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  • L'esclavage contemporain et historique.

    L'UNESCO publie une première étude.

    L'esclavage a officiellement été aboli partout dans le monde, il reste néanmoins «une composante largement répandue et profondément enracinée de la vie contemporaine». Telle est la conclusion de la première analyse comparative jamais réalisée sur les systèmes d’esclavage historique et les formes modernes de servitude humaine, publiée en ligne par l’UNESCO.

    Intitulée «Unfinished Business» (Une affaire non classée), l’étude a été commandée par le projet de l’UNESCO la route de l’esclavage et confiée à Joel Quirk de l’Institut Wilberforce pour l’étude de l’esclavage et de l’émancipation (WISE, Royaume Uni). Elle vise à fournir les bases d’un dialogue sur les différentes manières de traiter l’esclavage contemporain, qu’il s’agisse du trafic humain, de la servitude sexuelle, du travail des enfants ou de la perpétuation des systèmes historiques d’esclavage, voir le document ici.

    Dans ma recherche de l'influence historique du passé sur la condition des populations des petites Antilles afin d'éclairer le climat en Guadeloupe et en Martinique, sur les raisons de cette révolte entre les nantis, les Békés  descendants des premiers colons esclavagistes, (les blancs de France nés en Guadeloupe mais sans ascendants colons seraient des Blancs Péyi, et qu'une autre appellation serait Blancs de quai ces colons qui contrôlaient les marchandises sur les quais du port) ), et la population noire, sachant qu'il s'agit d'une main mise sur les conditions de vie des noirs.

    La société Antillaise vit encore aujourd'hui sous un ordre social d'inspiration coloniale. 160 ans après l'abolition de l'esclavage, les Békés possèderaient 90 % des richesses de la Guadeloupe, alors qu'ils ne représenteraient que 1 % de la population ! Les dirigeants économiques sont quasiment tous blancs, et les jeunes dénoncent une forte discrimination liée à la couleur de peau, voire ici .

    Le 14 février est une date spéciale pour les Antillais, plus particulièrement pour les Guadeloupéens. C’est ce jour-là, en 1952, que des ouvriers noirs descendants d’esclaves se sont révoltés contre leurs patrons «Békés». Ils ne supportaient plus leurs conditions de travail. Cette révolte a été réprimée dans le sang par les militaires Français. Le «Massacre de la Saint-Valentin», absent de l'histoire enseignée à l'école, a marqué toute une génération.

    C'est un mouvement d'ouvriers et de paysans de l'industrie sucrière qui a fait 4 morts et 14 blessés chez les habitants de l'île. Ce mouvement, mêlant planteurs et colons dans toute la Guadeloupe, avait commencé en novembre 1951 dans le nord de la Grande-Terre à la suite de l'échec des négociations entre les patrons «Békés» et les salariés sur la fixation du prix d'achat de la canne à sucre et les salaires. En janvier 1952, les fonctionnaires rejoignent le mouvement des ouvriers et des cultivateurs, réclament également une augmentation des salaires. Une grève générale affecte toutes les plantations et s'étend du Moule à Capesterre, Sainte-Rose et Anse Bertrand.

    Le 11 février, les forces de l'ordre s'installent au Moule. L'intervention est préparée entre les CRS et les propriétaires d'usine. Le 14 février, les grévistes érigent un barrage à l'entrée du boulevard Rogé afin de barrer l'accès des charrettes chargées de canne à sucre à l'usine Gardel. Les policiers tirent dans la foule désarmée, tuant quatre Guadeloupéens et blessant 14 autres, voire ici.

    En 1952, comme aujourd’hui, les ouvriers en grève réclamaient plus de droits sociaux, une reconnaissance de l’identité Guadeloupéenne, et un partage des richesses plus équitable.

    Il y a 300 ans, les esclaves sont arrivés dans des bateaux venant d’Afrique, ils étaient dans les calles du bateau, et les Békés, eux, étaient dans les mêmes bateaux mais ils guidaient les navires. Aujourd’hui rien n'aurait changé, les Noirs sont dans les champs de canne, à travailler comme des chiens, et les Békés sont dans leurs bureaux climatisés à donner des ordres. Le patronat en Guadeloupe, est en grande partie composé de blancs en majorité UMP Sarkozistes. Le collectif LKP, ce sont les Noirs, voir en cliquant ici.

    Ce sont donc deux populations qui ne peuvent s'entendre, les Békés possédant la richesse et les leviers de l'île et les noirs étant la main d'œuvre, mais ce n'est pas une nouveauté, le monde est ainsi fait.

    A cela il faut prendre en compte le taux de chômage chez les jeunes qui frise les 40 % en Guadeloupe et à la Martinique, et à près de 50 % à la Réunion, ils forment 50 % de la population. Les REMISTES sont de l'ordre de 7,5 % de la population alors qu'en métropole ils sont de 1,8 %.

    Les conditions commerciales doivent aussi prises en compte, elles accroissent les coûts des matières et denrées alimentaires de première nécessité, qui supportent, sur les produits importés de métropole et de l'UE, une taxe d'octroi de mer fixée par les conseils généraux. Pour chaque DOM, les types de produits sont classés en trois listes : A, B et C. Par exemple, lorsqu'on importe des produits de beauté de la métropole vers la Réunion, on paie 30 % d'octroi de mer sur le montant TTC. Pour les produits informatiques, c'est 11 %, de même que pour les produits du type console de jeux.

