaire seulement dans quelques cas mais est nuisible dans d’autres cas;
    (2) L’austérité publique ne peut pas se faire par des formules uniques réglementées par des traités internationaux – telles que l‘ancienne mythologie des 3% ou la nouvelle mythologie de la règle d’or – et indépendamment de politiques structurelles ;
    (3) L’austérité publique doit se faire dans un cadre démocratique et pas par imposition impériale.
    L’équilibre économique d’une zone monétaire comprenant déjà dix-sept pays, avec des degrés assez divers de compétitivité et avec une très faible intégration budgétaire est une tâche assez complexe. Les exemples de tentatives échouées d’intégration monétaire sont multiples et invitent à la plus grande prudence. Cela étant, l’Euro existe et il mérite un très gros effort politique basé sur la réalité.
    La question centrale de la politique économique de l’Euro est de faire – pas forcément de l’équilibre – mais de la durabilité à terme des comptes extérieurs de chaque Etat Membre, l’objectif le plus important pour le maintien de l’Euro.
    Le faire, bien entendu, sans recourir à des fluctuations des taux de change, exigera un très grand effort de coopération de politique économique, souvent avec des prescriptions divergentes. Par exemple, en même temps que l’épargne doit être promue par tous les moyens dans les pays comme le Portugal, l’Espagne, la Grèce ou l’Irlande, dans d’autres pays, comme l’Allemagne, les Pays Bas ou l’Autriche, c’est la dépense qui doit être encouragée, tandis que le mélange de politiques devra être plus nuancé un peu partout ailleurs.
    Ceci, ne peut pas se résoudre par traité. Il faut octroyer des pouvoirs aux institutions européennes et les laisser gérer ou influencer fortement de façon souple la politique économique de l’Europe et des Etats Membres.
    Et bien sûr, rien de ceci ne sera possible sans un contrôle démocratique des institutions européennes.
    Le maintien de l’Euro a donc besoin aussi d’une autre intégration politique, ce qu’on a convenu d’appeler une gouvernance économique européenne.
    Pour que cela soit possible, je crois qu’on aura besoin de moins et pas de plus d’institutions, et ceci même sur le plan économique et monétaire. On a eu tort de multiplier les institutions de régulation bancaire au niveau européen. La question est surtout savoir si on devrait maintenir seulement une institution (Banque Centrale Européenne) ou ajouter une autre – le Fonds Monétaire Européen (FME) – pour régler à la fois la politique monétaire et le possible sauvetage et donc le contrôle d’Etats en difficulté sur leurs comptes extérieurs.
    Le modèle actuel qui empêche l’appui de la BCE aux Etats mais pas aux banques est un modèle qui induit des effets pervers.
    En outre, si on permet à la BCE de servir de mécanisme d’appui en dernière instance aux Etats, il serait nécessaire de donner à la BCE la possibilité de mettre en marche des politiques différentes d’Etat à Etat ce qui n’est pas évident.
    En plus, la BCE et les banquiers en général sont à l’origine de la vision erronée de Maastricht et il semble difficile que cette communauté fermée soit en mesure d’embrasser des visions plus ouvertes et plus assises sur l’intérêt général.
    En tous cas, si en opte par un modèle de deux ou d’un seul organisme de gestion monétaire, le fondamental c’est d’être précis sur les objectifs et sur les responsabilités, et surtout ne mettre pas au cœur de la construction constitutionnelle européenne des instruments d’application circonstancielle.
    Le futur traité réformateur doit conduire à une démocratisation de la gouvernance européenne qui permettra, à son tour, l’instauration de la gouvernance européenne démocratiquement souhaité.
    Pour ceci, le fondamental n’est pas dans les textes des traités, mais dans les institutions politiques européennes ; il ne peut pas y avoir de démocratie en Europe sans des partis politiques véritablement européens, et c’est cela la raison de l’échec du Traité de Lisbonne. Plus tôt on le comprendra, plus tôt on pourra agir.
    En bref, pour ce qui est de la gouvernance européenne, il ne faut pas non plus de nouvelles institutions, il faut surtout des nouveaux principes économiques, basés sur le bon sens et nullement idéologiques comme ceux de Maastricht, et un mandat démocratique pour les faire appliquer.
    Bruxelles, 1 Janvier 2012.
    (Paulo Casaca)

  • Bonjour monsieur,

    Votre exposé bien plus qu'un commentaire montre votre connaissance du sujet. Mais, il déroute le lecteur de l'essentiel, c'est ce que j'ai ressenti en le lisant plusieurs fois.
    Je n'y ai pas trouvé une opinion bien arrêtée outre sur l'échec des traités de Maastricht et de Lisbonne échec que j'approuve.
    Cela étant, que faut-il faire ?
    C'est toute la question ?
    Que les élections Françaises aient une forte incidence sur l'U.E sans aucun doute, mais peuvent-elles y modifier quelque chose ?
    Actuellement les deux possibles sont Sarkozy et Hollande. Avec Sarkozy on sait a peu près sa politique qui s'oriente vers une intégration plus poussée, par un traité corrigeant celui de Lisbonne pour plus de pouvoirs de surveillance et de sanctions aux pays qui n'auraient pas une gestion adaptée au traité de Maastricht. Avec Hollande seulement une mutualisation des dettes par une modification des traités de Maastricht et de Lisbonne, mais pas d'intégration plus poussée. Dans le premier cas c'est une perte de souveraineté, dans le second cas on ne sait pas ce que c'est.
    Ce qui est paradoxal, c'est que le problème cause de toutes les difficultés, ne sera pas abordé. C'est celui des banques centrales qui ne peuvent financer que des banques privées, ce qui fait leur richesse, cela tient à l'article 123 du traité de Lisbonne reprenant l'article 25 de la loi de N° 73-7 du 03 janvier 1973 sur la Banque de France qui interdit d'emprunter aux banques centrales, mais également à la BCE.
    Si cette condition pouvait se concevoir afin d'éviter de battre monnaie, elle n'a plus de raison d'exister. Ne vaut-il pas mieux emprunter à sa propre banque lorsque l'on gère mal ses finances qu'à une banque Européenne ? Cela donnerait plus de souplesse et conditionnerait un euro de parité différente en fonction des pays qui auraient des difficultés.
    Nous aurions une monnaie commune mais adaptée aux possibilités économiques des pays.