    Il existe également un droit additionnel à l'octroi de mer, institué par les régions, qui varie lui aussi selon le département et le type de produit, et qui ne peut excéder 2,5 % de la valeur en douane du produit. La taxe est perçue par l'administration des douanes, puis les fonds sont affectés au budget des collectivités locales. La Guyane, depuis 1992, est provisoirement exonérée de TVA.

    Pour compléter l'information, il était important de remonter en arrière pour saisir le climat laissé par l'esclavage de ces noirs qui entache les relations dans ces Antilles entre les Békés et la France continentale, elles n'ont jamais été simples.

    C'est dans cette recherche que j'ai trouvé cet article de l'UNESCO ainsi que celui de Myriam Cottias, un demi siècle après l'abolition, la mémoire à vif de l'esclavage dans le Nouvel Observateur hors série N°70, octobre novembre 2008.

    Si la traite à complètement disparue pour les noirs, celle des blanches persiste pour la prostitution sexuelle des femmes, pour les noirs miséreux l'esclavage se résume à leur exploitation excessive qui serait sa forme moderne sous l'aspect d'une profitabilité de leur travail. Nul besoin de chercher bien loin pour le comprendre, les exemples ne manquent pas de voir ces noirs asservis dans les plantations à la coupure des cannes à sucre.

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    République Dominicaine 2005, la coupure de la canne à sucre, document le Nouvel Observateur n°70.

    Considérés au sein d'un ensemble comprenant la France continentale et la Caraïbe, les départements d'Outre-mer surtout, mais aussi Saint-Dominique devenue Haïti lors de son indépendance en 1804, l'esclavage désigne la mise en servitude de noirs déportés dans les colonies des Antilles achetés dans les pays d'Afrique. C'est la traite, le commerce de ces captifs qui a assuré le renouvellement et le développement de la population, esclave, asservie, pour garantir grâce au sucre et au café la prospérité commerciale de la France, jusqu'au XIX siècle, c'est ce qu'écrit Myriam Cottias qui est chargé de recherche à l'université Antilles-Guyane.

    Maryse Condé, cadette d'une famille de huit enfants, est née à Pointe-à-Pitre en 1937. Fillette sombre et solitaire, comme elle se décrira elle-même, elle suit des études secondaires dans son île natale avant de s'inscrire au Lycée Fénelon à Paris (1953).

    Gens de la Caraïbe choisit de rendre hommage à Maryse Condé à la veille de ses soixante dix ans, sur le parcours d'un écrivain reconnu, auteur notamment de nombreux ouvrages relatifs à l'Afrique, à la créolité et à la question de l'identité noire.

    Maryse refuse «la mystification», «l'idéalisation facile». Maryse Condé estime que la majorité des Guadeloupéens aime les gens qui disent que la Guadeloupe est «un paradis», ce qui est «faux». Pour ne pas paraître «trop pessimiste», l'écrivaine tient à préciser, que durant ses 22 années, elle a entendu, enregistré la «belle voix» du pays Guadeloupe, à travers le vent, la nature, les montagnes. Cependant, sur le plan humain, le pays est «laminé, décervelé par le colonialisme», il a «peur de l'avenir», «ne veut pas de la création, de la nouveauté», se «replie sur ses traditions», préfère «les choses convenues».

    Maryse estime donc qu'elle n'a «pas sa place dans un univers pareil» et part «essayer de faire autre chose dans ce monde qui est nouveau, différent». Ailleurs, Maryse sait que ses compétences sont «plus valorisées», en Amérique en particulier. A lire sur gens de la Caraïbe .

    La difficile histoire de l'abolition de l'esclavage.

    Officiellement la traite des captifs d'Afrique s'achève en 1814 en écho à l'abolition promulguée localement à Saint-Dominique, l'esclavage lui est aboli dans les colonies Françaises une première fois le 04 février 1794 à l'initiative de Henri Grégoire par la Convention nationale de la 1ere République, malgré l'opposition des planteurs ou de la bourgeoisie de commerce des ports qui font valoir que la libération des esclaves ruinerait les colonies Françaises. Les conventionnels mettent en œuvre le principe révolutionnaire selon lequel «les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits».

    Par la loi du 20 mai 1802, le Premier Consul Napoléon Bonaparte annule ces dispositions, autorisant à nouveau l'esclavage dans les territoires Français d'Outre-mer concernés par le traité de paix d'Amiens. Le traité de paix d'Amiens est un traité entre le Royaume-Uni, d'une part, et la France, l'Espagne et la République batave, d'autre part, voire ici.

    Si cette loi du 20 mai ne vise donc pas la Guadeloupe, la Guyane et Saint-Domingue, elle entraîne progressivement le rétablissement de l'esclavage dans l'ensemble des colonies Françaises, à la Guadeloupe en 1802 et en Guyane en 1803.

    Le 29 mars 1815, pendant les Cent Jours, Napoléon abolit la traite, semble-t-il pour punir les ports Français de l'Atlantique qui, en 1814, s'étaient réjouis de sa chute qui mettait fin au blocus maritime des côtes Françaises par la marine Britannique.

    Ce n'est qu'en 1827 que la Traite est considérée comme un crime et que les négriers risquent la confiscation, une amende et le bannissement. Cependant de 1827 à 1830, cinquante navires quittent Nantes dans des conditions qui font suspecter la continuation du trafic.

    En 1831, le ministère Laffitte, fait adopter une loi qui vise à son abolition définitive, elle prévoit vingt à trente ans de travaux forcés pour les responsables, la réclusion pour l'équipage du navire et un engagement de sept ans dans les colonies pour les esclaves libérés lors de la prise du navire. La traite se poursuivra toutefois clandestinement, pour le compte d'autres pays, au-delà même du décret d'abolition de l'esclavage de 1848.

    Cependant abolir la Traite n'est pas abolir l'esclavage.

    L'action de Victor Schoelcher.

    Schoelcher est un homme politique né à Paris le 22 juillet 1804 et mort à houilles le 25 décembre 1893, il est surtout connu pour avoir aboli définitivement l'esclavage en France le 27 avril 1848.

    Dès 1831, après un voyage à Cuba, il affirme dans La Revue de Paris, que les esclaves sont des hommes donc sont libres de droit. En 1833, dans, «De l'esclavage et de la législation coloniale», il propose une libération progressive évitant les vengeances raciales et permettant aux esclaves d'acquérir l'autonomie économique et intellectuelle.

    A la fin de février 1848, pendant son voyage d'enquête au Sénégal, Schoelcher apprend la chute du roi Louis-Philippe. Il regagne Paris, contacte François Arago, ministre de la Marine et des Colonies qui le nomme sous-secrétaire d'État chargé des colonies et des mesures relatives à l'esclavage. Le 4 mars 1848, le décret, rédigé par Schoelcher, abolit l'esclavage et crée une commission chargée de préparer l'émancipation, est signé par le gouvernement provisoire de la toute jeune République.

    Le 5 mars la commission voit le jour, elle est présidée par Schoelcher (elle comprend le directeur des colonies, un chef de bataillon d'artillerie de marine, un avocat à la Cour de Cassation, un ouvrier horloger. Elle tient sa première réunion le 6 mars, et le 27 avril elle propose une série de douze décrets qui émancipent les esclaves et organisent l'avenir dans les colonies.

    «Nulle terre Française ne peut plus porter d'esclaves et les frères esclaves affranchis entrent dans la grande famille nationale». Le drapeau Français est salué par «Vivre la liberté» par les esclaves.

    En 1848 paraît l'importante histoire de l'esclavage de Gaston Martin sous le titre «colonisation et esclavage». Une sélection de textes de Victor Schoelcher réalisé par Aimé Césaire. Il fait émerger les acteurs oubliés de cette histoire, les esclaves et en appelle aux nègres qui se soulevèrent à la Martinique le 22 mai 1848, obligeant le gouvernement local à anticiper de plus de deux mois la promulgation du décret d'abolition car, le sentiment de la liberté ne tombe pas du ciel, quelle ne s'accorde jamais, quelle se prend et se conquiert.

    La loi Taubira.

    A partir de 1998 les revendications politiques émanant des élus comme des Associations d'ultramarins se sont appuyées sur l'histoire lors de la commémoration du cent cinquantenaire de l'abolition de l'esclavage pour réclamer la prise en compte par l'Etat et la Nation de leurs conditions singulières. La loi du 21 mai 2001 dite «loi Taubira» reconnaissait la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité en son article premier. La nécessité sociale montrant combien le projet initial d'égalité entre les citoyens Français avait échoué, cette loi visait à donner leur dignité à des personnes en souffrance.

    L'insertion de ces faits historiques dans les programmes scolaires et le développement des recherches scientifiques s'y rapportant. L'article ne donne pas de directive sur l'orientation du traitement de ce fait historique permanent dans l'humanité, il constitue l'article deux.

    L'article trois concerne un projet de requête en reconnaissance de ce crime contre l'humanité auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l'Organisation des Nations unies.

    L'article quatre Modifie la loi n°83-550 du 30 juin 1983 relative à la commémoration de l'abolition de l'esclavage. Instaure un comité composé de «personnalités qualifiées» et de «représentants d'associations défendant la mémoire des esclaves».

    L'article cinq Modifie la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, chapitre V, des poursuites et de la répression.

    La contestation.

    Le 5 mai 2006, quelques jours avant la première commémoration de l'abrogation de l'esclavage le 10 mai, un groupe de députés UMP mené par Lionnel Luca demande l'abrogation de l'article sur l'enseignement de l'esclavage. Ces parlementaires justifient leur demande «au titre du parallélisme des formes et par soucis d'égalité de traitement» suite à l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui mentionnait un rôle positif de la colonisation. Cette loi Française n° 2005-158 du 23 février 2005 portait reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés est une loi dont l'article 4 a été très contesté pour son ingérence dans l'histoire coloniale voire cliquez ici . Cette initiative a été désapprouvée par les ministres Léon Bertrand et François Baroin, de même que par le député UDF Jean-Christophe Lagarde et le Parti Socialiste.

    L'article 4 abrogé.

    La commémoration de l'abolition de l'esclavage par la République Française et celle de la fin de tous les contrats d'engagement souscrits à la suite de cette abolition font l'objet d'une journée fériée dans les départements de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion, ainsi que dans la collectivité territoriale de Mayotte. Un décret fixe la date de la commémoration pour chacune des collectivités territoriales visées ci-dessus ; En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage est fixée par le Gouvernement après la consultation la plus large ; Il est instauré un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d'associations défendant la mémoire des esclaves, chargé de proposer, sur l'ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. La composition, les compétence et les missions de ce comité sont définies par un décret en Conseil d'Etat pris dans un délai de six mois après la publication de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.

    On voit bien dans cette abrogation que la France n'a pas encore digéré cette triste période de notre histoire et qu'elle à du mal à la reconnaitre en refusant sa commémoration.

    Un collectif du nom de Liberté pour l'histoire, la mémoire enchaînée question sur l'esclavage par Françoise Vergès, s'insurge contre les lois mémorielles et les contraintes qu'elles imposent à l'enseignement de la réalité historique en supplantant la mémoire commémorative et l'auto-fustigation du gouvernement Français à l'exactitude des faits. Une loi mémorielle est une loi déclarant, voire imposant, le point de vue officiel d'un État sur des événements historiques.