  • Bonjour,
    D’abord deux informations, je suis un citoyen européen (pas français), résidant hors la France et ma maîtrise de la langue française est loin de parfaite. Deuxièmement, je vous remercie de l’attention prêtée à mes réflexions. Troisièmement permettez-moi de vous présenter quelques commentaires de façon schématique.
    1. Je suis tout à fait en désaccord avec votre appréciation de la position de Monsieur Sarkozy face à l’Euro. En effet, je ne crois pas qu’on puisse parler d’une position de Monsieur Sarkozy puisqu’ il a eu et il aura autant de positions que son instinct politique du moment lui dira d‘avoir.
    Je tiens à vous rappeler que Monsieur Sarkozy a commencé la Présidence de la France presque simultanément avec la Présidence de l’Union Européenne en 2007 se présentant à l’ECOFIN (jusqu’à ce jour le « club » presque fermé des Ministres des Finances Européens) pour annoncer que la France ne respecterait plus désormais, le plus important des critères de Maastricht, la règle des 3%. En termes pratiques, Monsieur Sarkozy a fait éclater le Traité de Maastricht.
    Le même Monsieur Sarkozy a proposé en 2011 d’imposer à la Constitution de la République Française et à toute l’Europe la, encore plus fameuse, « règle d’or » de 0% de déficit. C'est-à-dire, il a proposé un Maastricht plus.
    2. Je suis aussi tout à fait en désaccord avec l’appréciation de la position de Monsieur Sarkozy (et là, franchement, je crois que vous faites référence à la position de Madame Merkel, ou peut être, à ce qu’on a convenu de nommer la position de « Merkozy ») comme davantage tournée vers l’intégration européenne. Je crois même le contraire, je crois que la façon impériale, arrogante, incompétente et anti-démocratique utilisée par « Merkozy » pour imposer leurs diktats sur l’Europe, à terme, fera éclater l Europe.
    3. La démonstration de la faillite du Traité de Lisbonne, fut faite par les 18 sommets européens censés « sauver l’Euro » après l’éclatement de la crise. C’ est une évidence.
    4. La démonstration de la faillite de Maastricht, elle, fut faite déjà par des nombreux économistes, pour en citer les plus fameux, Paul Krugman principal éditorialiste économique du New York Times, ou par Martin Wolf, l’ éditeur en chef de la section économique du Financial Times.
    Je dirais même qu’à part Merkozy et l’opinion publique qui suivent leur analyse et leurs propositions, il y a même un consensus à ce sujet. La question est plutôt de voir les alternatives que de discuter de faits qu’un seul aveuglement malsain peut soutenir.
    Bien à vous

    Paulo Casaca

  • Bonsoir,

    Vous avez fait des études en France et je trouve que vous maitrisez bien notre langue, bien que vous ne soyez pas citoyen Français.
    Quand vous écrivez que Sarkozy a eu autant des positions que son instinct le lui dictait, je suis de votre avis. Ce qui ferait selon vous l'impossibilité d'appréhender une ligne politique, c'est mon avis. Mais mon propos précédent se référait au sommet des 27 le 09 décembre dans lequel, après que le Merkozy se soit accordé, la règle d'or, et les sanctions pour non respect dans un futur traité y seraient intégrés. Il en résulterait, sans que se soit une intégration politique, une ingérence, par ces sanctions, décidées à une majorité relative, dans la gouvernance de ces pays.
    Je ne crois pas que ce soit matériellement possible, si un noyau dur se forme sur cette base, je ne vois pas politiquement comment un tel groupe de pays puisse raisonnablement sanctionner l'un des leurs. Cela signifierait simplement que ce noyau dur n'est pas viable.
    C'est pourquoi, je pense que l'U.E telle qu'elle est ne peut fonctionner sans une modification du traité de Maastricht qui donnerait moins de rigidité que ces 3 % de déficit, et que, d'autre part, sans une modification du traité de Lisbonne permettant aux banques centrales de venir au secours de la dette de leur pays. Cela conduirait automatiquement à des euros différents en parité si les pays ne respecteraient pas le nouveau déficit instauré par la révision du traité de Maastricht.
    Cette solution aurait pour avantage de laisser aux pays le libre arbitre de dévaluer leur monnaie, sans que l'U.E soit pénalisée, et sans intégration politique, qui sera refusé même par l'Allemagne.

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