    Françoise Vergès revient sur l’intrigante «amnésie» qui, depuis deux siècles, a occulté la question de l’esclavage et ses héritages. Ce retard pourrait être analysé comme un «point aveugle» dans la pensée Française, dû à la difficulté de réconcilier l’identité de «patrie des droits de l’homme» avec le régime d’exclusion organisée qu’est l’esclavage.

    Les polémiques autour des «aspects positifs de la colonisation», des émeutes sociales de novembre 2005, le surgissement de la «question noire », viennent encore envenimer les discussions sur un sujet historique, et qui pourtant, par là-même, se devrait d’être plus apaisées. L’année 2005 s’est en effet achevée avec la pétition Liberté pour l’histoire, où d’éminents historiens ont demandé l’abrogation des «lois mémorielles».

    Le début de l’année 2006 a été marqué par la décision du président de la République de faire du 10 mai une date de commémoration nationale de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

    L’enjeu n’est donc pas seulement de restituer le passé, mais de comprendre en quoi ce passé influe sur notre présent et de faire une place à la figure de l’esclave et à celle du colonisé dans notre histoire, a voir sur la mémoire enchaînée.

    Françoise Vergès est vice-présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage. Chargée de mission au Conseil Régional de l’Ile de La Réunion et au Comité pour le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies Françaises de janvier à juin 1998, elle est actuellement chargée de mission par la Présidence de la Région Réunion à la programmation de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise. Maître de conférences, directrice de maîtrise et de thèse de doctorats à L’Université de Londres, Françoise Vergès a étudié les sciences politiques à l’Université de Berkeley. Elle a reçu en 1995 le Prix de la meilleure thèse en Political Theory (Mark Joseph Rozance Memorial Award) pour Monsters and Revolutionaries, Colonial Family Romance and Métissage (Duke University Press, 1998).

    Cette tache sur notre passé montre bien que dans les esprits elle est encore vivante, et que, plus la situation économique devient difficile, plus la fraternité entre Français fait place à l'égoïsme. Il est indéniable qu'être noir est discriminatoire, mais pas seulement en Guadeloupe et aux petites Antilles, même en métropole dans les banlieues parisiennes comme la Seine Saint-Denis qui est souvent donnée en exemple.

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    Un ticket de survie en guise de bulletin de paye, document le Nouvel Observateur n°70

  • La relance de la consommation ?

    Analyse.

    Important sujet qui divise les Français, tant une décision de relance par l'augmentation des salaires peut être lourde de conséquence aux yeux de certains et profitable pour d'autres, mais ne faut-il pas raisonner en terme de justice sociale ?

    Pour fixer les bornes économiques du problème, il nous faut considérer la bande passante qu'il y aurait dans la répartition des revenus entre les actionnaires et les salariés, fruit du travail de tous, sur le coût de nos produits, pour l'augmentation des salaires qui serait porteuse d'une relance de la consommation ?

    Sur le coût de nos produits fabriqués avec nos charges et nos marges, l'effet de la concurrence intérieure de ceux que nous importons est direct, s'ils sont plus cher que ceux importés, ils ne se vendent pas, de même, que le coût de ces mêmes produits que nous exportons s'ils sont plus cher que ceux des pays qui en feraient l'importation, ils ne sont pas achetés, la valeur qualitative des produits étant de second ordre.

    Nous devons dans les deux cas être moins chers que les autres qui exportent et qui importent. C'est, en d'autres termes, l'effet direct de la mondialisation qui pour nous, pays riche au niveau de vie élevé, nous met dans une situation de dépendance aux marchés extérieur et extérieur. Les conséquences sont celles que nous connaissons, délocalisations, licenciements, CDD, travail partiel, fermetures d'usines, et chômages.

    Nos industries sont directement influencées par ce commerce mondial qui menace leur existence, et par voie de conséquence notre niveau de vie. Il touche principalement les produits de grande consommation. Pour ceux relevant de technologies de pointe armement, nucléaire, luxe, transports, aéronautique, spatial,.... nous restons compétitifs puisqu'ils sont protégés pour la plupart par des brevets et conditionnent une main d'œuvre hautement qualifiée.
    Pour ceux d'usage courant, il nous faut donc être moins cher pour vendre, nos charges et nos marges bien supérieures de celles des autres pays grèvent leur prix de revient, et de ce fait, ces pays à bas coûts noient le marché mondial de leurs produits d'autant qu'ils sont de qualité s'ils sont fabriqués sous dépendance Française. L'incidence des augmentations des salaires ne ferait qu'accroître le prix de vente, c'est l'argument patronal qui ne cesse de réclamer la réduction des charges, sans évoquer les marges.
    En contre partie, l'effet sur nos moyens de production se trouve atténué si nous utilisons ces mêmes produits dans nos productions, ils en réduisent ainsi le coût. C'est visible pour l'informatique grand public qui serait plus coûteuse si elle était de fabrication Française.

    C'est aussi pour cela que l'automatisation des moyens de production et l'informatique associée ont eu un tel développement que dans l'automobile par exemple, la robotisation a pris une telle importance que la main d'œuvre a été considérablement réduite voire même, dans certaines productions, supprimée. Ce dont le patronat n'évoque jamais l'importance étant donné que dans ce cas il n'y a plus de charges sociales, mais des amortissements.

    C'est vrai dans la mesure oú seuls sont pris en compte dans le raisonnement les salaires payés aux salariés et pas ceux payés aux actionnaires. Il est bien évident que tout ce qui est payé intervient dans le prix de vente, c'est donc une balance entre ce que l'on donne à certains et ce que l'on ne donne pas aux autres dans une enveloppe globale maintenue constante pour ne pas vendre plus cher.

    La distribution des fruits du travail à toujours été le problème entre le patronat et les syndicats dans le cas de grandes entreprises. Pour les petites entreprises le problème n'est pas du même ordre, le patron est plus proche de ses salariés de sorte que s'il veut que son affaire tourne bien, il lui faut reconnaître leur travail à sa juste valeur.

    La richesse des uns fait la pauvreté des autres à enveloppe globale constante, une meilleure répartition des revenus permettrait cette bande passante qui serait profitable à tous par une augmentation des salaires adaptée en fonction du niveau de responsabilité sans que l'échelle soit rompue. La réduction des écarts dans le haut des revenus est primordiale.

    Les entreprises du CAC 40 ont versé en 2008, 54,2 milliards d'euros à leurs actionnaires ce qui est considérable quand sur cette même année les salaires ont été bloqués. C'est donc une situation injuste qui met la nation en danger car, pendant ce temps, la consommation s'est contractée et les achats se sont réduis, c'est donc hyper improductif. Cette politique patronale s'avère néfaste ne privilégiant pas la consommation pour un profit maximal aux actionnaires.

    Laurence Parisot n'apprécie pas la décision d'un salaire maximum des patrons dont les entreprises sont aidées par l'État. Elle estime qu'il est ni normal ni souhaitable que l'État décide des salaires des chefs d'entreprise, on se rend bien compte qu'elle n'a pas une vision entière du problème et ne voit pas plus loin que le pas de sa porte. Elle souhaiterait que ce soit les chefs d'entreprise qui se régulent eux mêmes, mais est-ce raisonnable de le penser quand on constate que ce n'est pas le cas, c'est de sa part un manque de responsabilité.

    Pour Laurence Parisot, c'est «typiquement de la responsabilité du patronat» et non de l'État d'encadrer si nécessaire les rémunérations des dirigeants. «Ce n'est pas à l'État de le faire», a-t-elle dit.«C'est pour cela qu'il y a le code Afep-Medef», a-t-elle ajouté. Avec l'Association françaises des entreprises privées (Afep), le Medef a édicté ce code qui prévoit notamment de limiter les indemnités de départ ou «parachutes dorés» des dirigeants des sociétés cotées en bourse. «La quasi totalité des sociétés du SBF 120 y ont adhéré», s'est félicitée Mme Parisot.

    Mais ce n'est plus ce scandaleux problème, c'est aujourd'hui celui de la répartition au tiers, voire moins et plus, du fruit du travail, moins d'un tiers pour les actionnaires, plus d'un tiers aux salariés et le dernier à l'entreprise, avec une réduction des marges si possible. La proposition de Sarkozy, qui est déjà une approche, vient trop tard et pour laquelle il n'a rien fait d'autre qu'une annonce sachant comme il l'a dit dans son allocution télévisée le mercredi 18/02/09 que le statuquo n'est pas tenable, «cette question sera débattue entre les partenaires sociaux et si des progrès ne sont pas réalisés, l'État prendra ses responsabilités».
    Or comme je l'ai relaté dans mon article, cliquez ici, que les entreprises sont maître chez elles, ce ne peut être que des paroles. Pour Laurence Parisot cette répartition au tiers est une fausse bonne idée.

    Il faut bien comprendre que Sarkozy à peur, il a toujours soutenu le patronat, sa politique comme celle de son prédécesseur a été construite sur des réformes visant à réduire les dépenses de l'État, ce qui peut se comprendre, donc à ne pas augmenter les salaires, juste le minimum, et à réduire les effectifs qui dépendent de lui. C'est ce que l'on appelle appauvrir les Français en ne respectant pas les obligations de l'État d'assurer un devoir national d'égalité entre eux, la réduction des effectifs touche principalement les plus vulnérables. Une autre orientation politique aurait été préférable.

    Or au départ, il s'est privé de moyens financement par le plafonnement à 50% des impôts avec effets rétroactifs, il a permit la défiscalisation des heures supplémentaires qui, en favorisant certains, n'ont fait qu'accroître le chômage des autres, ce sont donc des recettes fiscales et sociales qui manquent lourdement pour une relance de la consommation pour l'augmentation des salaires, pour l'investissement, et pour l'indemnisation du chômage.

    La dessus, la révolte des Français, qui ne pouvait ne pas survenir, s'exprime dans la rue mêlant le privé au public, et à la Guadeloupe. Le gouvernement submergé par l'ampleur de la révolte et par l'augmentation du chômage ne sait plus comment reprendre la main d'autant que la crise financière est survenue, et il ne l'a pas vu venir. Il paye lourdement les avantages fiscaux qu'il a fait et qui ne lui ont pas été rendus par ceux qu'il a favorisés.

    Pour faire face aux besoins du financement des entreprises il a offert aux banques responsables de la crise, par une gestion irresponsable, des moyens financiers de plusieurs milliards et a programmé un plan de relance industriel qui, il faut le reconnaitre n'apparait pas suffisant et qui surtout n'a pas d'effet immédiat, voire la relance économique ici. De plus, on vient d'apprendre que l'État va apporter sous forme de prêts subventionnés 2 à 2,5 milliards d'euros au nouvel ensemble issu de la fusion des banques populaires et des caisses d'épargnes, qui serait chapeauté par le secrétaire adjoint de l'Élysée François Pérol jugé choquante par l'opposition, cliquez ici. .

    Nous dépensons donc énormément alors que l'État n'avait pas d'argent, c'est dire combien notre dette bondi et qu'il va falloir un jour rembourser. Elle atteint à fin janvier 1323,9 milliards soit 69,1 % du PIB. A cela, il vient d'annoncer les 18 et 19 février à la suite de la manifestation du 29 janvier et de la révolte de la Guadeloupe, 2,6 milliards d'euros pour les classes moyennes et 580 millions pour la Guadeloupe et les autres îles des petites Antilles, et ce n'est probablement pas terminé. De plus, pour ne pas laisser en reste les revenus élevés, la réduction d'impôts sur le revenu va aussi être étendue à ces revenus.

    Présentée comme un coup de pouce de 1,1 milliard d'euros aux classes moyennes, la suppression des tiers provisionnels de mai et septembre, dus au titre de 2008, va profiter à des «revenus élevés», regrettent les deux députés Didier Migaud PS et Gilles Carrez UMP dans cette note destinée aux membres de la commission. La mesure, si elle n'est pas modifiée par les parlementaires, va concerner, par exemple, des couples avec trois enfants dont les revenus atteignent près de 52.000 euros annuels, voire les échos.fr en cliquant ici.

    Tout cela donne le vertige, et l'on ne voit pas comment une relance de la consommation peut être programmée autrement que par une meilleure distribution des bénéfices sous forme d'un tiers amélioré pour les salariés, n'en déplaise à Laurence Parisot. Il y va de l'avenir de nos entreprises mais aussi de nous tous.

  • La Guadeloupe,

    entre esclavagisme et perfusion.

    On n'a bien des difficultés pour apprécier, à sa juste valeur, le climat d'insurrection qui depuis plus d'un mois règne dans cette île soumise à un coût de la vie prohibitif eu égard aux revenus de ses habitants. D'après ce que l'on perçoit, cette île comme celles des autres Antilles La Réunion, la Martinique, la Guyane départements d'Outre-mer serait, (seraient) soumise(s) à l'esclavagisme noir dominé par les colons blancs d'après le leader Élie Domota du LPK (Lyiannaj Kont Pwofitasyon), «ensemble contre les profiteurs» qui est devenu la figure emblématique de la contestation Guadeloupéenne.

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    Cette insurrection qui nous coûte déjà cher mais va couter ou va nous coûter encore plus cher de 580 millions pour les Dom dont 280 millions au titre du RSA, le revenu de solidarité active, et ceci après un mois de désordres, un syndicaliste Jacques Binot tué par balle, des magasins pillés, incendiés, des barricades et des tirs à balles réelles, et six policiers blessés par des tirs d'armes à feu. Des jeunes hors de contrôle, une jeunesse désœuvrée qui ne trouve pas de travail à bac+5 évoquant Mai 68 et soutenant Domota, celui qui a ouvert les yeux sur la pwofitation (profitassions). Ils sont par grappes enturbannés dans leur tee-shirt qui tiennent des petits barrages en feu tous les 100 mètres. Ils sont grands musclés portent des tongs ou des baskets. Leur colère est grande contre l'État d'avoir laissé pourrir la situation.

    Quel triste bilan pour les Français à mettre à la gloire de Sarkozy qui n'a pas pris à temps les mesures qu'il fallait. Il a laissé envenimer le climat en envoyant Yves Jégo secrétaire d'État à l'Outre-mer sans réel pouvoir mais qui probablement a fait au mieux et qui affirme avoir apporté 131 réponses à 132 revendications du LPK en multipliant les rencontres pour obtenir une issue du conflit. C'était donc insuffisant puisque ensuite deux médiateurs, nommés par le premier ministre, sont repartis avec Yves Jégo pour trouver un terrain d'entente à la préfecture de la Basse-Terre et sont repartis dès leur arrivés dans l'île constatant une impossible base d'entente.

    Sarkozy se trouvant acculé devant l'ampleur de la révolte paye avec notre argent les pots cassés, a-t-on jamais vu pareille gouvernance ?

    Quel honneur pour celui qui voulait réformer l'État, nous voici avec une ardoise potentielle de 580 millions. Il ne voulait pas entendre parler d'augmentation des salaires pour finalement entendre de François Fillon sur RTL annoncer une prime proche de 200 euros défiscalisée pour les bas salaires sauf sur la CSG et la CRDS mais représentant une charge de 108 millions pour l'Etat modulée entre 35 et 120 euros et fonction de la taille de l'entreprise et qui serait payée par le patronat et les entreprises, prime réclamée à l'origine de la grève par le LPK. Offre qui devrait être soumise à la table de négociations pour accord entre le patronat Guadeloupéen et le LPK qui trouve cette proposition particulièrement floue.

    Elle serait versée par le patronat pendant deux ans, pour ceux qui gagnent entre 1 et 1,4 fois le SMIC soit 45.000 personnes en Guadeloupe, et payée mensuellement.

    «Il n'est pas question que l'État supporte seul la hausse des salaires en Guadeloupe devant les sénateurs jeudi 19/02/09, François Fillon». De la bravoure mal placée eu égard au désastre. On est loin de la revendication portée depuis le début par le LPK de 200 € pour les bas salaires et l'astuce serait le recours au RSA en élargissant ses conditions d'application Outre-mer ce qui, pour François Fillon, permettrait de faire la soudure à 200 €, mais ce ne serait pas immédiat puisqu'il faudrait le mettre en place.

    Les négociations du 20/02/09.

    Elles ont repris à Pointe-à-Pitre à la préfecture maritime après 22 heures Françaises entre le LPK avec une délégation représentant 49 syndicats et associations qui le composent et celle du patronat d'une vingtaine de personnes.

    L'impossible accord, les négociations ont été rapidement interrompues aux environ de 20 h30 heure locale (15 h 30 à Paris) pour reprendre lundi 23/02 à 11 heures locales, les propositions du patronat se limiteraient à 50 €. Les entrepreneurs de l'île seraient prêts à 50-70 €. D'après Yves Jégo vendredi soir sur France O, il y aurait matière a avancer dans les propositions avec les médiateurs de manière à ce que le patronat formate une offre là ou c'est possible. Pour le moment les barrages sont ne sont pas levés mais assouplis pour les obsèques du syndicaliste Jacques Binot. Le JPK n'est pas convaincu par les propositions de Sarkozy, pour lui, la manne de 580 millions D'€ serait utilisée pour le coup de pouce sur le RSA, or le RSA est difficile à mettre en œuvre mais ne profite pas à tous.

    Les départements Français quatre siècles d'incompréhension.

    Colons, esclavages, économies de comptoir, expressions, qui semblent surgies d'un passé lointain, reviennent sans cesse dans les discours des différents acteurs du conflit qui paralyse depuis plusieurs semaines la Guadeloupe, et a progressivement gagné la Martinique. Vu de métropole, leur emploi ne peut que surprendre pour certains, mais pour d'autres ces «noirs» ne sont pas acceptés. Il m'arrive, pour des compagnons que je fréquente, de constater leur racisme à l'égard de ces Français qui ne sont pas comme eux, et je les remets rapidement dans le respect des droits de ces personnes. Il faut aussi reconnaitre qu'elles aussi présentent des penchants racistes, probablement par ce qu'elles ne se sentent pas encore totalement intégrées, ou par fierté mal placée et manque de respect ou d'éducation. Car enfin, les DOM sont des départements presque comme les autres, presque par ce que lointains, c'est donc difficile n'étant pas à leur contact mais avec lesquels la solidarité nationale joue à plein.

    Les Antilles s'embrasent hantées par leur passé.

    C'est en 1635 que les premiers colons Français s'installent en Guadeloupe et en Martinique. La culture de la canne à sucre, très lucrative, s'y développe rapidement. Comme celle-ci nécessite une main d'œuvre abondante, les planteurs ont bientôt recours à l'achat d'esclaves venus d'Afrique noire. Les sociétés esclavagistes se mettent en place, on estime que quatre millions de personnes ont connu l'esclavage dans les colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Saint-Domingue...) Françaises ont un héritage particulier, qui pèse lourdement sur leur physionomie actuelle. Et leurs relations avec la France «continentale» n'ont jamais été simples.

    Les sociétés esclavagistes sont des organisations particulièrement instables. Les planteurs européens, en grande infériorité numérique (à la fin du XVIIIe siècle, on compte en moyenne 112 esclaves par plantation en Guadeloupe et en Martinique), vivent dans la hantise permanente d'un soulèvement, et font donc régner une discipline de fer. Un Code Noir, censé réglementer l'oppression, est édicté en 1685 sous l'égide de Colbert. Il ne sera jamais appliqué.

    La Révolution française arrive en plein apogée des colonies esclavagistes. Elle aura une influence décisive sur leur destin, malgré les efforts d'un puissant lobby, le Club de Massiac, la cause abolitionniste, défendue entre autres par la Société des amis des Noirs, progresse.

    Dans l'élan de 1789, la révolution de Saint-Domingue, menée par Toussaint Louverture, éclate en 1791. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention décrète l'abolition de l'esclavage. Au fil des années, l'idée que la départementalisation est un «échec» gagne du terrain aux Antilles. Significative est, de ce point de vue, l'évolution d'un Aimé Césaire (1913-2008). Invité par Le Monde, en mai 1971, à dresser le bilan de la loi de 1946, dont il avait été le rapporteur devant l'Assemblée nationale, le député et maire de Fort-de-France ne cache pas son amertume,

    «En 1946, nous avons rêvé d'une France généreuse (...). La départementalisation, pour nous, devait être l'égalité des droits. Elle ne le fut pas. Le nouveau système est devenu encore plus colonialiste que l'ancien. Peu à peu, il a secrété ses privilégiés, ceux qui vivent de lui, les fonctionnaires, les grosses sociétés, le «lobby» Antillais qui pèse sur le pouvoir» à suivre sur cliquez ici.

    Témoignages.voire cliquez ici

    Jocelyne, 32 ans, 2 enfants, en métropole depuis trente-deux ans.

    «L'État Français a laissé trop faire sur le plan économique. La quantité de produits importés est trop importante. Il faut aussi trouver un terrain d'entente pour que les salaires augmentent». «Toute cette violence est déplorable, mais ce qui arrive en ce moment était malgré tout prévisible. Si j'ai envie de retourner vivre là-bas? Oui, bien sûr. Mais vous savez, la vie y est beaucoup plus compliquée qu'ici, notamment sur le plan professionnel.»

    Michel, 50 ans, informaticien, en métropole depuis l'âge de 14 ans.

    «Je suis très heureux de ce qui arrive là-bas. C'était inévitable. Il fallait ça pour que la situation se débloque. Cela vient même tard par rapport à ce que les départements d'Outre-mer ont vécu et vivent actuellement. «La violence? On ne peut pas faire d'omelette sans casser des œufs. Je n'ai pas peur de dire qu'il y a du tort du côté de nos politiciens, l'État Français envoie des subventions et on se demande où elles passent. Il y a un consensus entre ceux qui détiennent le pouvoir économique et le pouvoir politique».

    Urbain, 58 ans, retraité de France Télécom, en métropole depuis trente-cinq ans.

    «Je souhaite que les revendications qui sont exprimées là-bas puissent aboutir sans que ce soit du saupoudrage comme cela l'a été trop souvent pas le passé, hausse du pouvoir d'achat, baisse des prix des produits de première nécessité, augmentation des aides aux plus défavorisés». «L'économie est liée au pouvoir politique, et la politique qui est menée depuis quarante ans dans les départements d'Outre-mer n'est pas celle que nous attendons de la France».

    Les départements à l'économie sinistrée.

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    Depuis le début des manifestations qui secouent la Guadeloupe, les syndicats et les associations du collectif contre l'oppression (LKP) ont évité d'ériger en priorité l'évolution du statut de l'île et de son maintien dans la République. Mais depuis la révision constitutionnelle de 2003, la question du lien reste posée entre l'Etat, les départements et les collectivités territoires de l'outre-mer.

    Fortes disparités entre l'Outre-mer et la Métropole.

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    L'Outre-mer bénéficie de fortes exonérations de charges.

    Les abattements de charges dans les DOM, qui ont quintuplé en cinq ans, vont encore croître d'au moins 100 millions d'euros cette année. Chaque emploi créé représente déjà près de 40.000 euros en allégements de charges, selon Bercy. En annonçant un nouvel allégement de charges sur les salaires en outre-mer, le gouvernement ne fait qu'alourdir une facture déjà bien lourde, au regard du nombre d'habitants et du poids économique de ces départements.

    « Ceux qui crient aujourd'hui au désengagement de l'État ne font en réalité que jouer sur les peurs, la réalité, c'est que le budget 2009 consacre 16,7 milliards à l'Outre-mer contre 15 milliards en 2008 », a déclaré Yves Jégo en début de semaine.

    1,45 milliard d'euros en 2009.

    Outre d'importants compléments de rémunérations pour les fonctionnaires (159 millions d'euros annuels), la politique économique outre-mer est marquée par deux caractéristiques fortes, les réductions d'impôt sur le revenu pour attirer les investissements (plus de 1 milliard d'euros) et les exonérations de charges sociales pour favoriser l'emploi. Ce volet est particulièrement lourd à assumer pour l'État. Il représente plus de 5 % des exonérations consenties sur toute la France, alors que l'Outre-mer ne représente pas plus de 1,5 % de la masse salariale comme du PIB.

    En effet, le dispositif d'exonération prend en charge, à concurrence de 1,3 à 1,5 SMIC, l'ensemble des cotisations patronales dans les entreprises de moins de 11 salariés, y compris sur les hauts salaires. Le dispositif est beaucoup plus limité en métropole, puisqu'il se limite aux rémunérations inférieures à 1,6 SMIC.

    Les exonérations de charges patronales, qui ont quintuplé depuis 2000, représentent ainsi 1,358 milliard d'euros en 2008. Ce chiffre devait être porté à 1,45 milliard d'euros cette année, selon le projet de loi sur le développement de l'Outre-mer devant être discuté prochainement au Sénat, voire les échos ici.

    Alors on ne comprend pas cette insurrection eu égard à l'argent que nous dépensons.

    «Nous avons adopté la position verticale». Cliquez ici .

    Parole de Guadeloupéens en lutte, en forme de clin d’œil à Césaire, qui se définissait comme un « Nègre vertical », émancipé de la position de l’esclave à l’échine courbée. Comment comprendre la référence à l’histoire esclavagiste, omniprésente dans le mouvement social qui secoue depuis un mois les Antilles ?

    C’est que cette histoire lourde, longtemps taboue, a forgé, dans ces îles les consciences, les mentalités et les rapports sociaux.  Au-delà du maintien de cette oligarchie, c’est le regard suspicieux de la plupart des Blancs sur les Noirs et le racisme hérité de la colonisation que dénoncent Martiniquais et Guadeloupéens.

    «Nous sommes descendants d’esclaves. Nos ancêtres ont construit ce pays et la France. Pour tout salaire, ils recevaient des coups de fouet. Il reste des traces de ce mental colonialiste, chez les békés comme chez de nombreux métropolitains blancs. C’est cela qui explique la discrimination raciale dont nous sommes victimes, sur le marché du travail mais aussi dans tous les domaines de la vie », estime Mylène, secrétaire médicale au chômage, habitant dans un quartier populaire à Pointe-à-Pitre.

    Ce climat, relèvent de nombreux acteurs du mouvement, a été alourdi ces dernières années par les envolées d’un président de la République prompt à fustiger « la repentance » ou à exalter les « aspects positifs » de la colonisation.

    «En parlant ainsi, Nicolas Sarkozy contribue à maintenir ce rapport de domination et à libérer la parole raciste. Ces discours-là, nous ne les supportons plus », confie Suzy Singa. Pour l’artiste, c’est le rapport même de la France à elle-même qui est en cause. «Je ne renie pas la part Française qui est en moi. C’est l’histoire. Mais nous sommes différents. Que l’on nous laisse être ce que nous sommes, métissés, avec notre histoire. La France ne nous accepte pas comme tels. Ce pays a un lourd problème avec ses couleurs, avec la multitude qui la constitue ».

    On ne peut être totalement en accord avec lui, nous n'avons rien contre les métissés, notre effort financier en témoigne, mais il faudrait probablement gérer autrement notre argent pour qu'il soit plus justement réparti. Dans le cas contraire on ne pourra perfuser indéfiniment les DOM.

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